Écouter les voix féminines du Congo
Dans l’effervescence de Brazzaville, la secrétaire exécutive du Conseil consultatif de la femme, Yénnie Clara Mathurine, insiste : « Une bonne loi naît d’une oreille attentive ». Son credo se résume à capter les récits de vie des Congolaises avant de coucher des articles juridiques sur le papier.
L’institution, créée pour faire résonner les réalités féminines dans la sphère publique, amorce une nouvelle phase. Au-delà des ateliers en salle, elle privilégiera désormais la rencontre directe avec commerçantes, ingénieures, professeures ou artistes, dans chaque département.
Cette méthode participative répond à un constat : les préoccupations évoluent avec l’essor du numérique, la montée de l’entrepreneuriat et les défis climatiques. « Nos concitoyennes veulent être actrices du changement, pas simples sujets d’enquête », résume la dirigeante.
Un échange au sommet avec Pierre Ngolo
Le 8 septembre, le bureau feutré du président du Sénat a accueilli la délégation du Conseil. Derrière les portes capitonnées, Pierre Ngolo et Yénnie Clara Mathurine ont partagé une même conviction : rapprocher législateur et terrain pour gagner en pertinence.
« Le Sénat restera une courroie de transmission fidèle entre la nation et ses filles », a assuré le président de la Chambre haute, saluant l’initiative. Ce soutien politique conforte le Conseil dans sa volonté de passer de l’écoute à la réforme sans perte de temps.
La rencontre a aussi été l’occasion pour la nouvelle secrétaire exécutive, nommée par décret présidentiel le 7 août 2025, de présenter ses civilités et de rappeler la vision de continuité initiée par sa devancière, Antoinette Kébi.
Une stratégie d’immersion sur le terrain
Dès octobre, des missions sillonnent les marchés de Pointe-Noire, les villages du Pool et les campus de l’Université Marien-Ngouabi. Carnets en main, les équipes collecteront témoignages sur le coût de la vie, l’accès à la terre, le crédit ou la santé reproductive.
La secrétaire exécutive veut dépasser les statistiques. Elle mise sur la narration, persuadée que « l’émotion, lorsqu’elle est structurée, devient un puissant levier de plaidoyer ». Chaque entrevue sera transcrite puis anonymisée afin de constituer une base de données qualitative.
Cette matière vivante guidera ensuite des juristes volontaires, appelés à traduire les récits en propositions de disposition légale. Le pari : faire dialoguer langage juridique et histoires individuelles sans trahir ni l’un ni l’autre.
Objectif : propositions de lois sur mesure
La première série de textes devrait être prête avant la session parlementaire de mars 2025. Parmi les chantiers cités : reconnaissance du travail domestique, encouragement fiscal à l’entrepreneuriat féminin et protection des femmes face aux mutations climatiques affectant l’agriculture.
Chaque proposition sera précédée d’une note d’impact relatant les bénéfices attendus pour la collectivité. Une manière de convaincre au-delà des cercles militants et de démontrer, chiffres à l’appui, que l’égalité accélère la croissance et la cohésion sociale.
« Nous voulons que chaque mère de marché, chaque développeuse d’application et chaque agricultrice voie sa réalité reflétée dans la loi », martèle Yénnie Clara Mathurine, soulignant la transversalité des enjeux.
2025-2026, agenda d’innovation inclusive
Le Conseil planche déjà sur des projets pilotes à lancer fin 2025. Au programme : une école mobile de leadership rural, un incubateur numérique dédié aux créatrices et un observatoire des indicateurs genre. Ces initiatives, encore à l’état d’ébauche, bénéficieront d’appuis institutionnels.
Pierre Ngolo a promis un accompagnement technique pour sécuriser les partenariats et faciliter l’accès aux commissions parlementaires. « Innover, c’est respecter nos traditions tout en ouvrant des portes vers l’avenir », a-t-il souligné, rappelant l’importance des synergies entre générations.
La feuille de route prévoit également des dialogues permanents avec la diaspora féminine, capitale en expertise et en relais de financement. Une plateforme virtuelle devrait voir le jour afin de connecter les Congolaises du monde aux actrices locales.
L’écoute, moteur de progrès durable
Au-delà des annonces, les observateurs saluent une dynamique alignée sur la stratégie nationale de développement, qui consacre l’inclusion comme vecteur de prospérité partagée. Dans ce cadre, le Conseil entend jouer le rôle d’accélérateur législatif et social.
La démarche résonne avec les objectifs continentaux de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui prône une Afrique où l’égalité de genre n’est plus un slogan mais une réalité mesurable. Le Congo veut y apporter sa signature par une méthode fondée sur la proximité.
Alors que les caravanes d’écoute s’apprêtent à prendre la route, un mot d’ordre circule : transformer les doléances en textes, puis les textes en actes. Un chantier ambitieux, porté par la conviction que les voix féminines, une fois entendues, écrivent l’avenir du pays.










