Après l’or noir, l’or vert du Congo en marche

De la dépendance pétrolière à la résilience

Quatrième producteur africain d’hydrocarbures, la République du Congo a longtemps organisé sa trajectoire budgétaire autour des cours du Brent. Cette spécialisation, héritée des années 1970, a généré des recettes substantielles mais a exposé l’économie nationale aux chocs externes, comme en 2014 ou en 2020, lorsque la contraction de la demande mondiale a réduit drastiquement les marges de manœuvre budgétaires. Les autorités congolaises n’ignorent plus la nécessité d’anticiper un monde où les combustibles fossiles seront progressivement relégués au second plan, sous la pression conjuguée des normes environnementales, des innovations technologiques et des attentes sociétales.

Concertation multi-acteurs pour une vision partagée

C’est dans cette perspective qu’ont été organisées, à l’initiative de la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme, deux tables rondes successives à Pointe-Noire puis à Brazzaville. Parrainées par le ministère de l’Environnement et soutenues techniquement par Energy Transition Fund, ces conférences ont rassemblé plus d’une centaine de participants issus des administrations, du secteur privé, de la recherche, des médias et des communautés locales. Le processus s’inscrit dans la première phase du projet « Préparer l’après-pétrole au Congo », financé en partie par la Fondation Rockefeller. Selon les propos de la directrice générale du développement durable, Mme Résine Olga Ossombo Mayela, l’objectif était « d’écrire ensemble un nouveau chapitre fondé sur une économie verte, inclusive et résiliente ». Ce choix de la coproduction des politiques publiques, encore peu courant dans la sous-région, répond à un impératif de cohésion et de crédibilité face aux donateurs internationaux.

Les leviers d’une croissance bas carbone

La feuille de route adoptée identifie plusieurs gisements de valeur ajoutée compatibles avec les Accords de Paris. L’agriculture intelligente face au climat, d’abord, constitue un vecteur privilégié ; elle permet de réduire la facture alimentaire du pays tout en stabilisant les zones rurales. Vient ensuite la valorisation durable des forêts du Bassin du Congo, deuxième poumon de la planète, à travers les mécanismes de paiement pour services écosystémiques et la certification carbone. Le tourisme écologique, enfin, apparaît comme un relais crédible, à condition d’investir dans les infrastructures et la sécurisation des aires protégées. Ces axes, articulés autour des principes d’économie circulaire et d’industrialisation responsable, misent sur la montée en compétence d’une jeunesse dont près de 60 % a moins de trente-cinq ans (Institut national de la statistique, 2024).

Financement et gouvernance inclusive

Le nerf de la guerre demeure toutefois le financement. Les présentations effectuées par les experts d’Energy Transition Fund soulignent la nécessité de combiner ressources internes – fiscalité verte progressive, obligations souveraines à impact – et partenariats internationaux structurants. La Banque africaine de développement a déjà manifesté, à travers son guichet vert, une disponibilité à soutenir les infrastructures d’énergies renouvelables. En parallèle, le Fonds vert pour le climat peut mobiliser des lignes concessionnelles pour les projets d’adaptation. Sur le plan domestique, la création d’un Conseil national de la transition énergétique, proposé durant les assises, viserait à assurer la cohérence inter-ministérielle et l’inclusion des collectivités territoriales, garantes d’une répartition équitable des retombées.

Vers une mise en œuvre progressive et crédible

Le défi réside désormais dans la traduction de ces orientations en politiques effectives. À court terme, il s’agira d’adopter un cadre législatif incitatif pour les investissements verts, d’intégrer des critères environnementaux dans les marchés publics et de lancer des programmes pilotes, notamment dans la filière solaire décentralisée. À moyen terme, la diversification du portefeuille énergétique, associée à la montée en puissance du gaz comme énergie de transition, devrait stabiliser l’approvisionnement électrique. Enfin, à long terme, l’ambition est d’inscrire le pays dans les chaînes de valeur africaines de la transformation agro-industrielle et du recyclage, réduisant ainsi sa dépendance aux exportations brutes. Comme le rappelle Christian Mounzéo, coordonnateur national de la RPDH, « la problématique de la diversification n’est pas seulement un objectif économique, c’est une question de survie collective ». L’adhésion des investisseurs, des jeunes entrepreneurs et des partenaires techniques conditionnera le passage du discours à la performance mesurable.

Un horizon d’opportunités maîtrisées

En définitive, la transition post-pétrole du Congo-Brazzaville ne saurait être réduite à un mot d’ordre. C’est un processus complexe mêlant arbitrages socio-économiques, innovations technologiques et régulation publique. Les consultations récentes ont démontré la capacité des acteurs nationaux à élaborer une vision partagée et factuelle. La tâche désormais consiste à consolider les instruments juridiques, mobiliser les ressources et garantir la transparence, conditions sine qua non pour transformer l’or vert en véritable moteur de prospérité inclusive. L’histoire retiendra sans doute que, loin d’être subie, la sortie progressive de la rente pétrolière aura constitué le catalyseur d’une modernisation économique respectueuse des équilibres sociaux et environnementaux.