Brazzaville : le Forum qui libère la finance au féminin

Un second Forum très attendu à Brazzaville

Sous le soleil printanier de Brazzaville, la salle des conférences du ministère des Affaires sociales s’est remplie d’énergies pétillantes pour la deuxième édition du Forum économique des femmes, un rendez-vous devenu incontournable pour celles qui portent la croissance inclusive congolaise.

Placée sous le slogan « Genius Inclusion financière », la rencontre accueille entrepreneures, artisanes, investisseuses et responsables publics venus de plusieurs pays, bien décidés à questionner les freins à l’accès au crédit tout en dessinant une nouvelle cartographie des opportunités africaines.

Ahunna Eziakonwa: plaidoyer pour la valeur ajoutée

Pour Ahunna Eziakonwa, directrice régionale du PNUD, la clé réside dans l’appropriation intégrale de chaque chaîne de valeur, du sillon au catwalk, de l’idéation à l’exportation, afin que le pouvoir économique féminin cesse d’être cantonné aux marges.

« Osez réseauter, embarquez les agricultrices et les jeunes codeuses », a-t-elle lancé, estimant que moins de dix pour cent des prêts bancaires destinés aux PME africaines atterrissent sur des comptes gérés par des femmes, un déséquilibre qu’elle juge avant tout systémique.

Des réseaux solides, du champ à la boutique

Le mot d’ordre est clair : fédérer. Les participantes multiplient les échanges de cartes, testent des plateformes numériques de micro-financement, échafaudent des groupements d’achat pour sécuriser matières premières et logistique, conscientes que la mutualisation réduit les coûts et rassure les bailleurs.

En marge des panels, des agricultrices de la Cuvette ont trouvé partenaires et transporteurs pour transformer leur manioc en farine conditionnée, tandis qu’une styliste de Pointe-Noire a décroché une commande auprès d’un distributeur sénégalais, preuve que l’interconnexion accélère l’échelle.

L’inclusion financière, un droit rappelé

Ouvrant les travaux, Blandine Malila, directrice de cabinet de la Première Dame, a rappelé que l’inclusion financière n’est pas une faveur mais un droit intimement lié à la dignité et à l’innovation, un message salué par la salle d’un long applaudissement.

« Refuser le financement aux femmes, c’est priver la société de croissance », a-t-elle souligné, interrogeant la part d’imagination qui se volatilise lorsque les guichets demeurent inaccessibles, et appelant les banques à concevoir des produits sur mesure, adossés à des garanties souples.

La Cnfceec aux manettes de la transformation

Pour Flavie Lombo, présidente de la Chambre nationale des femmes cheffes d’entreprise et entrepreneures du Congo, le Forum représente avant tout une caisse de résonance où chaque success-story devient un argument auprès des partenaires techniques et financiers.

Elle insiste sur la nécessité de comprendre les réalités spécifiques, depuis la formalisation administrative jusqu’à l’accès à la formation digitale, afin que les dossiers reflètent mieux la solidité des projets, étape indispensable pour attirer fonds de garantie et capital-risque.

Trois jours pour des solutions concrètes

Durant trois jours, les salles successives accueillent ateliers sur la notation de crédit, séances de mentorat express et simulations de pitch face à des investisseurs, autant d’outils destinés à passer du concept au contrat.

Les représentantes d’institutions régionales expliquent comment la Zone de libre-échange continentale africaine peut favoriser l’exportation de produits congolais transformés, notamment en simplifiant les certificats d’origine et en harmonisant les normes sanitaires.

Au-delà du crédit: santé mentale et Zlecaf

Un panel inédit aborde la santé mentale, souvent oubliée dans l’équation entrepreneuriale ; psychologues et coachs alertent sur les risques de burn-out chez les dirigeantes qui jonglent entre famille, gestion d’équipe et recherche de financement.

Des exercices de respiration et une plateforme d’écoute sont proposés, convainquant plusieurs participantes que la performance passe aussi par le bien-être, autre argument auprès des investisseurs désormais attentifs aux critères ESG.

Vers un écosystème plus dynamique

Les représentants bancaires présents promettent d’examiner la création d’un fonds pilote entièrement dédié aux initiatives féminines, assorti de taux préférentiels et d’une assistance technique qui réduira la perception du risque.

Pour Valérie Mapanga, analyste à la Banque postale du Congo, « l’appétit des investisseurs existe déjà ; il suffit d’emballer les dossiers correctement et de montrer l’impact social mesurable ».

En clôturant le forum, le comité d’organisation publiera une feuille de route détaillant calendriers, personnes ressources et indicateurs de suivi, afin que les recommandations ne se perdent pas dans le bruissement des conférences, mais se traduisent en lignes de crédit effectives.

Dans la capitale congolaise, l’espoir se nourrit désormais de chiffres et de promesses tangibles ; si les obstacles au financement demeurent réels, l’énergie collective manifestée durant ces trois jours démontre qu’un nouvel élan féminin s’enracine, prêt à irriguer l’économie nationale.

Le ministère des Petites et Moyennes Entreprises envisage aussi de dématérialiser les procédures d’immatriculation via une application mobile gratuite, mesure qui pourrait réduire les coûts de formalisation de près de 60 % selon les estimations présentées au forum.

Cette innovation administrative, couplée à un guichet unique digitalisé pour les demandes de crédit, devrait, selon les organisatrices, raccourcir les délais de traitement et limiter les intermédiaires, deux facteurs identifiés comme sources majeures de frais pour les jeunes entreprises.

À l’issue des débats, un manifeste numérique restera ouvert aux signatures pendant un mois, permettant à toute Congolaise, qu’elle vive à Makoua ou dans la diaspora parisienne, d’ajouter sa voix au plaidoyer commun et de recevoir les progrès en temps réel.