New York célèbre l’élégance ivoirienne
Sous les projecteurs incandescents de la Fashion Week de New York, un éclat insolite irradiait la passerelle du Chelsea Industrial le 12 septembre 2025. Les silhouettes ivoiriennes effleuraient le podium, révélant une palette cacao profond, ivoire nacré et éclats safran.
Le lendemain, la frénésie médiatique ne retombait pas. Photographes et blogueurs louaient « un souffle neuf et racé venu d’Abidjan », selon le chroniqueur mode Andrew Collins, fasciné par la façon dont les étoffes mettaient en scène l’histoire d’un pays et l’audace d’une génération.
Orun x Designers relie Abidjan et Manhattan
Au cœur de cette effervescence, l’initiative Orun x Designers signait son premier coup d’éclat. Créée par l’entrepreneuse Habyba Thiero, la plateforme veut « redéfinir les codes du luxe à partir du savoir-faire ancestral africain tout en dialoguant avec les exigences contemporaines », confie-t-elle en coulisses.
Durant deux jours, créateurs, investisseurs et diplomates ont alterné défilés, tables rondes et cocktails. Dans le loft éphémère d’Orun, l’anglais pétillant se mêlait au nouchi : une traduction vivante de ponts culturels que la Côte d’Ivoire entend consolider.
Les organisateurs new-yorkais saluaient la rigueur professionnelle ivoirienne. « Une planification millimétrée, une narration claire. C’est ce que recherchent les acheteurs haut de gamme », notait Karen Li, consultante mode basée à Soho.
Loza Maléombho réinvente l’afrofuturisme
Têtue, Loza Maléombho repousse depuis dix ans la frontière entre la tradition et la science-fiction. Sa collection, baptisée « Astro-Tissage », mariait corsets en raphia laminé, capuches holographiques et bijoux inspirés des tresses sénoufo.
« L’afrofuturisme, c’est écrire demain à partir de mémoires intactes », a-t-elle lancé aux journalistes. Les 25 tenues, portées par des mannequins aux crânes ornés de scarifications digitales, ont déclenché une ovation et plusieurs commandes immédiates de concept-stores asiatiques.
Ibrahim Fernandez magnifie l’héritage textile
La veille, Ibrahim Fernandez avait inscrit une autre partition, plus introspective. Le designer a déconstruit le pagne baoulé pour en extraire des bandes, retissées sur place avec du fil de soie japonaise, créant une robe-totem unique.
Devant un parterre d’acheteurs de grands magasins américains, il a expliqué que « chaque fibre raconte le passage d’un ancêtre ; la couture, c’est notre langue ». La pièce sera exposée six mois au Museum at FIT avant d’être vendue aux enchères, selon la maison Bonhams.
Masques traditionnels, symboles et récits
Au-delà des vêtements, Orun x Designers proposait une exposition de masques dan, sénoufo et gouro. Bois noircis, cauris et pigments dialoguaient avec un éclairage immersif qui soulignait leur puissance spirituelle autant que leur potentiel narratif contemporain.
Curateurs et étudiants new-yorkais découvraient ainsi comment ces objets, jadis réservés aux cérémonies, deviennent aujourd’hui des icônes de design durable. « C’est un pont entre économie créative et mémoire vivante », résumait la commissaire ivoirienne Aminata Doumbia.
Diplomatie culturelle et ambitions 2026
Dans les rangs officiels, Mamadou Koné saluait « une vitrine prestigieuse qui renforce notre image de nation créative ». Le délégué général du Service de promotion économique aux États-Unis soulignait les retombées en termes d’investissements touristiques et de partenariats universitaires.
Pour sa part, Dammond Tanoh, directrice générale de la communication, a invité l’audience à réserver ses agendas pour 2026. « Nous accueillerons à Abidjan le Salon international du contenu audiovisuel et une nouvelle édition du MASA, en collaboration avec Orun. L’expérience new-yorkaise n’est qu’un prélude. »
Abdramane Kamaté, patron du MASA, détaillait déjà un programme mêlant spectacles vivants, résidences d’écriture et masterclasses. « Notre objectif est clair : faire d’Abidjan le hub créatif d’Afrique de l’Ouest. »
Industries créatives, levier économique ivoirien
Selon les chiffres du ministère de la Culture, les industries créatives contributeurs à 8 % du PIB ivoirien en 2024. Le gouvernement vise 10 % d’ici 2027, misant sur la mode, la musique et le cinéma pour diversifier une économie encore dominée par le cacao.
Les investisseurs présents à New York ont salué cette stratégie. « La stabilité et la vision à long terme inspirent confiance », indiquait Jonathan Reed, directeur d’un fonds spécialisé dans la mode durable, prêt à ouvrir un bureau régional à Abidjan.
Influence africaine, horizon du luxe mondial
À mesure que les rideaux se refermaient sur la Fashion Week, un sentiment de bascule gagnait les observateurs : l’avenir du luxe s’écrira aussi depuis le Golfe de Guinée. Les réseaux sociaux américains relayaient en boucle les images des créations ivoiriennes.
Pour Habyba Thiero, « la question n’est plus de savoir si l’Afrique est prête, mais si le monde est prêt pour l’Afrique ». Son équipe planche déjà sur une tournée européenne avant la Biennale de Venise, persuadée que l’histoire racontée à New York ne fait que commencer.
À l’aéroport JFK, les créateurs rangeaient leurs prototypes dans des malles aux couleurs du drapeau ivoirien. Entre étreintes, rires et fatigue, ils partageaient la conviction que cette escale new-yorkaise aura été un déclic, autant artistique qu’économique.










