CNSS : Les retraités élisent un défenseur audacieux

Élection de Guy Noël Mouaya à la tête des retraités

Sous la haute canopée des manguiers du siège brazzavillois de la Confédération des retraités contractuels du Congo, les délégués venus des douze départements ont voté, le 25 octobre, pour choisir leur nouveau visage: Guy Noël Mouaya.

Ce fonctionnaire de carrière, devenu militant des droits sociaux après sa retraite, succède à Michel Lendoye et promet d’allier sérénité et fermeté, qualités qui font écho à son patronyme inspiré de la Noël, symbole d’espérance.

« Nous voulons une organisation rassembleuse, prête à dialoguer, mais capable de rappeler la loi », a-t-il lancé, le micro crépitant sous les applaudissements, rappelant que l’âge ne rogne ni la voix ni la dignité.

Mission : sécuriser le versement des pensions

Au cœur de son mandat, la cause première reste le paiement régulier des pensions, enjeu vital pour des femmes et des hommes ayant servi l’État congolais dans la fonction publique contractuelle, souvent dans l’ombre des administrations centrales.

Nombre de veuves, rappelle le nouveau bureau, survivent grâce à ces versements trimestriels; tout retard se traduit par des retours précipités au village ou par l’impossibilité de régler une ordonnance médicale.

Pour éviter ces ruptures, la CRCC ambitionne de créer un observatoire des délais de paiement, animé par des juristes et des économistes congolais de la diaspora, afin d’objectiver le débat et d’alerter précocement la Caisse nationale de sécurité sociale.

Un budget 2025 sous haute surveillance

L’assemblée extraordinaire a par ailleurs adopté, à main levée, un budget transitoire couvrant novembre et décembre 2025, jugé « prudent » par la trésorière Joséphine Goma, une ancienne inspectrice des finances qui plaide pour une gouvernance inclusive.

Cette enveloppe de fonctionnement prévoit la tenue de commissions régionales, des formations à la gestion numérique des dossiers et un fonds d’urgence capable d’intervenir si un bénéficiaire se retrouve sans ressources durant plus de deux mois.

Arriérés : le nœud gordien à défaire

Si le budget rassure, les passifs demeurent lourds: des arriérés de pensions, des rappels de salaires et des rentes d’accident du travail restent impayés malgré des revendications récurrentes depuis une décennie.

« Beaucoup de nos compatriotes ne touchent plus que l’équivalent de deux sacs de manioc par trimestre », confie Julienne Mabiala, déléguée de la Bouenza, rappelant que l’inflation urbaine dépasse dix pour cent pour certains produits de première nécessité.

Face à cette réalité, la Confédération entend actualiser son barème de revalorisation, indexé sur la croissance; une commission de statisticiens sera chargée de proposer, d’ici juin, un coefficient permettant d’amortir la hausse des prix sans fragiliser les caisses.

Cap sur un dialogue constructif avec la CNSS

La direction générale de la Caisse nationale de sécurité sociale estime, de son côté, qu’elle ne peut assumer simultanément paiements courants et arriérés sans soutien financier supplémentaire, au risque de recréer les tensions des années 2000-2004.

Les responsables rappellent qu’une dette publique estimée à plus de 360 milliards de francs CFA pèse toujours sur la CNSS, dossier suivi avec attention par le ministère des Finances, qui explore diverses modalités d’apurement progressif.

Le nouveau président préfère parler de partenariat plutôt que de confrontation: « Nous sommes conscients des impératifs budgétaires nationaux; notre rôle est de proposer des passerelles viables, conformes aux orientations du Plan national de développement ».

Solidarité régionale et voix des aînés

Depuis la Sangha, Joseph Gouanda Gando a décrit, lors de la tribune régionale, les difficultés rencontrées par les pensionnés domiciliés en banque: délais bancaires, frais de virement, et parfois l’obligation de parcourir plus de 300 kilomètres pour retirer un versement.

Ces témoignages, relayés par Radio Mucodec, rappellent que la fracture territoriale se double d’un enjeu de mobilité; certaines grand-mères arrivent à Brazzaville après deux jours de piste, uniquement pour apprendre que la pension n’est pas encore créditée.

Le bureau s’est engagé à négocier des guichets mobiles avec deux établissements bancaires et à expérimenter, dès 2025, le paiement par portefeuille numérique, solution testée avec succès en Oyo pour les petites retraites agricoles.

Perspectives 2025-2026 : agenda d’actions ciblées

Dans le programme d’action 2025-2026, un accent est mis sur la formation des responsables féminins, encore minoritaires dans les organes dirigeants, afin de refléter la réalité démographique d’une retraite qui compte 48 % de femmes.

D’ici janvier, une série de séminaires abordera leadership, inclusion financière et santé mentale, trois piliers que Guy Noël Mouaya considère comme « les clés d’une vieillesse active, alignée sur les aspirations de l’Agenda 2063 de l’Union africaine ».

Les retraités misent également sur les partenariats avec les incubateurs locaux pour encourager des micro-entreprises gérées par des seniors, de la transformation du manioc aux services de tutorat scolaire; une manière de rester contributeurs à l’économie nationale.

À la tombée de la nuit, les chants improvisés ont clos la session, témoignage d’une génération déterminée à défendre ses droits sans perdre le goût de la fraternité; un nouvel élan qui, selon plusieurs observateurs, pourrait redéfinir la place du retraité dans la société congolaise.