Une campagne multilatérale pour l’Unesco
C’est un véritable tour d’horizon continental qu’a mené le chef du gouvernement congolais, passant de Libreville à Abuja, avant de boucler le périple à Ankara puis Istanbul. Derrière ce déploiement soutenu se dessine un objectif clair : porter Firmin Edouard Matoko, actuel sous-directeur général de l’Unesco, jusqu’au fauteuil de directeur général de l’organisation. Aux escales africaines, Anatole Collinet Makosso a plaidé pour « une candidature de compétence, résolument multilatéraliste », selon ses propres mots recueillis à Dar es-Salaam. Le message se veut fédérateur : dans une conjoncture où le multilinguisme et la diversité culturelle sont parfois malmenés, un profil africain expérimenté constituerait, soutient-il, un vecteur d’équilibre au sein de l’institution onusienne.
Cette offensive diplomatique s’inscrit dans une chronologie fine : le mandat de l’actuelle direction générale arrive à son terme en 2025, et plusieurs États, dont la France et le Qatar, réfléchissent déjà à soutenir leurs propres prétendants. Le Congo-Brazzaville a donc choisi l’anticipation, misant sur l’argument de la stabilité intérieure et d’une politique étrangère jugée constante pour emporter l’adhésion de partenaires variés, d’Afrique australe au Maghreb en passant par l’Asie mineure.
Ankara, carrefour des convergences bilatérales
À Ankara, Anatole Collinet Makosso a été reçu par le vice-président Cevdet Yılmaz, auquel il a remis un message du président Denis Sassou Nguesso à l’attention de son homologue Recep Tayyip Erdoğan. La missive réaffirme la disponibilité de Brazzaville à élargir la coopération militaire, logistique et universitaire avec la Turquie. En retour, la partie turque a salué « l’approche concertée » de son partenaire central-africain, rappelant que leur commerce bilatéral a triplé en cinq ans, à la faveur de projets portuaires et agro-industriels.
Cette séquence politique, discrète mais dense, a également permis de faire le point sur des convergences régionales. Les deux exécutifs partagent la conviction que la sécurité maritime dans le golfe de Guinée et la stabilité au Sahel appellent une coordination accrue entre acteurs riverains et puissances volontaires. « Le dialogue stratégique congo-turc s’intensifie car nous estimons que l’architecture de sécurité collective doit refléter la pluralité des voix africaines », a souligné un diplomate présent à l’entretien.
Le profil de Firmin Edouard Matoko scruté à Ankara
Au-delà de la forme, la Turquie a confirmé étudier avec attention la candidature congolaise à l’Unesco. D’après une source gouvernementale turque, « M. Matoko présente un parcours administratif de haut niveau et une compréhension éprouvée des équilibres Nord-Sud ». Ancien recteur de l’université Marien Ngouabi, le candidat est perçu comme familier des négociations interculturelles grâce à ses quinze années passées au siège parisien de l’Organisation.
Dans un contexte de remise en cause du multilatéralisme, Ankara s’avoue sensible à sa capacité à construire des coalitions thématiques, notamment sur la protection du patrimoine immatériel. Si la décision finale ne tombera qu’au terme d’âpres consultations, l’exécutif turc observe que « la géopolitique de l’éducation et de la culture nécessite des figures capables de neutralité productive ».
Le dossier minier de Mayoko, vecteur d’intégration
Au registre strictement économique, la coopération se matérialise par l’activation prochaine du chantier minier de Mayoko, dans le département du Niari. Le projet, estimé à près de 2 milliards de dollars, prévoit la construction d’une usine de traitement du minerai de fer ainsi que la modernisation de la voie ferrée Mbinda-Mayoko-Mont-Belo. Long de 465 kilomètres jusqu’au port autonome de Pointe-Noire, cet axe doit fluidifier les exportations congolaises et soutenir l’approvisionnement turc en matières premières.
Le Premier ministre a insisté sur la dimension intégratrice de ce corridor. « L’extension ferroviaire n’est pas uniquement une infrastructure de transport ; elle constitue un pont logistique entre l’hinterland d’Afrique centrale et les marchés transmediterranéens », a-t-il fait valoir. À terme, les autorités congolaises espèrent attirer des investisseurs tiers, en particulier sud-africains et émiratis, pour transformer le site en hub métallurgique régional.
Énergie, transports, environnement : un partenariat calibré pour l’avenir
Au-delà du minerai, Brazzaville et Ankara peaufinent un portefeuille comprenant des centrales solaires pilotes, la maintenance de flottes aériennes régionales et des programmes de reboisement dans le bassin du Kouilou. L’Agence turque de coopération (TIKA) a d’ores et déjà validé un financement initial de 15 millions de dollars pour soutenir la restauration de mangroves congolaises, projet aligné sur les objectifs de la COP 28.
Conscientes des exigences de transparence et de soutenabilité, les deux parties envisagent la création d’un comité de suivi binational. Celui-ci aura pour mandat d’harmoniser normes environnementales et incitations fiscales, gage d’une alliance « durable et pragmatique », selon les termes d’Anatole Collinet Makosso. La feuille de route conjointe doit être paraphée avant la fin de l’année, horizon qui coïncidera avec le lancement formel de la campagne internationale pour l’Unesco, confirmant ainsi la corrélation étroite entre diplomatie culturelle et diplomatie économique.










