African Valley : l’IA congolaise décolle à Ngoyo

Paris consacre un rêve technologique

Dans le brouhaha feutré du Palais des glaces, à Paris, la poignée de main entre Kakama Léo-Cady et Dimitri M’Foumou-Titi a scellé plus qu’un accord financier : elle a lancé le compte à rebours d’African Valley, un futur hub d’intelligence artificielle à Ngoyo, Pointe-Noire.

Le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement diaspora, mieux connu sous l’acronyme Figa, a remis à l’Association développement Nord Sud un chèque d’amorçage de 1 500 euros, le même montant qu’aux deux autres lauréats, récompensant ainsi un projet jugé « structurant » pour l’économie numérique congolaise.

Des fondateurs entre diaspora et territoire

Nés et formés au Congo avant d’affûter leurs compétences en France, Léo-Cady et M’Foumou-Titi incarnent cette génération diasporique qui veut « rendre » à la terre natale. Leur association, créée en 2013, a déjà mené des programmes d’inclusion numérique dans plusieurs lycées de Brazzaville.

Avec African Valley, ils ambitionnent désormais de bâtir à Ngoyo un écosystème où la recherche, l’entrepreneuriat et la créativité dialoguent, faisant du Congo un « catalyseur régional » de l’IA, selon leurs mots. Le fonds octroyé ne couvre pas tout, mais il apporte la crédibilité indispensable aux premiers pas.

Ngoyo, terrain stratégique pour le hub IA

Situé au nord-ouest de Pointe-Noire, le quartier côtier de Ngoyo jouit d’une jeunesse bouillonnante, encore peu touchée par le chômage grâce aux activités portuaires. Installer le hub là-bas, c’est miser sur une base productive déjà existante et sur l’accès rapide aux câbles sous-marins.

Premier pilier annoncé, la formation veut démocratiser les compétences en algorithmes, data science et cybersécurité. Des modules courts pour débutants cohabiteront avec des certificats avancés destinés aux ingénieurs. « Nous voulons un centre ouvert, pas une tour d’ivoire », insiste Léo-Cady, plaidant pour des tarifs modulés.

Le second axe, l’incubation, accompagnera les startups locales à travers du coaching, des espaces de prototypage et un guichet d’accès aux investisseurs. Les initiateurs négocient déjà avec des business angels brazzavillois pour créer un premier fonds relais capable d’injecter jusqu’à 50 000 euros par projet prometteur.

Troisième dimension, l’animation de la communauté passera par des hackathons, des forums métiers et des cafés-débats qui mettront en relation codeurs, banquiers et décideurs publics. La mairie de Pointe-Noire a proposé son amphithéâtre pour la grande Nuit de l’IA, prévue au premier trimestre 2024.

Enfin, le label « centre d’excellence » demeure l’ambition ultime. Pour l’obtenir, African Valley devra publier de la recherche appliquée et signer des partenariats universitaires. Des discussions sont déjà avancées avec l’Université Marien-Ngouabi et l’École polytechnique de Thiès, au Sénégal.

Objectifs de développement durable en ligne de mire

Ces axes s’alignent sur plusieurs Objectifs de développement durable définis par les Nations unies, une boussole de plus en plus utilisée par les investisseurs. En clair, former en IA répond à l’ODD 4, tandis que l’encouragement de l’entrepreneuriat féminin soutient l’ODD 5.

Sur le volet éducation, l’équipe prévoit une bourse spéciale « premier ordinateur » pour les lycéennes de Ngoyo. Cette mesure, soutenue par le ministère de l’Enseignement technique, viserait à doubler le nombre de filles dans les filières numériques d’ici trois ans, soit environ 400 bénéficiaires.

Pour le travail décent, l’objectif chiffré est clair : cinquante emplois directs créés dans le hub à l’horizon 2026, et plus de cinq cents indirects grâce aux startups hébergées. Le comité municipal voit là une opportunité de diversifier l’économie locale, encore dépendante des hydrocarbures.

Côté infrastructures, le site bénéficiera de la fibre optique déployée par le gouvernement congolais sur l’axe Pointe-Noire-Dolisie. Léo-Cady salue « un investissement stratégique qui place le pays sur la carte des autoroutes numériques africaines » et facilite l’installation de serveurs à faible latence.

Financements et partenariats en construction

Reste toutefois le besoin de financements complémentaires, estimés à 300 000 euros pour la phase pilote. African Valley multiplie les rendez-vous avec des banques, mais mise aussi sur la solidarité des grandes entreprises du corridor Pointe-Noire-Brazzaville, à commencer par les opérateurs télécoms et les firmes pétrolières.

« Le Figa a été le premier à croire en nous. Désormais, chaque partenaire supplémentaire amplifiera l’effet levier », confie Dimitri M’Foumou-Titi, le regard rivé sur un plan d’architecte déroulé devant lui. La première pierre est attendue dès le second semestre, si le bouclage financier suit.

Une dynamique diaspora-Afrique qui s’accélère

Dans les rangs de la diaspora, l’enthousiasme est palpable. La data scientist congolaise Grâce Mavoungou, installée à Montréal, voit dans African Valley « un projet capable de retenir les cerveaux à la source ». Elle promet de revenir animer des masterclass, « par patriotisme et par passion ».

Si tout se passe comme prévu, l’inauguration pourrait coincider avec le sommet annuel Transform Africa, que la République du Congo envisage d’accueillir. Un timing idéal pour présenter Ngoyo comme le nouvel épicentre des technologies émergentes dans le bassin du Congo et stimuler davantage de coopérations.

Pour M’Foumou-Titi, la réussite d’African Valley sera surtout « mesurable au nombre de vies transformées ». En cinq ans, il espère voir sortir des salles de classe de Ngoyo des analystes capables de consulter pour Kinshasa, Abidjan ou Paris, tout en restant installés au bord de l’Atlantique.