À Cotonou, l’économie se conjugue de plus en plus au féminin. En mobilisant 7,7 milliards de francs CFA, soit environ 13,5 millions de dollars, le gouvernement béninois fait un pari assumé sur celles qui entreprennent.
Cette enveloppe accompagnera 365 petites et moyennes entreprises au titre de la cohorte 2026 du Projet d’appui à l’entrepreneuriat au Bénin, le PAEB. Une promesse chiffrée, derrière laquelle se dessine une ambition de société.
Un cap politique qui change d’échelle
Le geste n’a rien d’isolé. Il s’inscrit dans la première Politique nationale de promotion et de développement des petites et moyennes entreprises, pensée pour la décennie 2025-2034. Une feuille de route inédite dans le pays.
L’idée maîtresse tient en une phrase : transformer les micro, petites et moyennes structures en véritables piliers de la transformation économique. Le vocabulaire est volontariste, presque programmatique. Le Bénin entend ne plus subir, mais structurer.
Ce changement d’échelle traduit une conviction. Trop longtemps reléguées au rang d’appoint, les PME deviennent ici l’axe central d’une stratégie de long terme, assumée au plus haut niveau de l’État.
L’entrepreneuriat féminin placé au centre
C’est sans doute le marqueur le plus parlant de cette cohorte 2026. Le programme se fixe un objectif précis : porter à 40 % la proportion d’entreprises dirigées par des femmes. Un chiffre qui en dit long.
Loin d’un simple affichage, cette cible engage. Elle suppose un accompagnement adapté, des financements accessibles et une attention particulière portée aux parcours souvent semés d’embûches des dirigeantes africaines.
Le déploiement se veut national. L’État affirme vouloir garantir un accès équitable aux opportunités sur l’ensemble du territoire, des grandes villes aux localités plus discrètes. Une manière de ne pas concentrer l’élan dans les seuls centres urbains.
Pour beaucoup de femmes, l’enjeu dépasse la trésorerie. Il touche à la reconnaissance, à l’autonomie, à la place que chacune peut occuper dans le récit économique de son pays. Le PAEB s’invite ainsi sur ce terrain.
Cinq ans pour bâtir, partenaires à l’appui
Le projet n’est pas né hier. Mis en œuvre par l’Agence de développement des PME, avec le concours de partenaires internationaux, le PAEB s’appuie sur un budget global de 32,2 millions d’euros, étalé sur la période 2023-2028.
Sa première phase offre déjà un point de comparaison utile. Elle a permis d’accompagner 160 PME, dont 46 dirigées par des femmes, pour un financement dépassant 3,3 milliards de francs CFA. Des chiffres modestes mais réels.
La cohorte 2026 marque donc une montée en puissance nette. Passer de 160 à 365 entreprises soutenues, tout en relevant la part féminine, suppose une mécanique rodée et une volonté maintenue dans la durée.
Un tissu fragile, mais vital
Pour mesurer l’enjeu, il faut regarder le paysage économique béninois de près. Les PME y représentent plus de 90 % du tissu d’entreprises et génèrent la majeure partie des emplois. Elles sont, littéralement, la colonne vertébrale du pays.
Ce rôle central n’efface pourtant pas les fragilités. Ces structures restent confrontées à des obstacles tenaces, au premier rang desquels l’accès limité au financement et la difficulté à pénétrer durablement les marchés, locaux comme régionaux.
C’est précisément cette tension que le PAEB cherche à desserrer. En injectant des capitaux ciblés et un appui technique, il tente de transformer un potentiel souvent étouffé en croissance concrète et en emplois pérennes.
Ce que dit ce choix sur l’Afrique qui vient
Au-delà des montants, ce programme raconte une trajectoire. Celle d’une Afrique qui mise sur ses talents, et singulièrement sur ses talents féminins, pour écrire une page économique plus inclusive et plus solide.
L’objectif de 40 % d’entreprises dirigées par des femmes n’est pas qu’une statistique. Il dessine une vision où l’élégance d’un projet de société se mesure aussi à sa capacité d’ouvrir des portes longtemps restées closes.
Reste l’épreuve du réel. La réussite se jugera dans les ateliers, les boutiques et les bureaux de ces 365 entrepreneures, à l’heure des bilans. Mais le signal envoyé, lui, est déjà limpide et porteur d’espérance.










