Assainissement et glamour urbain
Brazzaville fait battre son cœur au rythme trépidant des tenues chatoyantes et des coupes audacieuses, mais la ville ne peut briller sans rues saines. Dans la capitale, la question de l’assainissement urbain s’impose désormais comme un impératif de santé et d’esthétique.
Sous l’impulsion du ministre Juste Désiré Mondelé, une campagne de nettoyage des grands collecteurs a été lancée fin août. Objectif affiché : libérer ces artères hydrauliques avant les pluies, mais aussi rappeler que le luxe de vivre ici commence par un environnement propre.
Nettoyage des collecteurs : état des lieux
Le premier arrêt, le collecteur Zanga Dia Ba Ngombe, serpente entre Makélékélé et Bacongo. Autrefois berge naturelle, il avait été modernisé pour accélérer l’évacuation des eaux. Au fil des mois, pneus usagés, sacs plastiques et détritus ménagers l’avaient transformé en dépôt sauvage.
La délégation ministérielle y a déployé pelleteuses, camions-bennes et ouvriers équipés de gilets fluorescents. Un ballet mécanique mais précis, ponctué de consignes : ne rien laisser obstruer l’écoulement. Chaque coup de pelle révélait un peu plus la profondeur oubliée du canal et son potentiel d’utilité.
Méthode coercitive et pédagogie citoyenne
Juste Désiré Mondelé a rappelé devant les médias : « La salubrité est l’affaire de tous ». Son approche conjugue persuasion et sanction. Désormais, toute personne surprise en train de jeter des ordures dans un canal passera par le commissariat puis effectuera des travaux d’intérêt général.
Pour renforcer le dispositif, les chefs de quartier et la police sont mobilisés. De simples pancartes rouges préviennent : « Interdit de jeter des déchets sous peine de poursuites ». Au-delà du message, ces panneaux ancrent physiquement l’idée qu’un collecteur n’est pas un dépotoir improvisé.
Cette fermeté répond à une préoccupation sanitaire. Le choléra pointe aux portes de Brazzaville, rappelle le ministère, tandis que le paludisme demeure endémique. Les eaux stagnantes chargées de déchets deviennent des incubateurs pour moustiques et bactéries, compromettant les efforts médicaux déployés dans les centres urbains.
Inspection de Mfoa à Madoukou-Tsiekelé
Après Makélékélé, cap sur Mfoa puis Madoukou-Tsiekelé, entre Ouenzé, Moungali et Poto-Poto. Le constat est saisissant : amas organiques, tissus huileux, fragments de meubles. Le contraste entre façades colorées et berges souillées frappe les visiteurs, rappelant l’urgence d’une vigilance collective.
Stève Francis Angouelet, président de l’ONG Salubrité sans frontières, accompagne la tournée. Il confie : « La saleté nuit à la santé physique et morale ». Son équipe, en veste kaki, distribue des gants aux riverains volontaires. Le geste simple, documenté sur les réseaux sociaux, crée l’émulation.
Propreté, mode et attractivité économique
Dans une capitale où la couture gagne du terrain, la propreté des rues influence l’image des marques. Un créateur de Bacongo explique que défiler dans un quartier impeccable valorise tissu, coupe et récit que la styliste veut transmettre.
La démarche gouvernementale s’insère dans un agenda plus vaste : modernisation des voiries, soutien aux artisans et développement du tourisme urbain. Les berges assainies pourraient devenir, à terme, des promenades ponctuées de concept-stores et d’ateliers, où la mode congolaise trouverait une vitrine supplémentaire.
Partenariats et financement public-privé
Le financement repose sur un partenariat public-privé. Albayrak fournit machines et logistique, les autorités locales coordonnent les délais. Ce modèle hybride, déjà testé pour l’entretien routier, montre la volonté d’associer entreprise et service public au bénéfice de tous.
Sanction éducative et changement social
Les observateurs saluent l’aspect éducatif de la méthode coercitive. Passer quelques heures au commissariat pour « apprendre l’hygiène et la morale » puis nettoyer sa rue permet une prise de conscience immédiate. La sanction se change en atelier de civisme, offrant une alternative constructive aux simples amendes.
Cependant, la réussite exige l’adhésion durable des habitants. Les sociologues soulignent que les habitudes changent quand la norme sociale bascule. Voir ses voisines trier ou rapporter les plastiques crée un effet d’entraînement, souvent plus puissant que toute sanction.
Objectifs saisonniers et vision à long terme
À court terme, la priorité est donc double : rendre les canaux fonctionnels avant les précipitations et enclencher un changement d’habitudes. Le ministère promet un suivi régulier, appuyé par des reportages télévisés et des fiches pratiques distribuées dans les marchés, lieux de sociabilité essentiels à Brazzaville.
Long terme, l’enjeu se situe aussi sur le plan culturel. En associant assainissement et fierté identitaire, les autorités misent sur un récit positif : une capitale propre reflète la créativité, l’élégance et l’hospitalité congolaises. Les photographes de mode ne demandent qu’un décor urbain à la hauteur.
Comme souvent, la réussite résidera dans la constance. Une seule saison des pluies suffit à ruiner des semaines d’efforts si l’entretien s’interrompt. Le ministère prévoit déjà de former des brigades de veille citoyenne, composées en majorité de femmes dynamiques, pour patrouiller après chaque orage.
En redonnant aux collecteurs leur mission première, Brazzaville se prépare à affronter la météo tout en cultivant son aura métropolitaine. Derrière les pelleteuses se profile un imaginaire plus grand : celui d’une ville capable de sublimer la pluie, la mode et la vie quotidienne dans un même élan.










