Brazza: Mwasi Ya Lobi révèle ses leaders femmes

Un écrin d’espoir au cœur de Brazzaville

Mfilou vibrait d’une énergie nouvelle ce week-end. Sous une verrière tempérée du centre culturel, des éclats de rires et d’ambition se mêlaient au fracas lointain du trafic brazzavillois. C’était la troisième édition de Mwasi Ya Lobi, rendez-vous annuel du Women Center dédié au leadership féminin.

Placée sous le haut patronage de la députée-maire de Kintélé, Stella Mensah Sassou-N’Guesso, la rencontre a réuni entrepreneures, responsables d’ONG et partenaires institutionnels autour d’une promesse simple : transformer l’élan des jeunes Congolaises en impact socio-économique durable, ici même, à Brazzaville.

Une édition consacrée à l’autonomie économique

Le thème 2023, “Encourager et renforcer l’autonomisation des femmes et filles dans les sphères socio-économiques”, a servi de fil rouge à une journée ponctuée d’ateliers, de panels interactifs et de remises de certificats. Chaque séquence insistait sur la nécessité d’un accompagnement holistique.

Sous les tentes blanches dressées pour l’occasion, d’anciennes élèves devenues formatrices racontaient leur chemin. Abandon scolaire, précarité, solitude : autant d’obstacles aujourd’hui convertis en arguments d’autorité. Leur message, répété comme un mantra, tenait en deux mots : résilience créative.

Voix d’ambassadrices inspirantes

Messilah Nzoussi, ambassadrice du Coin des Adolescentes, n’a pas mâché ses mots : “L’échec fait partie de la vie, mais il ne doit jamais nous arrêter.” Devant une rangée d’adolescentes attentives, elle a détaillé les stratégies pour transformer un revers scolaire en tremplin professionnel.

Jeunes mères, nouveaux horizons

Le public a particulièrement vibré lors du panel consacré aux jeunes mères. Mondésir Ikando, coordinatrice de Mwasi Ya Lobi, a rappelé que ces femmes sont “souvent confrontées à une double stigmatisation, sociale et économique”, avant de dévoiler un dispositif d’accompagnement spécifiquement taillé pour elles.

Des formations taillées pour l’emploi durable

À Mfilou, quartier populaire qui héberge un des pôles du programme, la couture, l’esthétique et la pâtisserie servent de passeports pour l’indépendance financière. Les salles de classe reconverties bourdonnent de machines Singer, d’effluves de beurre et d’échanges sur le prix du marché local.

Patricia, maquilleuse fraîchement certifiée, brandit son kit flambant neuf. “À mille francs CFA le make-up, cinq clientes suffisent pour payer les frais de scolarité de ma fille”, confie-t-elle, sourire large. Sa déclaration illustre la philosophie du Women Center : former, équiper, connecter.

Ces micro-success stories s’inscrivent dans un contexte où, selon le ministère congolais des Affaires sociales, près de 30 % des filles quittent l’école avant la fin du cycle secondaire. La reconversion par l’artisanat et les métiers de services offre donc une réponse concrète et mesurable.

Soutien institutionnel et partenariats

Stella Mensah Sassou-N’Guesso a salué cette approche pragmatique. Dans son allocution, elle a insisté sur “la complémentarité entre actions citoyennes et politiques publiques”, rappelant que le gouvernement mise sur l’entrepreneuriat féminin pour atteindre les objectifs de diversification économique inscrits dans le Plan national de développement 2022-2026.

La journée a aussi été l’occasion de sceller de nouveaux partenariats. Des représentants de banques locales ont promis des lignes de micro-crédit assorties de taux préférentiels. Des start-up spécialisées dans le paiement mobile se sont engagées à former les lauréates au e-commerce, gage d’un marché élargi.

Certificats, kits et premiers pas

En fin d’après-midi, les lauréates ont reçu certificats et kits, sous les applaudissements d’une assistance conquise. L’émotion était palpable, mais l’esprit restait tourné vers l’action : dès le lendemain, ces jeunes femmes prendraient place dans les marchés, salons et pépinières d’entreprises de Brazzaville.

Pour Dorcas, ancienne bénéficiaire devenue coach, l’impact va bien au-delà de l’autonomie financière. “C’est la confiance qu’on recrée”, dit-elle. “Une femme confiante, c’est une famille qui s’ouvre au progrès.” Son témoignage scelle la vocation de Mwasi Ya Lobi : régénérer le tissu social.

Cap sur l’expansion nationale

Le Women Center n’entend pas s’arrêter là. Dès janvier, il projette d’étendre le programme à Pointe-Noire et à Oyo, avec un module numérique axé sur la création de contenu. Objectif assumé : faire émerger une génération de créatrices capables de raconter le Congo qui entreprend.

Au détour d’un couloir, un graffiti improvisé résume l’esprit de la journée : “Mzinga ezali mpo na yo”, le nid est pour toi. L’image est forte : dans ce nid, les participantes apprennent à déployer leurs ailes et à survoler les frontières du possible.

Brazzaville, ville témoin du changement

Sous les derniers rayons, Brazzaville semblait suspendue, comme si la ville entière retenait son souffle devant ces trajectoires en train de naître. Mwasi Ya Lobi, en plantant des graines d’ambition, rappelle qu’investir dans le leadership féminin, c’est parier sur la prospérité collective du Congo.

Regards d’experts sur la pérennité

Pour la sociologue Christelle Ngouabi, invitée à commenter les résultats, la clé réside dans la pérennisation des acquis. Elle insiste sur “l’intégration des lauréates aux chaînes de valeur locales”, condition, selon elle, pour éviter l’effet feu de paille souvent observé dans les programmes d’autonomisation ponctuels.

Le psychologue Jean-Noël Makani, spécialiste de la résilience, souligne pour sa part l’importance du suivi post-formation : visites de terrain, mentorat et sessions de coaching collectif. “Le sentiment d’appartenance prolonge l’élan initial”, analyse-t-il, plaidant pour un mécanisme d’évaluation trimestrielle des progrès individuels.