Congo : Les nouveaux visages du Conseil qui pèse

Un Conseil au cœur des réformes institutionnelles

Créé en 2003, le Conseil économique, social et environnemental du Congo-Brazzaville vient de connaître un remaniement partiel de son bureau, acté par décret présidentiel. L’évènement, intervenu au début de juillet, illustre la volonté de moderniser une institution consultative souvent présentée comme la chambre d’écho de la société civile.

En présence du conseiller politique du chef de l’État, Rodrigue Malanda Samba, la présidente reconduite, Émilienne Raoul, a exhorté la nouvelle équipe à assumer pleinement ses fonctions, rappelant que le Conseil doit éclairer les pouvoirs publics et faciliter la résolution des préoccupations quotidiennes des citoyens.

Portraits des nouveaux dirigeants stratégiques

Premier changement notable, la vice-présidence revient à Jean de Dieu Goma, figure associée depuis une décennie à la défense des personnes en situation de handicap. Son arrivée symbolise, selon plusieurs analystes, l’attachement des autorités à une représentation plus inclusive de la diversité sociale congolaise.

Le poste de rapporteur est désormais occupé par l’économiste Hyacinthe Defoundoux, connu pour ses travaux sur la soutenabilité budgétaire. Quant au rôle de questeur, il échoit à Arsène Mokoma, administrateur expérimenté issu de la fonction publique, chargé de garantir la rigueur financière interne.

Ces nominations mettent fin à l’intérim assuré durant cinq ans par Louis Patrice Ngangon, qui cumulait les fonctions de rapporteur et de questeur. Au moment de la passation, l’intéressé a transmis un ensemble de projets structurants, dont un rapport sur l’économie verte entamé avant la pandémie.

Cap sur la démocratie participative congolaise

L’évolution du bureau intervient dans un contexte régional marqué par la montée des attentes citoyennes. Depuis la nouvelle Constitution de 2015, la participation s’impose comme un vecteur de légitimité. Le Conseil, organe consultatif, se trouve alors au carrefour des demandes sociales et des arbitrages gouvernementaux.

Dans son allocution, Jean de Dieu Goma a rappelé que « le sens d’un cadre n’est pas d’agir selon des perceptions personnelles, mais de s’en tenir aux textes ». Cette insistance sur la normativité reflète une stratégie visant à renforcer la crédibilité de l’institution auprès des partenaires nationaux.

Pour certains observateurs, l’enjeu principal demeure la capacité du Conseil à produire des avis exploitables, régulièrement transmis à la présidence et au Parlement. La production annuelle reste en moyenne de quinze recommandations, mais leur taux de mise en œuvre effective constitue encore une variable à améliorer.

Gouvernance, méthode et efficacité attendue

Le nouveau bureau mise sur une méthodologie fondée sur la collégialité. Chaque membre présidera un groupe thématique, allant de la transition énergétique à l’économie numérique, afin de mutualiser expertises sectorielles et données empiriques. Ce fonctionnement devrait, à terme, réduire les délais de formulation des avis.

Sur le plan administratif, Arsène Mokoma projette d’introduire un système informatisé de suivi budgétaire. Selon son entourage, cette plateforme, inspirée des pratiques de la Cour des comptes, permettra un contrôle en temps réel des engagements financiers et favorisera la transparence vis-à-vis des partenaires internationaux.

L’économiste Hyacinthe Defoundoux, pour sa part, souhaite renforcer l’évaluation ex post des politiques publiques. Il propose de croiser les données du Conseil avec celles de l’Institut national de la statistique afin de mesurer l’impact social des investissements, un indicateur suivi de près par les bailleurs.

Défis socio-économiques à l’horizon 2025

Au-delà de la dynamique interne, le Conseil doit répondre aux défis pressants du marché de l’emploi, de la viabilité des finances publiques et de l’adaptation aux changements climatiques. Trois sujets que le gouvernement place au centre du Plan national de développement 2022-2026, actuellement en phase d’ajustement.

Conformément aux orientations présidentielles, l’institution envisage d’organiser des auditions régionales afin de collecter les attentes des territoires périphériques, souvent sous-représentés. Les comptes rendus seront versés au rapport annuel, servant de base aux leviers budgétaires. Cette stratégie s’aligne sur l’objectif d’équité territoriale inscrit dans les politiques publiques.

Dialogue État-société civile, un chantier permanent

Le dialogue entre l’État et la société civile, impulsé par la présidence Sassou Nguesso, reste un chantier exigeant. La multiplication des plateformes citoyennes renforce l’exigence de redevabilité. D’anciens parlementaires estiment toutefois que le Conseil, par son statut consultatif, offre une souplesse précieuse pour désamorcer les tensions.

Dans cette perspective, Émilienne Raoul envisage de renouer avec les sessions extramuros, suspendues durant la crise sanitaire. L’idée est de tenir certaines réunions en province pour rapprocher l’organe consultatif des populations. Cette proximité territoriale figure aussi parmi les recommandations émises par l’Organisation internationale de la francophonie.

Regards internationaux et coopération future

Les partenaires extérieurs observent avec attention la réactivation du Conseil. Selon une source diplomatique européenne, la lisibilité institutionnelle constitue « un signal favorable pour les programmes conjoints ». Sur la scène sous-régionale, la CEEAC étudie même la possibilité de s’inspirer du modèle congolais pour ses propres mécanismes.

Vers une feuille de route 2023-2024

La prochaine session plénière, prévue pour octobre, doit entériner une feuille de route 2023-2024 articulée autour de six axes, dont la simplification des procédures de consultation et l’intégration du genre dans toutes les analyses. Ce calendrier sera présenté officiellement au ministère du Plan.