Cybermenaces : 16 jours pour sauver nos écrans

Connexion et danger : panorama 2025

En 2025, alors que le monde entier vit connecté, l’espace numérique révèle un paradoxe troublant : il promet l’émancipation mais abrite aussi des formes inédites de violence faites aux femmes et aux filles.

Des images manipulées par l’intelligence artificielle aux menaces anonymes envoyées en rafale, les agressions virtuelles s’accélèrent. Pourtant, elles échappent encore trop souvent au radar des institutions et à la protection des lois classiques.

C’est dans ce contexte que la campagne mondiale « 16 Jours d’activisme » portée par ONU Femmes appelle, du 25 novembre au 10 décembre, à transformer la technologie en alliée de l’égalité plutôt qu’en arme de domination.

Violences numériques : une urgence mondiale

Le harcèlement en ligne, le cyber-stalking, le doxxing ou la diffusion non consentie d’images intimes touchent désormais tous les continents. Chaque clic peut devenir intrusion, chaque publication un prétexte d’attaque sexiste.

Selon la Banque mondiale, moins de 40 % des pays disposent de lois ciblant le cyber-harcèlement ou le cyber-stalking. Cela signifie que 1,8 milliard de femmes, soit 44 % de la population féminine mondiale, évoluent sans filet juridique.

« Ce qui commence en ligne ne s’y arrête pas », avertit la directrice d’ONU Femmes, Sima Bahous. Elle rappelle que ces violences nourrissent la peur, étouffent les voix féminines et, parfois, mènent à des agressions physiques ou à des féminicides.

Un déficit législatif à combler

Certains États innovent, mais leurs réponses demeurent fragmentées face à un phénomène transnational. Royaume-Uni, Australie et Mexique ont voté des textes comme l’Online Safety Act ou la Ley Olimpia, tandis que l’Union européenne élabore un Digital Safety Act.

Mais les plateformes, souvent domiciliées hors des frontières où le tort est subi, compliquent l’application des décisions judiciaires. Le droit peine à évoluer à la même vitesse que les algorithmes générateurs de deepfakes ou les réseaux sociaux éphémères.

ONU Femmes plaide pour une coopération internationale forte, afin d’harmoniser les standards de sécurité, de contraindre les entreprises à supprimer rapidement les contenus nuisibles et d’exiger une traçabilité des auteurs, sans pour autant freiner l’innovation positive.

Au Congo-Brazzaville, des avancées prometteuses

À Brazzaville, des juristes et des organisations de la société civile saluent l’intégration, en 2022, de dispositions spécifiques sur le cyber-harcèlement dans le Code du numérique congolais. La démarche inscrit la République du Congo parmi les pionniers régionaux.

Parallèlement, le ministère des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique multiplie les ateliers de sensibilisation dans les lycées, expliquant les recours possibles aux jeunes filles et encourageant la dénonciation des abus via la plateforme nationale d’alerte.

« Notre objectif est qu’aucune victime ne se croie isolée ; la loi est de son côté », souligne une magistrate du tribunal de grande instance de Brazzaville, rappelant que les peines prévues vont jusqu’à trois ans d’emprisonnement.

Tech et IA : responsabilités partagées

Les ONG pointent la domination masculine dans les métiers de l’intelligence artificielle. ONU Femmes recommande aux sociétés technologiques de recruter plus de femmes aux postes de conception, afin d’intégrer la sécurité dès l’écriture du code.

La modération automatisée doit, elle aussi, être repensée. Les filtres détectent encore mal les insultes en langues africaines ou les images détournées subtilement. Une collaboration avec les chercheuses locales permettrait d’affiner les bases de données d’entraînement.

À l’échelle individuelle, développer l’aisance numérique est essentiel. Des programmes de littératie en ligne, soutenus par des entreprises télécoms partenaires, enseignent déjà l’autoprotection : sécurisation des comptes, déconstruction des infox, et réaction coordonnée face aux raids haineux.

Soutenir les survivantes, changer la culture

Selon l’UNESCO, moins d’un quart des journalistes agressées en ligne obtiennent réparation. Les signalements demeurent freinés par la honte, la peur ou la complexité procédurale. Financer des centres d’assistance juridique spécialisés devient donc stratégique.

Les mouvements féministes, malgré des coupes budgétaires, restent le moteur de la mobilisation. Le programme européen « ACT to End Violence against Women and Girls » finance des hotlines, des refuges numériques et des campagnes contre la misogynie virale.

Changer la culture passe aussi par l’éducation des garçons, dès le primaire, au respect dans les espaces virtuels. Des modules pilotes à Pointe-Noire montrent qu’une pédagogie participative réduit les propos sexistes en ligne de 30 % en un trimestre.

Nouveaux outils, nouveaux espoirs

Pour guider les États, ONU Femmes publie un supplément au Manuel pour la législation sur la violence faite aux femmes et un Guide pratique destiné aux forces de police face aux abus technologiques.

Ces ressources proposent des protocoles clairs : collecte de preuves numériques, protection de la vie privée des plaignantes, coopération avec les fournisseurs d’accès et formation continue des enquêteurs et magistrats nationaux.

« Tant que l’espace digital ne sera pas sûr pour toutes, l’égalité demeurera hors de portée », insiste Sima Bahous. Les 16 Jours d’activisme 2025 invitent chacun à agir maintenant : renforcer les lois, soutenir les survivantes et bâtir un Internet inclusif.