Grand Prix Plum’art-Z : triomphe d’un dramaturge

Un prix à la hauteur de la plume congolaise

La cinquième édition de Plum’art-Z, rendez-vous célébrant les arts de la scène et les lettres francophones, a consacré le dramaturge congolais Yvon Wilfride Lewa-Let Mandah en lui remettant le Grand Prix Plum’art-Z 2025, symbole d’excellence littéraire et théâtrale.

Créé six mois plus tôt, le concours international Plum’art, qui attribue chaque année des distinctions dans plusieurs disciplines, a souhaité donner à son prix majeur le nom de l’illustre écrivain afin d’honorer, dès cette édition, l’ensemble d’une œuvre qui fêtera bientôt trois décennies d’existence créative.

Le trophée, remis sous les regards d’un public d’auteurs, d’acteurs et de mécènes, couronne un parcours salué par la critique internationale et rappelle que Pointe-Noire, loin d’être seulement un port pétrolier, est aussi un foyer fertile de dramaturgie africaine contemporaine qui rayonne désormais jusqu’aux scènes européennes.

Une carrière jalonnée de créations intenses

Poète, romancier, essayiste, metteur en scène et comédien, Yvon Wilfride Lewa-Let Mandah a déjà publié treize ouvrages, du poignard satirique Mon patron n’est pourtant pas un blanc à l’essai spirituel Mon refuge, en passant par les pièces politiquement chargées Apocalypse et Tout ou Rien percutante.

Ses textes, souvent enseignés dans les ateliers de théâtre d’Afrique de l’Ouest, interrogent les contradictions sociales sans injurier les institutions, préférant pointer d’un verbe ironique les petites compromissions individuelles qui freinent le bien-être collectif et neutralisent, selon lui, le potentiel de solidarité congolaise depuis longtemps.

Invité en 2016 au prestigieux Salon du livre de Paris, l’auteur a vu sa pièce Tout ou Rien louée par des éditeurs français pour son rythme choral et sa capacité à faire dialoguer la tradition orale bantu avec les codes dramatiques hérités de la Comédie-Française.

La Namenttitude, philosophie de bien-être

Concept forgé par Lewa-Let Mandah, la Namenttitude prône « l’art du bien-être et du bien-faire pour tous ». Loin d’un slogan, le terme irrigue sa poésie et incite, affirme-t-il, chaque citoyen à traiter ses semblables avec dignité afin de bâtir une prospérité partagée dans la diversité et l’équité.

À l’heure où nombre d’intellectuels dénoncent la crispation identitaire, sa théorie propose une passerelle culturelle inclusive. « La réparation de nos imaginaires est la condition de la paix », confiait-il récemment à Brazzaville, rappelant que la beauté de la langue n’a de sens que tournée vers l’autre et vivante.

Un ambassadeur culturel pour le Congo

Président national de l’Institut international de théâtre, branche congolaise de l’organisation affiliée à l’Unesco, Lewa-Let Mandah sillonne les capitales du monde, de Ségovie à Stockholm, pour porter la voix francophone d’Afrique centrale et défendre des coopérations artistiques axées sur la formation et la circulation des œuvres.

Les partenaires européens saluent son professionnalisme, notamment lors du Festival international d’Anvers où il a encadré de jeunes comédiens congolais, ghanéens et belges dans une coproduction multilingue qui a remporté le prix Jeunes Regards du jury pour sa mise en dialogue inventive des mythologies africaines.

Pour les autorités culturelles de Brazzaville, son rayonnement constitue un « levier d’influence douce », selon la directrice du Livre et de la Lecture publique, qui estime que chaque distinction reçue à l’étranger renforce le positionnement du Congo comme terre d’inspiration et de professionnalisme artistique durable.

Au-delà des planches, l’écrivain met à profit son expérience de manager en logistique du personnel pour professionnaliser les tournées. Il optimise transports et hébergements, un volet souvent négligé, offrant ainsi aux troupes congolaises une crédibilité qui rassure programmateurs et sponsors internationaux à chaque nouvelle escale.

Entre spiritualité et scène

Parallèlement à ses engagements littéraires, Lewa-Let Mandah préside le Centre de réveil chrétien international de Pointe-Noire, où il officie comme pasteur. Son parcours théologique, nourri à Paris et à l’Institut de formation aux ministères, irrigue un imaginaire qui marie paraboles bibliques et dramaturgie citoyenne moderne.

Ce dialogue entre foi et art n’est pas inédit dans la culture congolaise, mais sa manière de l’assumer sur scène, sans prosélytisme, interroge la responsabilité morale de l’artiste. « Un texte peut sauver, ou perdre, une âme », glisse-t-il en répétition, sourire humble aux lèvres devant tous.

Pourquoi cette distinction résonne aujourd’hui

Dans un contexte où la jeunesse congolaise cherche des modèles de réussite ancrés localement mais reconnus globalement, la consécration d’Yvon Wilfride Lewa-Let Mandah rappelle que la littérature demeure une voie d’ascension sociale, de rayonnement international et de contribution concrète au dialogue interculturel et intergénérationnel durable.

L’écrivain s’apprête pourtant à renouveler son univers, annonçant pour l’an prochain une fresque historique sur l’épopée des pêcheurs vili. Cette promesse confirme qu’au-delà des honneurs, le maître entend rester un créateur en éveil, curieux de raconter l’intime et le collectif dans une langue toujours vibrante.

À la sortie de la cérémonie, quelques étudiantes en art dramatique de l’Institut de Pointe-Noire confiaient voir dans son parcours « la preuve qu’on peut bâtir une carrière internationale depuis le Congo-Brazzaville ». Leur enthousiasme illustre la portée de ce grand prix, appelé à inspirer la relève artistique.