Brazzaville: l’art féminin congolais en lumière

Brazzaville accueille un projet audacieux

Une douce lumière matinale baignait la rotonde du Sénat, ce 16 décembre, lorsque la notaire parisienne Sorelle Bègue-Buchert a déroulé son projet d’exposition itinérante dédiée aux créatrices africaines. Brazzaville, capitale artistique assumée, s’est immédiatement enflammée pour l’idée.

Dans l’hémicycle, le président Pierre Ngolo a salué une initiative « capable de marier rayonnement culturel et diplomatie douce », avant de rappeler la place stratégique que le Congo-Brazzaville accorde depuis longtemps à la culture comme vecteur d’unité et de rayonnement.

Sous le concept « Femmes, Muses et Bâtisseuses », l’exposition ambitionne de présenter à Paris puis Bruxelles une trentaine d’œuvres contemporaines, peintures, sculptures ou textiles révélant le regard singulier des artistes congolaises sur l’héritage, la spiritualité et les mutations urbaines.

Sorelle Bègue-Buchert, une notaire à l’âme de mécène

Derrière cette proposition se cache un parcours polyphonique. Installée à Paris, Sorelle Bègue-Buchert guide héritiers, collectionneurs et fondations dans la gestion de patrimoines artistiques. « Je voulais rendre au continent l’inspiration qu’il m’apporte chaque jour », confie-t-elle, sourire franc.

Entre deux rendez-vous notariaux, elle parcourt galeries et ateliers, consciente que la reconnaissance passe aussi par une approche entrepreneuriale. « Trop de talents manquent d’outils pour vivre de leur art », observe-t-elle. L’exposition servira de tremplin vers des circuits de vente responsables.

Le choix de mettre les femmes en avant n’est pas fortuit. « Elles transmettent la mémoire et façonnent l’esthétique du quotidien », insiste la commissaire. Dans le contexte congolais, la créatrice est souvent aussi mère, cheffe d’entreprise et ambassadrice culturelle.

Artistes congolaises, entre héritage et entrepreneuriat

Déjà, plusieurs noms circulent, de la sculptrice Germaine Ouamba à la peintre Absa Nzuzi, figures confirmées, mais aussi de jeunes pousses repérées à l’École des beaux-arts de Poto-Poto. Chaque œuvre sera choisie pour son dialogue entre ancestralité et audace formelle.

Les sénateurs ont évoqué la possibilité d’accompagner les artistes dans la mise en place de statuts juridiques plus protecteurs. Des ateliers sur le droit d’auteur, la fixation des prix et la fiscalité culturelle pourraient précéder le départ de la collection vers l’Europe.

Un tel accompagnement rejoint la volonté du gouvernement de renforcer la filière culturelle nationale, soutenue par la récente loi sur le mécénat. En offrant une tribune internationale, l’exposition consolide l’image d’un Congo qui cultive ses talents et encourage l’autonomisation des femmes.

Un partenariat sénatorial, pont entre deux rives

L’initiative s’inscrit dans un partenariat transfrontalier avec Guillaume Chevrolier, président du groupe interparlementaire français pour l’Afrique centrale. Son soutien logistique facilitera l’accueil des œuvres au Palais du Luxembourg puis au Parlement de Bruxelles, symboles forts d’ouverture institutionnelle.

Pour Brazzaville, c’est aussi l’occasion de renforcer un dialogue constructif avec la France sur la restitution et la circulation des biens culturels. Les sénateurs des deux rives veulent montrer qu’il est possible de bâtir des échanges équitables, loin des clichés d’appropriation.

« Nous invitons les entreprises et les institutions à parrainer l’événement », a plaidé Pierre Ngolo. Des opérateurs des secteurs énergie, télécoms et banque auraient déjà manifesté leur intérêt. Le financement final pourrait associer mécénat privé et subventions publiques.

Diaspora : renouer les fils du récit culturel

On estime à plus de 150 000 le nombre de Congolais vivant en Europe occidentale. Pour cette diaspora, l’exposition sera un rendez-vous identitaire. Sorelle Bègue-Buchert prévoit des médiations scolaires bilingues afin que les enfants nés hors du continent découvrent leurs racines.

Des ateliers d’initiation au tissage et au modelage accompagneront les vernissages. L’ambition est claire : montrer que l’héritage ne dort pas dans les vitrines mais se transmet par le geste. Cette dynamique intergénérationnelle pourrait inspirer d’autres communautés africaines installées dans la région.

Plusieurs start-ups congolaises du numérique envisagent de diffuser en streaming les conférences prévues autour de l’exposition. L’usage de la réalité augmentée permettra aux internautes de manipuler virtuellement les sculptures et de lire, en ligne, les récits des artistes dans leur langue d’origine.

Perspectives et calendrier de l’exposition

Le calendrier prévisionnel envisage une collecte des œuvres dès février, une scénographie à Brazzaville en avril puis le grand départ vers Paris à l’automne 2024. Chaque étape donnera lieu à un forum sur l’économie créative et la promotion de l’entrepreneuriat féminin.

Si la première édition rencontre le succès escompté, le concept pourrait voyager jusqu’à Montréal et Pretoria. « Nous voulons construire un réseau d’expositions satellites pour que la parole des artistes circule librement », avance Guillaume Chevrolier, soulignant le potentiel fédérateur du projet.

En attendant, Brazzaville fourbit ses pinceaux. Dans les quartiers de Diata ou de Moungali, les ateliers bourdonnent. Les créatrices affinent toiles et pigments, conscientes que l’exposition sera bien plus qu’une vitrine : une invitation à redéfinir la place des femmes dans l’art.

Le Sénat congolais envisage de prolonger l’élan en créant, dès 2025, un fonds d’acquisition dédié aux œuvres produites par des femmes. L’objectif est double : assurer la conservation sur le sol national et stimuler un marché intérieur encore trop dépendant des acheteurs étrangers.

Une conférence de presse détaillera ces perspectives juste avant la saison des pluies.