Quand la matière raconte une renaissance
Jusqu’au 15 mars 2026, le Palais de Lomé accueille Design in West Africa: Unity in Multiplicity. Une vingtaine de designers de la région y déploient mobiliers, objets sculpturaux et textiles. Une scène créative s’y affirme, sûre de sa voix et de sa beauté singulière.
L’exposition ne cherche pas l’exhaustivité. Elle propose une lecture sensible de la création ouest-africaine contemporaine. Héritages, matériaux locaux et écritures actuelles y dialoguent librement, attentifs aux formes, aux usages et aux territoires dont ils sont issus.
Un palais ressuscité au service de la création
L’édifice impressionne autant que les pièces qu’il abrite. Ancienne résidence des gouverneurs, abandonné durant vingt ans, le Palais de Lomé a été restauré pour devenir un centre international d’art, de culture et d’histoire. Depuis 2019, il rayonne en Afrique de l’Ouest.
Sa directrice, Sonia Lawson, accorde au design une place grandissante. L’intuition lui vient d’un échange avec le créateur togolais Kossi Aguessy. Reconnu à l’international, il regrettait d’être si peu exposé chez lui. De cette frustration naît une ambition : faire de Lomé un foyer du design africain.
Rare par son ampleur, le parcours réunit près de vingt signatures. Parmi elles, Nifemi Marcus Bello (Nigeria), Jean Servais Somian (Côte d’Ivoire), Aboubakar Fofana et Cheick Diallo (Mali), Balla Niang (Sénégal), Amivi Homawoo (Togo) et Estelle Yomeda (France/Togo).
L’unité dans la multiplicité : le titre dit tout. Derrière la diversité des pratiques affleure une identité commune. Une même attention au geste, à la matière et à l’usage relie ces créateurs venus du Bénin, du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire, du Ghana, du Mali, du Nigeria, du Sénégal et du Togo.
Des formes hybrides nées de matériaux durables
La scénographie épouse le lieu plutôt qu’elle ne l’impose. On déambule librement à travers salles, terrasses et jardins, sans itinéraire dicté. La lumière naturelle révèle les œuvres dans une sobriété assumée, qui invite à l’observation patiente et au dialogue intime avec les matières.
Très vite, une parenté se devine. Elle se lit d’abord dans les matériaux. Les designers marient modernité et tradition, travaillant les ressources locales selon des savoir-faire artisanaux transmis de génération en génération.
Aboubakar Fofana se distingue par ses textiles teints à l’indigo. Balla Niang associe métal et bois selon des techniques héritées. D’autres font le pari du recyclé. Nifemi Marcus Bello tire d’objets récupérés un mobilier à la fois fonctionnel et poétique.
Chez Cheick Diallo, les fibres recyclées deviennent assises légères et durables. Amivi Homawoo revisite des objets traditionnels en matériaux récupérés. La circularité n’y est jamais slogan : elle est pratique, ancrée, évidente.
L’hybridité formelle frappe tout autant. Les frontières entre art et design se brouillent. L’objet domestique devient sculpture, le meuble porte des symboles culturels. Figure majeure de la discipline, Cheick Diallo rappelle qu’un mobilier peut incarner une vision sociale du design.
Inventivité, rigueur technique et réflexion sur les usages s’y répondent. Les travaux de Jean Servais Somian, d’Amivi Homawoo et d’Estelle Yomeda prolongent ce mouvement. Ils oscillent entre héritage et écriture contemporaine, entre fonction et dimension sculpturale.
Une inspiration qui irradie bien au-delà du continent
L’exposition arrive à un moment charnière. Depuis une quinzaine d’années, le design africain contemporain gagne en visibilité. Salons et musées internationaux s’ouvrent aux créateurs du continent, tandis que biennales et expositions se multiplient sur place.
Les écosystèmes locaux se structurent en parallèle. Salons, plateformes, résidences et prix fleurissent à Dakar, Lagos, Accra ou Nairobi. Une génération entière y trouve des espaces pour exister, créer et transmettre.
Design in West Africa montre une scène qui invente son langage visuel sans se plier aux standards dominants. Durabilité, sobriété, réemploi : ces enjeux du design mondial s’y traitent concrètement. Faire avec ce que l’on a, transformer, réparer, réinventer.
Plutôt que des modèles universels, ces créateurs imaginent des réponses ajustées à leurs climats, leurs usages, leurs contextes. En accueillant cette pluralité de voix, le Palais de Lomé inscrit durablement la région sur la carte mondiale du design.










