Brazzaville se mobilise pour son patrimoine
Dans la rotonde lumineuse du Palais des congrès de Brazzaville, un projet mûrit déjà les esprits : un colloque international qui, en janvier 2026, soufflera le souvenir de Mgr Benoît Gatsongo, prélat humaniste dont la trace sociale dépasse le simple cadre ecclésial.
Porté par un comité d’organisation dirigé par Mgr Brice Ibombo, l’événement vient d’obtenir une oreille attentive au Sénat, où le président Pierre Ngolo a été sollicité pour accompagner le déploiement logistique, financier et institutionnel de cette célébration mémorielle.
Hommage à un bâtisseur de l’âme congolaise
Ordonné évêque en 1965, Benoît Gatsongo présida durant quinze ans aux destinées du diocèse de Ouesso, inscrivant la transmission des savoirs et la cohésion interethnique au fronton de sa mission pastorale et civique.
Ses campagnes d’alphabétisation, ses plaidoyers pour le dialogue national et son sens aigu de la dignité rurale résonnent encore dans les récits oraux collectés le long du fleuve Sangha.
Peu évoquée, son action auprès des femmes potières d’Oyo fut décisive ; en créant un atelier coopératif, Gatsongo permit à des centaines de ménages de générer des revenus complémentaires, anticipant les programmes contemporains d’autonomisation économique portés aujourd’hui par de jeunes ONG locales engagées dans l’artisanat durable.
Le Sénat, partenaire stratégique
En recevant le comité le 18 décembre, le président du Sénat s’est dit « honoré de participer à la sauvegarde de notre patrimoine immatériel », rappelant que l’institution s’était déjà illustrée dans le soutien à la Biennale du Livre et des Arts en 2022.
Pour Mgr Ibombo, cet appui prouve « la convergence entre pouvoir législatif et société civile », un alignement jugé précieux afin de mobiliser partenaires internationaux, universités et mécènes locaux.
Le Sénat, rappelle-t-on, dispose d’une caisse de solidarité culturelle créée en 2019, grâce à laquelle plusieurs restaurations de sites patrimoniaux ont été financées à Makoua et à Loango; c’est dans ce cadre que les organisateurs espèrent trouver une partie du budget estimé à 120 millions FCFA.
Trois jours de réflexion scientifique
Le colloque s’articulera en trois actes minutieusement scénarisés par les organisateurs.
La première journée, solennelle, s’ouvrira sur des leçons inaugurales confiées à des historiens venus de Dakar, Paris et Kinshasa, tandis que d’anciens catéchistes relateront leurs souvenirs, restituant la chaleur humaine du prélat.
Les deuxième et troisième journées se transformeront en forum d’idées : sociologues, théologiens, économistes et artistes décrypteront l’impact de Gatsongo sur l’éducation populaire, la diplomatie communautaire et l’esthétique liturgique.
Un rapport final, assorti de recommandations, sera remis aux autorités compétentes pour nourrir les politiques publiques de transmission culturelle.
Le programme préliminaire annonce également une exposition photographique itinérante retraçant les visites pastorales de Gatsongo dans les villages forestiers, un corpus d’images rarement montré au public et soigneusement numérisé par les Archives nationales.
Une démarche inscrite dans la diplomatie culturelle
Le soutien institutionnel permet aussi de faire rayonner le Congo-Brazzaville sur la scène internationale, conformément aux orientations gouvernementales favorisant le soft power africain.
En 2021 déjà, Brazzaville avait été désignée Capitale mondiale de la culture africaine par l’UCCN, un statut qui encourage la tenue de rencontres savantes telles que celle dédiée à Gatsongo.
Pour l’analyste culturel Stéphane Dikoumba, « ce rendez-vous illustrera la manière dont le Congo use de son capital historique pour se positionner comme carrefour intellectuel d’Afrique centrale, en parfaite adéquation avec la stratégie de diversification économique du Plan national de développement ».
L’appel vibrant à la jeunesse
« La jeunesse est attendue », martèle Mgr Ibombo : de jeunes conférenciers, mais aussi des lycéens, seront invités à dialoguer avec les aînés, dans l’idée de tisser une chaîne intergénérationnelle autour de l’exemplarité du prélat.
En amont, un concours d’essais littéraires sera lancé dans les universités, proposant des prix visant à encourager la recherche africaine sur la mémoire religieuse et civique.
Les organisations de jeunesse prévoient, en marge du colloque, un hackathon numérique pour concevoir des applications pédagogiques inspirées des sermons de Gatsongo, traduits en lingala, téké et sango, afin de toucher les collégiens des zones rurales.
Un héritage au féminin pluriel
Plusieurs chercheuses congolaises, dont la théologienne Prunelle Makosso et l’historienne Victoire Mabiala, préparent des communications sur l’inclusion des femmes dans les structures diocésaines impulsées par Mgr Gatsongo dès les années 1970.
Le colloque devrait ainsi souligner comment l’œuvre du prélat continue d’inspirer l’entrepreneuriat solidaire féminin, notamment à travers les coopératives agricoles mises en place dans la Sangha.
La styliste Adèle Nzaba, connue pour ses collections en raphia, a promis de proposer une capsule hommage, dont une partie des bénéfices soutiendra des bourses destinées aux étudiantes en histoire de l’art.
Cap sur janvier 2026
À un peu plus d’un an de l’échéance, les commissaires multiplient les réunions de coordination ; l’élan engrangé auprès du Sénat laisse présager un rendez-vous capable d’honorer la mémoire de Gatsongo et de propulser la jeunesse congolaise vers de nouveaux horizons de citoyenneté.
D’ici là, un site web interactif sera mis en ligne pour centraliser les inscriptions, diffuser les appels à communications et archiver les contenus, garantissant la trace durable des échanges et l’accessibilité aux diasporas installées à Abidjan, Bruxelles ou Montréal.










