Enjeux du financement féminin en UEMOA
Le plus récent rapport de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, publié en avril 2024, révèle une progression remarquable du Burkina Faso dans l’accès des entrepreneures au crédit bancaire, consacrant le pays comme leader régional en matière de taux pratiqués pour les femmes.
Au-delà de la statistique, ce résultat illustre une transformation lente mais perceptible des stratégies bancaires, longtemps réputées frileuses face au risque perçu autour des micro-entreprises féminines, pourtant essentielles à la vitalité économique des huit États membres de l’UEMOA.
Pour autant, les chiffres confirment un déséquilibre structurel : en 2024, seules 18,20 % des enveloppes de financement à la clientèle particulière sont allées à des femmes, un ratio en léger recul par rapport à 2023, malgré une baisse simultanée du coût moyen de l’emprunt.
Le Burkina Faso, champion des taux préférentiels
Avec un taux débiteur moyen de 7,75 %, Ouagadougou devance Cotonou, Lomé et Bamako, confirmant une orientation commerciale plus accommodante à l’égard des promotrices locales, notamment dans la transformation agroalimentaire et le commerce de détail, deux secteurs dominés par le capital féminin.
Les responsables de l’Association professionnelle des banques du Burkina expliquent ce positionnement par une concurrence accrue entre établissements, une numérisation rapide des dossiers et le déploiement d’outils de scoring inclusifs destinés à compenser l’absence souvent observée de garanties traditionnelles.
« La rentabilité du portefeuille féminin dépasse nos projections initiales », confie un cadre de Coris Bank, attestant d’une sinistralité inférieure de trois points à celle des dossiers masculins, un argument désormais intégré dans les plans stratégiques du secteur.
Des écarts de genre persistants
Si le différentiel de taux entre femmes et hommes atteint 29 points de base en leur faveur, les observateurs soulignent qu’il s’explique davantage par la nature courte de leurs engagements que par une politique d’égalité programmée.
Les crédits consentis aux femmes ne dépassent souvent pas douze mois, se concentrent sur le fonds de roulement et restent plafonnés autour de dix millions de francs CFA, loin des investissements lourds demandés par l’industrialisation.
Cette segmentation produit un effet paradoxal : un coût moyen apparent plus faible, mais un impact limité sur la montée en gamme de l’appareil productif féminin, ce qui maintient les écarts de revenus et de productivité observés par la Banque mondiale.
Variables macroéconomiques et politiques publiques
Les analystes rappellent que la détente monétaire graduellement adoptée par la BCEAO depuis fin 2023, couplée à la maîtrise relative de l’inflation, a offert une marge de manœuvre aux banques pour ajuster leurs grilles, sans compromettre leur spread de marge nette.
Au Burkina Faso, le Fonds national de finance inclusive, mis en place dès 2018, garantit jusqu’à 60 % des prêts inférieurs à cinq millions destinés aux coopératives féminines, réduisant mécaniquement le risque pour les intermédiaires et encourageant la modération tarifaire.
La convergence réglementaire régionale, notamment les exigences prudentielles renforcées sur la concentration des portefeuilles, incite également les banques à diversifier leurs débiteurs et à se positionner davantage sur des segments historiquement sous-servis.
Perspectives et défis pour 2025
Le prochain comité de politique monétaire, prévu en septembre, sera scruté, car une remontée des taux directeurs pourrait entamer la trajectoire favorable observée en 2024 pour les entrepreneures, préviennent des économistes du Centre africain de recherche sur le financement.
Parallèlement, l’adoption attendue d’une loi-cadre régionale sur la titrisation des créances agricoles devrait multiplier les véhicules de financement adaptés aux cycles d’exploitation des femmes rurales, principales pourvoyeuses de matière première dans la filière céréalière.
Les partenaires techniques, dont l’AFD et la BAD, travaillent déjà à des lignes de crédit concessionnelles ciblant spécifiquement l’efficacité énergétique des PME dirigées par des femmes, un angle jugé prometteur pour concilier inclusion financière et transition climatique.
Cependant, la question de la propriété foncière demeure cruciale : sans titres sécurisés, nombre de promotrices restent cantonnées à des prêts de trésorerie, limitant leur capacité à mobiliser un capital patient nécessaire à la modernisation de leurs activités.
Dans ce contexte, plusieurs gouvernements, dont celui du Burkina, préparent des cadastres numériques pour accélérer l’enregistrement des lopins exploités par les femmes, démarche soutenue par la FAO et susceptible d’amplifier l’effet-levier des garanties.
Si les curseurs macroéconomiques demeurent favorables et que ces réformes foncières aboutissent, l’écosystème financier ouest-africain pourrait connaître un basculement, la question ne serait plus celle de l’accès au crédit pour les femmes, mais de la qualité des projets capables d’absorber des volumes plus conséquents.
Révolution numérique et notation des clientes
Le développement des portefeuilles mobiles favorise également la réduction des coûts de transaction ; selon l’Observatoire UEMOA du numérique, 62 % des microcrédits féminins de moins d’un million sont désormais décaissés via téléphone, supprimant les frais de dossiers et améliorant la traçabilité des remboursements.
À terme, l’intégration des données de paiement mobile au bureau d’information sur le crédit pourrait renforcer la notation des clientes et inciter les banques commerciales à relever leurs plafonds, élargissant ainsi l’éventail de produits à moyen terme accessibles aux dirigeantes d’entreprises.










