Likouala : l’avenue aux fruits qui sauvent le climat

Likouala se pare de vert

Dès l’aube, le parfum humide des rives de l’Oubangui a porté un cortège d’ombrelles colorées vers l’avenue Xavier-Katali. À Impfondo, chef-lieu de la Likouala, la 39ᵉ Journée nationale de l’arbre a pris des allures de fête populaire et sereine.

Sous l’égide du préfet Jean Pascal Koumba, responsables administratifs, cadres militaires et habitants ont uni leurs gestes autour d’un mot d’ordre simple : reverdir la ville, honorer la forêt et partager l’espoir d’un Congo florissant à la hauteur des engagements internationaux.

Une avenue symbole de renaissance urbaine

Le ruban asphalté reliant le boulevard du 5 février 1979 à l’hôpital général possède désormais une nouvelle parure : un alignement d’espèces fruitières étiré sur un kilomètre et demi, véritable couloir d’ombre appelé à moduler la chaleur et les poussières de la saison sèche.

Au rythme des bêches, élus locaux et agents de l’Économie forestière ont creusé de petites fosses espacées de dix mètres. Chaque trou a reçu, avec un soin presque cérémoniel, une jeune motte, un peu de compost et le sourire complice des écoliers venus encourager l’initiative.

« Notre capitale départementale gagnera en fraîcheur et en santé », a expliqué Guy Joseph Dimboutela, directeur départemental de l’Économie forestière, rappelant que planter le long d’un axe routier réduit la température au sol de plusieurs degrés et prolonge la durée de vie de la chaussée.

Mantalis, acacias et promesse fruitée

Le choix des mantalis, réputés pour leur feuillage dense, répond à un impératif d’ombre rapide. Leurs cimes arrondies créent un microclimat favorable aux piétons tout en offrant un refuge discret à la petite faune qui sillonne encore les fragments de savane périurbaine.

À leurs côtés, les acacias fixent l’azote, fertilisant naturellement un sol souvent lessivé par de violentes précipitations. Dans quelques années, les gousses mellifères attireront abeilles et oiseaux, bouclant une chaîne écologique dont la capitale verte reste le citoyen ordinaire.

Les espèces fruitières ne sont pas oubliées : manguiers, corossoliers et safoutiers parsèment l’allée. « Chaque arbre donnera à la fois de l’ombre et des vitamines », salue un habitant, convaincu que ces récoltes gratuites allégeront les dépenses domestiques des familles modestes.

Défi climatique et horizon 2050

Lors de son discours, Guy Joseph Dimboutela a rappelé que la déforestation mondiale continue de ronger l’équivalent d’un terrain de football toutes les six secondes. Il redoute, sans action concertée, une dégradation sévère de la qualité de vie dès l’horizon 2050.

L’édition 2023 de la Journée nationale de l’arbre, inscrite dans la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes, veut transformer l’avertissement en opportunité. En multipliant les plantations sociales, le Congo-Brazzaville conforte son rang de gardien majeur du Bassin du Congo.

Le préfet Koumba voit dans l’opération d’Impfondo un modèle duplicable : « Un arbre planté aujourd’hui est un parapluie géant pour nos enfants ». Son appel résonne d’autant plus fort que la région, fragile face aux crues, mise sur les racines pour stabiliser les berges.

Mobilisation citoyenne et pouvoir du geste

Autour des jeunes plants, anciens combattants, associations religieuses et lycéens se sont relayés pour l’arrosage inaugural. Cette chorégraphie intergénérationnelle rappelle que la préservation forestière ne dépend ni de l’âge ni du grade, mais de la volonté partagée de protéger un bien commun.

Dans l’avenue, les femmes ont joué un rôle central, portant seaux et houes avec une assurance tranquille. Leur présence, discrète mais fondamentale, inscrit l’initiative dans la longue tradition congolaise où la gestion des semences et des vergers relève d’abord de la sagesse féminine.

Plusieurs participants ont signé un registre d’engagement. Ils y promettent de surveiller chaque tige, de signaler les bergers imprudents et de remplacer toute pousse abîmée. Ce micro-contrat moral, adossé à la célébration officielle, matérialise l’investissement personnel qu’appelle la décennie mondiale du reboisement.

Plantons aujourd’hui, récoltons demain

Le secrétaire permanent du comité local, carnet en main, a déjà planifié trois sessions d’entretien avant la fin de la saison des pluies. Les arrosoirs communautaires resteront stockés à l’hôpital, garantissant une logistique rapide dès que la terre se fendillera sous le soleil.

À moyen terme, les autorités envisagent d’étendre le projet aux quartiers périphériques, créant des corridors verts reliés aux forêts primaires. Les experts locaux y voient une stratégie d’adaptation qui pourrait inspirer d’autres villes d’Afrique centrale confrontées au double défi climat-urbanisation.

À l’heure où les photographies des plantules circulent déjà sur les réseaux sociaux, la Likouala envoie un message simple : planter n’est ni un luxe ni un passe-temps, c’est un acte de souveraineté verte. Et il commence, ici, par un fruit offert à tous.

Dans cinq ans, les premiers Mantalis atteindront six mètres, assez pour tisser une voûte verte au-dessus de Xavier-Katali. Les autorités projettent déjà un festival des fruits urbains qui célèbrera la récolte et les liens renoués entre citadins et forêt équatoriale.