La flamme rose gagne Tié-Tié
Au cœur de Pointe-Noire, le quartier Tié-Tié se pare de rubans roses dès l’aube. L’association « Tié-Tié mon quartier » a lancé une campagne vibrante contre le cancer du sein, mêlant marche solidaire, ateliers beauté et consultations gratuites.
L’initiative répond à un besoin criant : selon la direction départementale de la santé, huit nouvelles patientes sont diagnostiquées chaque mois dans la ville, souvent à un stade avancé faute d’informations accessibles.
Un élan communautaire inédit
Dès la première semaine, plus de cinq cents riveraines ont participé aux séances de sensibilisation animées par des sages-femmes et des nutritionnistes bénévoles. Les ruelles se transforment en couloirs d’écoute où les tabous se brisent délicatement.
« La peur recule quand la connaissance avance », confie Sabine N’Kodia, présidente de l’association, en montrant les livrets illustrés distribués gratuitement. Ces brochures, rédigées en français et en kituba, expliquent l’autopalpation avec des dessins clairs.
Dépistage précoce, arme décisive
Le message principal insiste sur la détection précoce. Un stand mobile, équipé d’un échographe porté par un générateur solaire, sillonne les artères du quartier. Chaque passage offre vingt examens gratuits, interprétés sur place par le docteur Aurélie Mabika.
La praticienne explique que « quatre lésions suspectes sur dix découvertes ici n’auraient jamais été vues autrement ». Les résultats sont remis dans la journée, accompagnés d’une orientation vers l’hôpital Adolphe-Sicé pour les cas nécessitant une biopsie.
Les voix qui portent le message
Pour amplifier l’écho, l’association a recruté des ambassadrices issues des groupes de danse ndombolo, très suivis sur Instagram. Leurs chorégraphies, ponctuées de gestes simulant l’autopalpation, cumulent déjà vingt mille vues et suscitent une avalanche de commentaires bienveillants.
La styliste Prisca Mavoungou, égérie de la marque de pagnes Made in M’Pita, a créé pour l’occasion une collection capsule rose-hibiscus. Chaque pagne vendu finance une mammographie tandis qu’une étiquette rappelle la ligne verte du ministère de la santé.
Soutien institutionnel et partenariats
Le projet bénéficie du parrainage de la mairie d’arrondissement, qui met gratuitement à disposition la salle des fêtes et renonce aux taxes d’occupation pour les stands. Une convention a aussi été signée avec le Centre national de lutte contre le cancer.
Justin Okou, adjoint au maire, salue « une action citoyenne qui complète les efforts du gouvernement pour promouvoir la santé féminine ». Il rappelle que le plan national de cancérologie vise à augmenter de 30 % le dépistage d’ici 2025.
Témoignages de résilience
Parmi les participantes, Francine, 52 ans, raconte avoir ignoré une boule pendant deux ans. « J’avais peur des hôpitaux, ici on m’a tendu la main », souffle-t-elle. Son test écho révèle une lésion bénigne, et son soulagement devient témoignage.
Colette N’Dinga, diagnostiquée à un stade III en 2021, intervient devant les lycéennes. Sa perruque brille sous le néon, mais c’est sa voix qui capte l’auditoire : « ne laissez pas le silence décider à votre place ». Les applaudissements fusent.
Technologies et réseaux sociaux au service de la cause
En parallèle, un chatbot WhatsApp baptisé Mama-Check répond aux questions vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Développé par deux ingénieures de l’École polytechnique de Brazzaville, l’outil oriente vers le centre le plus proche et envoie des rappels d’autopalpation chaque mois.
Les influenceuses partagent des captures d’écran du robot, incitant leurs abonnés masculins à rappeler l’importance du dépistage à leurs mères, sœurs ou épouses. Un changement de narration qui inclut les hommes dans la protection de la santé féminine.
Perspectives et ambitions durables
Forte de cet engouement, l’association projette déjà d’étendre la caravane rose aux arrondissements Mvou-Mvou et Loandjili. Des négociations sont ouvertes avec la société pétrolière locale pour financer un second échographe et former de nouvelles médiatrices sanitaires.
En attendant, Tié-Tié continue de vibrer au rythme des slogans roses, rappelant que le cancer du sein n’est pas une fatalité. Dans chaque regard se lit la conviction que l’information partagée aujourd’hui dessinera des destins plus sereins demain.
Recherche et innovations locales
L’Université Marien-Ngouabi, via sa faculté des sciences de la santé, collabore avec l’association pour collecter des données anonymisées. L’objectif est de cartographier les facteurs de risque spécifiques aux riveraines, afin d’adapter davantage les messages de prévention aux réalités locales.
Le professeur Élodie Tchibota, oncologue, précise que ces statistiques nourriront un article scientifique destiné à une revue panafricaine. « Nous voulons prouver par les chiffres que les actions communautaires réduisent réellement les délais de diagnostic », indique-t-elle avec enthousiasme.
Une dynamique qui inspire la diaspora
Au-delà des frontières, les Congolaises de la diaspora suivent l’initiative. À Paris, le collectif « Sœurs de Pointe-Noire » organise une vente de cupcakes rose-papaye dont les bénéfices seront envoyés pour financer des prothèses mammaires externes destinées aux femmes à faible revenu.
Depuis Montréal, l’artiste afro-pop Naya Loukmé a annoncé un concert caritatif en streaming, prévu le mois prochain. Elle promet de reverser la totalité des dons à « Tié-Tié mon quartier », convaincue que « chaque battement de tambour peut faire battre un cœur ».
Ces relais internationaux illustrent la force du lien communautaire congolais, capable de franchir océans et fuseaux horaires pour soutenir la santé des femmes du pays.










