Kouilou: 35 jeunes électrisent leur avenir durable

Insertion professionnelle au Kouilou: électricité et solaire

Dans la salle baignée de lumière de la Maison de la République, l’émotion était palpable le 23 décembre à Pointe-Noire. Trente-cinq jeunes, dont neuf femmes, ont brandi leurs certificats de qualification professionnelle en électricité bâtiment et énergie solaire, symboles d’un avenir enfin tangible.

Fruit du projet Precika, imaginé par le Groupement des Électriciens du Congo et soutenu par l’Ambassade de France, ce programme de dix mois illustre une ambition claire : transformer des talents déscolarisés en artisans capables d’alimenter leurs communautés en courant propre et sûr.

Une pédagogie ancrée dans le terrain

Dispensée à Pointe-Noire pour des raisons logistiques, la formation a combiné théorie, ateliers et chantiers. Cinq modules techniques sont venus charpenter les cours : lecture de plans, installations classiques, systèmes solaires, groupes électrogènes, mais aussi relation client et gestion commerciale.

Pour garantir l’ancrage local, les formateurs eux-mêmes provenaient du GEC. Cette approche endogène a facilité la compréhension des réalités socio-économiques du Kouilou et renforcé la confiance entre encadrants et stagiaires, nombreux à découvrir pour la première fois un environnement scolaire structuré.

En parallèle, des modules transversaux consacrés à l’entrepreneuriat, à la gestion de très petites entreprises et à la gouvernance associative ont complété l’expérience. L’objectif était clair : outiller chaque apprenant pour qu’il devienne à la fois technicien qualifié et chef d’activité durable.

Le solaire, une promesse pour l’énergie au Congo

Le choix d’introduire le photovoltaïque répond à un contexte national marqué par l’essor des mini-réseaux ruraux. Sur les plateaux de Hinda ou les rivages de Loango, les besoins en électricité verte grandissent avec la même rapidité que les ambitions entrepreneuriales de la jeunesse.

« Ces métiers sont d’avenir, insiste Honoré Moukolo Bambi, président du GEC. Ils permettent de créer localement des emplois tout en soutenant l’électrification de nos territoires. » Dans un département au potentiel solaire élevé, la combinaison de compétences électriques et numériques ouvre déjà de nouveaux marchés.

Des outils et des entreprises pour démarrer

Au-delà du certificat, chaque lauréat est reparti avec un kit composé de vingt-sept outils, d’un cachet professionnel, de cartes de visite et de carnets comptables. Ces détails concrets brisent la barrière qui sépare souvent la salle de classe de la réalité du chantier.

Trente-cinq très petites entreprises ont donc été aussitôt immatriculées. Inscrites auprès des autorités compétentes, elles offrent aux jeunes des districts de Madingo-Kayes ou de Loango la légitimité nécessaire pour répondre à des appels d’offres, signer des contrats et facturer leurs prestations.

Témoignages d’un nouveau souffle

« Nous voulons devenir des modèles pour les générations qui arrivent », confie Kouandzi Loufouma Claude Mercia, l’une des neuf lauréates. Son camarade Tchitembo Fabus Yonnel renchérit : « La lumière change une vie ; nous avons désormais les compétences pour l’apporter domicile par domicile. »

Pour Edith Makanga, directrice départementale de la jeunesse, cette promotion incarne « une relève responsable, capable d’offrir des services de qualité près de chez elle ». Même satisfaction chez Séraphin André Lomba, en charge de la formation qualifiante, qui y voit un vecteur d’ancrage socio-économique.

Partenariats publics et diplomatie solidaire

La consule générale de France, Véronique Wagner, a salué un partenariat qu’elle juge exemplaire entre acteurs publics, tissu associatif et bailleurs. Selon elle, « l’employabilité passe par la proximité ». Sa présence souligne l’importance croissante des coopérations bilatérales autour de la transition énergétique.

Côté congolais, les autorités départementales ont assuré un accompagnement administratif pour la création des entreprises et la délivrance des attestations d’artisan. Une coordination fluide qui rappelle la volonté nationale de soutenir la formation technique, priorité réaffirmée dans les stratégies de développement local.

Au-delà du diplôme, un engagement écologique

Le programme ne s’est pas contenté de former des techniciens ; il a aussi sensibilisé les jeunes aux enjeux climatiques. De la gestion durable de l’énergie aux gestes simples d’efficacité, l’idée était de faire de chaque électricien un ambassadeur d’une consommation responsable.

Dans une région où le climat équatorial offre un ensoleillement généreux, l’adoption du solaire est autant une nécessité environnementale qu’une opportunité économique. Les lauréats envisagent déjà de proposer des mini-installations photovoltaïques pour maisons, écoles et dispensaires isolés.

Et maintenant, quel horizon pour la promotion Precika ?

Le GEC prévoit un suivi personnalisé durant la première année d’activité. Des visites de chantiers, séances de coaching financier et mises en réseau avec les fournisseurs permettront de consolider les jeunes entreprises et de maximiser leur taux de survie sur un marché concurrentiel.

Les bénéficiaires appellent déjà à la pérennisation du projet, espérant une nouvelle cohorte dès l’an prochain. L’équipe pédagogique étudie l’élargissement à l’électromécanique et au câblage numérique, afin d’épouser l’évolution rapide des besoins énergétiques du pays.

Le sourire des trente-cinq nouveaux artisans, quittant la salle leurs caisses d’outils à la main, rappelle que la jeunesse congolaise n’attend qu’un coup de pouce pour bâtir l’avenir. À Pointe-Noire, la lumière qui s’est allumée ce jour-là pourrait bien éclairer tout le Kouilou.