Avortement clandestin : SOS jeunesse au Congo

Une réalité qui inquiète

Dans les quartiers de Brazzaville, le mot avortement se chuchote. Pourtant, il bouleverse des centaines de vies féminines chaque mois. L’Association congolaise pour les droits et la santé, ACDS, l’a rappelé lors d’une causerie-débat organisée à la Journée mondiale de la contraception.

Autour de la table, lycéennes, étudiantes et sages-femmes ont partagé un constat unanime : la pratique clandestine s’étend. Pour Grâce Ngouala, 19 ans, « c’est souvent la seule porte quand la peur de la sanction familiale dépasse celle du danger médical ». Son murmure résume une urgence sanitaire.

Les chiffres derrière le tabou

Selon l’étude du ministère de la Santé relayée par l’ACDS, 25,9 % des adolescentes de 15 à 19 ans et 31,3 % des femmes de 20 à 24 ans ont déjà subi un avortement non sécurisé. Le phénomène est aujourd’hui la principale cause de mortalité maternelle chez les moins de 24 ans.

Le taux national de mortalité maternelle et néonatale reste évalué à 304 décès pour 100 000 naissances vivantes. Chez les 10-24 ans, un quart de ces décès est directement lié aux interruptions de grossesse pratiquées hors circuit médical. Des chiffres difficiles à documenter, tant le sujet reste caché.

Poids des normes et manque d’information

Les normes familiales valorisent encore la maternité précoce, tout en condamnant la grossesse hors mariage. Ce paradoxe piège de nombreuses jeunes femmes dans un silence dangereux. Sans dialogue franc ni accès aisé aux moyens contraceptifs, la prévention se heurte aux idées reçues et aux croyances.

« La plupart ne savent pas comment fonctionne leur cycle, ni comment obtenir une pilule d’urgence en toute confidentialité », regrette Mireille Obongo, sage-femme au centre de santé de Makélékélé. Souvent, Internet comble les questions, mais laisse aussi la place aux fausses recettes qui circulent sur les réseaux sociaux.

Cadre légal et engagements institutionnels

La législation congolaise interdit l’avortement hors cas stricts de mise en danger de la mère. Pour la directrice exécutive de l’ACDS, « les restrictions, bien qu’ancrées dans la loi, poussent les filles vers des solutions improvisées, parfois dans un simple salon d’esthétique ».

Le ministère de la Santé appuie toutefois des programmes de planning familial, en partenariat avec le FNUAP. Des centres d’écoute gratuits se multiplient dans les hôpitaux universitaires. Leur fréquentation progresse, signe d’un besoin de conseil professionnel. La mise à jour du protocole sur la santé sexuelle est en chantier.

Voix de terrain et initiatives citoyennes

À Pointe-Noire, l’association Femmes Leaders Maritimes a lancé des ateliers mensuels d’autonomie corporelle. Marie-Josée Bouka, sa présidente, estime que « l’éducation par les pairs reste la meilleure arme pour briser la peur et orienter vers les structures sûres ».

Sur les campus, des cliniques mobiles financées par la diaspora distribuent préservatifs et tests de grossesse gratuits. Les bénévoles constatent que l’échange décomplexé, loin du regard parental, réduit les risques. La diffusion de podcasts en lingala et en kituba sur la contraception complète cette approche culturelle.

Vers un avenir plus sûr

Réduire les avortements clandestins implique un triptyque : éducation sexuelle, accès effectif aux méthodes contraceptives et accompagnement psychologique. L’ACDS plaide pour une campagne nationale incluant leaders religieux, influenceurs et enseignants, afin d’enraciner une vision positive de la santé reproductive.

Pour Grâce, la lycéenne, l’espoir tient dans des mots simples : « Si on nous explique sans nous juger, on fera les bons choix ». Son message rejoint l’objectif des autorités sanitaires, résolues à préserver la jeunesse, richesse première du Congo-Brazzaville.