Podium sud-coréen pour le Congo
Sous les néons de Gyeryong, haut lieu militaire sud-coréen, la bannière rouge, jaune et verte a brillé sur le tatami international de hapkido. Edmond Narcisse Gantsie Dzia y a décroché la troisième marche du podium des plus de 83 kg.
Devant lui se sont imposés un Américain et un Français, mais l’essentiel était ailleurs : la République du Congo inscrit son nom sur la carte d’un art martial coréen exigeant, au cœur d’un événement couplant compétition et réflexion académique.
Un séminaire mondial sous le signe du dialogue
Parallèlement aux combats, un séminaire international a réuni maîtres coréens, chercheurs en sciences du sport et dirigeants fédéraux. Les débats ont porté sur la codification des techniques, la sécurité des pratiquants et la reconnaissance institutionnelle du hapkido et du taekgyeon.
Le président congolais de la fédération, également médaillé, a pris la parole pour détailler les besoins en équipements, en formation d’arbitres et en partenariats universitaires. « Une discipline se développe quand elle se pense elle-même », a-t-il souligné devant ses pairs.
Le parcours atypique d’Edmond Gantsie Dzia
Né à Brazzaville, l’athlète a d’abord pratiqué le judo avant de se tourner, à l’adolescence, vers les arts martiaux coréens dont la fluidité gestuelle l’intriguait. Formé par des instructeurs venus de Séoul, il a ensuite multiplié les stages en Afrique australe.
Sa première consécration internationale remonte à mai, à Moscou, où il avait déjà décroché le bronze lors de l’Open de hapkido. Cette répétition témoigne d’une constance qui rassure les décideurs sportifs congolais en quête de résultats durables.
En marge des compétitions, il dirige depuis trois ans un centre d’entraînement à Mfilou. L’espace accueille une centaine d’adolescents issus de quartiers périphériques, confirmant la dimension sociale qu’il souhaite donner à sa pratique.
Arts martiaux et diplomatie sportive congolaise
Le ministère des Sports s’est rapidement félicité de la médaille sud-coréenne, y voyant un levier pour diversifier l’image internationale du pays, trop souvent réduite au football ou à l’athlétisme. Les arts martiaux s’inscrivent désormais dans la stratégie de soft power national.
Selon la sociologue du sport Hélène Bouabre, « une discipline émergente offre un récit neuf : celui de la modernité africaine dialoguant d’égal à égal avec l’Asie ». La présence congolaise à Gyeryong renforce ainsi les liens bilatéraux amorcés par la coopération économique.
Dans les travées de la salle, des diplomates sud-coréens ont salué « l’approche exemplaire » de la délégation congolaise, rappelant que la culture sportive peut précéder les échanges universitaires et technologiques. Les arts martiaux, hérités d’une longue tradition coréenne, deviennent un pont vers l’Afrique centrale.
Enjeux sanitaires et éducatifs
Le hapkido fonde sa pédagogie sur l’équilibre, la respiration et la gestion du stress. Autant de compétences transposables dans les écoles congolaises, où l’éducation physique cherche à répondre à l’urbanisation rapide et à la sédentarité croissante des jeunes citadins.
Le docteur Pauline Yoka, spécialiste de la prévention, affirme que « trois heures hebdomadaires de pratiques à forte coordination réduisent les risques de diabète précoce ». Les clubs de hapkido, encadrés par la Fédération, pourraient donc servir de relais à la politique nationale de santé.
Structurer la discipline au niveau local
La fédération congolaise, fondée en 2018, recense vingt-quatre clubs agréés. Les priorités affichées sont la certification des instructeurs, le développement d’une ligue féminine et l’inclusion des personnes en situation de handicap, conformément aux standards du Comité international paralympique.
Un accord de jumelage est en discussion avec l’Académie mondiale de hapkido de Busan pour la mise à disposition de manuels multilingues et de stages d’arbitrage. L’objectif est d’harmoniser les règles au niveau continental avant la prochaine Coupe d’Afrique.
Regards d’experts sur l’avenir
Pour le professeur Kim Jae-ho, consultant technique, la médaille d’Edmond Gantsie Dzia est « un signal qu’un nouveau pôle de performance se dessine au cœur de l’Afrique ». Il préconise toutefois un suivi médical systématique pour éviter les blessures articulaires fréquentes chez les poids lourds.
L’économiste du sport Jean-Luc Mayanda rappelle, chiffres à l’appui, que chaque succès international engendre un accroissement de 12 % des licences l’année suivante. « Le défi sera de transformer l’engouement spontané en investissement privé durable », estime-t-il.
Vers de nouveaux horizons compétitifs
La prochaine étape majeure sera le Championnat d’Asie-Pacifique ouvert aux délégations extérieures, prévu à Jakarta. La fédération congolaise envisage d’y envoyer un collectif élargi, mêlant espoirs de moins de 21 ans et vétérans expérimentés.
Un programme d’entraînement intensif, s’appuyant sur la science de la performance et sur la réalité virtuelle pour la simulation des attaques, est déjà à l’étude. L’objectif est clair : décrocher l’or pour consacrer le travail entrepris.
En attendant, la médaille de bronze sud-coréenne agit comme un catalyseur. Elle rappelle que, même loin de Kinshasa et de Séoul, la capitale Brazzaville sait conjuguer passion, rigueur et ambition dans une discipline en plein essor.










