Un partenariat stratégique reconduit
En choisissant de prolonger jusqu’en juillet 2025 son accord avec le cabinet américain Squire Patton Boggs, le gouvernement béninois réaffirme sa volonté de se frayer une place lisible dans le jeu diplomatique de Washington, centre névralgique des décisions commerciales et sécuritaires mondiales.
Le contrat, publié par le Department of Justice dans le cadre du Foreign Agents Registration Act, s’élève à 480 000 dollars pour douze mois de prestations, couvrant la défense des intérêts économiques, l’amélioration de l’image du pays et le suivi législatif au Capitole.
Squire Patton Boggs, forte de plus de cent anciens parlementaires dans ses rangs, accompagne déjà le Bénin depuis 2022, période marquée par la recherche active de financements innovants pour les infrastructures et par la consolidation des réformes macroéconomiques saluées par le FMI.
Les objectifs diplomatiques de Cotonou
Derrière cette reconduction se dessine une stratégie claire : faire entendre la voix d’un pays de 13 millions d’habitants dans les arcanes d’une capitale fédérale où l’attention du Congrès demeure focalisée sur la sécurité mondiale, la transition énergétique et la compétition sino-américaine.
Les avocats devront convaincre différents comités que le Bénin, stable politiquement et engagé dans la lutte contre le terrorisme dans le nord, mérite davantage de programmes d’assistance sécuritaire et un accès facilité aux guichets de l’Exim Bank pour financer son corridor portuaire.
Selon un proche du ministère des affaires étrangères, l’équipe de Squire Patton Boggs travaille également à préparer des rencontres bilatérales en marge de l’Assemblée générale de l’ONU afin d’obtenir des appuis américains dans les organisations financières multilatérales.
Romuald Wadagni, figure montante
Au cœur du dispositif, le ministre des finances Romuald Wadagni orchestre la relation contractuelle avec le cabinet anglo-saxon et conserve un œil attentif sur chaque note d’analyse produite pour les comités d’audit gouvernementaux et pour le président Patrice Talon, dont il est un collaborateur incontournable.
L’ancien banquier, formé à Harvard Business School, s’est imposé comme le visage technocratique des réformes budgétaires, réduisant le déficit à 1,2 % du PIB et introduisant des eurobonds verts destinés à financer l’énergie solaire dans les zones rurales.
Interrogé à Cotonou, un diplomate européen décrit Wadagni comme « un interlocuteur à l’écoute, mais très ferme sur les objectifs », soulignant que sa capacité à dialoguer avec les sénateurs américains le place parmi les rares profils ouest-africains familiers des mécaniques de Washington.
La concurrence régionale et l’AGOA
Malgré l’éligibilité du Bénin à l’African Growth and Opportunity Act depuis 2000, ses exportations hors pétrole vers les États-Unis ont plafonné à 70 millions de dollars en 2023, loin derrière le Sénégal ou le Togo, mieux positionnés sur le textile et les produits halieutiques.
Le gouvernement mise sur la Zone industrielle de Glo-Djigbé, opérée avec l’émirati ARISE IIP, pour capter les filières d’assemblage vestimentaire destinées au marché américain avant l’expiration potentielle de l’AGOA en 2025, sujet actuellement débattu dans les commissions commerciales du Congrès.
Squire Patton Boggs a reçu mandat d’appuyer la délégation béninoise lors des auditions prévues cet automne, afin de promouvoir une prorogation de dix ans du programme, jugée cruciale par les industriels locaux qui ont investi plus de 250 millions de dollars sur le site.
Enjeux pour les entreprises béninoises
Pour les PME textiles de Gahoun, les retombées attendues portent sur l’accès à des contrats de distribution avec Walmart ou Target, mais elles dépendent de la capacité du cabinet de lobbying à neutraliser les accusations de dumping social portées par certains syndicats américains.
Les entreprises agricoles, quant à elles, espèrent que les juristes parviendront à faire inscrire l’anacarde transformé sur la liste des produits éligibles au régime zéro droit, ce qui générerait selon la Chambre de commerce au moins 20 000 emplois saisonniers supplémentaires.
Un rapport commandé par le ministère de l’industrie souligne toutefois que la compétitivité logistique reste fragile, le port de Cotonou ayant besoin d’un dragage supplémentaire de deux mètres pour accueillir les navires Post-Panamax, condition sine qua non pour séduire les grands retailers.
Perspectives sur la coopération USA-Afrique
Le renouvellement du contrat intervient dans un contexte où l’administration Biden réaffirme sa stratégie de Partenariat pour les infrastructures et l’investissement mondial, tandis que des voix au Sénat réclament une approche plus sélective vis-à-vis des gouvernements africains en matière de gouvernance et de respect des droits humains.
Dans ce débat, Cotonou mise sur un discours de responsabilité macroéconomique et sur la stabilité régionale pour convaincre, estimant que le renforcement d’un acteur côtier fiable pourra sécuriser les corridors commerciaux du Golfe de Guinée, enjeu que partagent aussi Brazzaville et d’autres capitales du bassin du Congo.
Un membre du Center for Strategic and International Studies rappelle que « le Bénin illustre la nouvelle génération d’États africains cherchant des partenariats transactionnels plutôt qu’idéologiques », anticipation qui pourrait inspirer les décideurs du Congo-Brazzaville dans leur propre diversification d’alliances, sans remettre en cause leurs priorités nationales.










