La finance africaine couronne une nouvelle voix
Le monde de la finance africaine accueille une figure singulière : Fazila Dahall. Mi-sud-africaine, mi-mauricienne, la journaliste vient d’être élue pour trois ans à la présidence du jury des Financial Afrik Awards, prestigieuse distinction célébrant les bâtisseurs économiques du continent.
Elle succède au banquier marocain Ali Benahmed, président depuis 2019, devenu aujourd’hui président d’honneur. Cette transition, décrite par les organisateurs comme « fluide et élégante », vise à consolider l’ancrage panafricain de la cérémonie sans rompre avec l’héritage d’exigence qu’elle a patiemment cultivé.
Pour la nouvelle présidente, le défi est clair : amplifier la résonance d’un prix déjà convoité, mais encore trop méconnu du grand public. « Nous allons mettre la lumière sur celles et ceux qui transforment concrètement nos économies », confie-t-elle lors d’un entretien téléphonique.
Quarante ans de journalisme panafricain
Quiconque a croisé le micro de Fazila Dahall mesure la densité d’un parcours tissé sur quatre décennies. Après des débuts comme responsable pédagogique à Port-Louis, elle rejoint en 1989 Channel Africa, le service international de la South African Broadcasting Corporation.
Dans cette rédaction multilingue, elle gravit rapidement les échelons, jusqu’à diriger la production des programmes anglophones et francophones. Des crises environnementales aux zones de conflit, en passant par les réformes économiques, sa signature éditoriale se distingue par la précision et l’impartialité.
Fidèle à son storytelling visuel, elle fonde plus tard Commelle Communications, son agence de conseil et de production basée à Johannesburg, puis à l’île Maurice. L’entreprise accompagne gouvernements, ONG et marques de luxe dans leurs stratégies audiovisuelles, preuve d’un esprit entrepreneurial aguerri.
Le souffle mandélien d’un leadership inclusif
Au-delà des plateaux, Fazila Dahall revendique l’influence décisive de Nelson Mandela, qu’elle a couvert pendant les années de transition démocratique sud-africaine. Elle rappelle souvent cette parole du leader : « Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la victoire sur elle. »
Cette référence façonne son leadership : participatif, exigeant et ancré dans le service public. Ses proches rapportent qu’elle conclut chaque réunion par une question simple : « Comment cela profite-t-il à la communauté ? ». Une méthode qui résonne avec la vocation inclusive du prix.
Dans ses interventions publiques, elle rappelle l’urgence de promouvoir des modèles féminins visibles dans la finance. « Les Africaines investissent, innovent et pilotent des fonds d’impact ; il est temps de leur accorder le même espace de narration que leurs pairs masculins », insiste-t-elle.
Un jury pluriel pour un prix d’impact
Le nouveau bureau du jury illustre cette ambition d’équilibre. À ses côtés siégera la Tunisienne Leila Bel Hassen, spécialiste de l’économie bleue, le banquier béninois Cédric Montetcho et l’Ivoirien Louis Amédée, patron de l’Association des Industriels de Côte d’Ivoire.
Deux piliers historiques de Financial Afrik complètent le dispositif : Daniel Djagoué, directeur du développement, et Dia El Hadji Ibrahima, directeur général du groupe. Le duo assure la continuité méthodologique et l’indépendance éditoriale qui ont permis au prix de gagner la confiance des investisseurs.
Le jury se réunira à Abidjan dès le mois prochain pour définir les critères de l’édition 2024. Innovation technologique, impact social mesurable et durabilité environnementale devraient figurer en bonne place, dans la lignée des Objectifs de développement durable adoptés par l’Union africaine.
Innovations et perspectives à l’horizon 2024
Pour Fazila Dahall, le succès dépendra aussi de la capacité à toucher les jeunesses urbaines, férues de contenus digitaux. L’équipe prévoit de diffuser, en direct, la sélection finale sur les réseaux sociaux afin de démocratiser la réflexion financière auprès d’un public plus large.
Une collaboration avec des incubateurs féminins est également annoncée. L’objectif? Inviter des start-up fondées par des femmes à pitcher devant la communauté des lauréats, créant ainsi des passerelles entre journalisme économique, entrepreneuriat social et financement sensible au genre.
Certains observateurs estiment que cette ouverture pourra faciliter des synergies inédites entre bailleurs institutionnels et entrepreneurs africains. « La visibilité est un capital aussi précieux que l’argent », note l’analyste ivoirien Koffi Kouadio, convaincu que l’effet réseau des Awards dopera les levées de fonds domestiques.
À moyen terme, la présidente souhaite créer un index des anciens lauréats, cartographiant leurs réalisations trois ans après le sacre. Une manière de mesurer concrètement la valeur ajoutée du prix, tout en fournissant un tableau d’honneur inspirant pour les décideurs publics.
En plaçant l’impact sociétal au cœur du palmarès, Fazila Dahall rappelle qu’une finance africaine forte se nourrit d’histoires collectives, de talents hybrides et d’une vision éthique. Son mandat débute à peine, mais il porte déjà la promesse d’une nouvelle grammaire du succès.
Diaspora et continuité stratégique
La diaspora n’est pas oubliée. Le comité étudie la création d’une mention spéciale destinée aux Africains de l’extérieur qui réinvestissent dans leurs pays d’origine. Une façon de reconnaître la contribution des cerveaux expatriés à la modernisation des chaînes de valeur régionales.
Enfin, le binôme Fazila Dahall-Ali Benahmed, désormais président d’honneur, promet d’orchestrer une passation progressive. Le banquier marocain continuera de partager son réseau et son expérience, tandis que la nouvelle présidente insufflera son flair journalistique à une instance appelée à gagner encore en crédibilité.










