Africa Day 2025: la romancière qui bâtit des écoles

Au cœur d’Africa Day 2025, une voix camerounaise

Sous la verrière du campus de Sciences Po, l’Africa Day 2025 a réuni chercheurs, décideurs et artistes pour célébrer les dynamiques africaines. Entre deux conférences sur la finance verte, la romancière camerounaise Djaïli Amadou Amal a capté l’auditoire par un témoignage brûlant d’humanité.

Sur scène, elle partageait l’affiche avec Aminata Kane de Visa et Marième Sav Sow de TotalEnergies pour discuter d’un thème exigeant : « Briser les barrières, bâtir le leadership ». Trois trajectoires, une même ambition : faire grandir le continent sans laisser personne au bord du chemin.

Djaïli Amadou Amal, plume militante

Connue pour son roman goncourisé Les Impatientes, l’autrice revendique une littérature de combat. « Écrire, c’est déjà agir », affirme-t-elle, rappelant que ses personnages féminins naissent de visages croisés au Sahel, dans les plaines du Nord Cameroun ou dans les rues de Yaoundé.

Cette posture littéraire s’est muée en engagement direct lorsqu’elle a rencontré le philanthrope israélo-camerounais Eran Moas, fondateur d’ASAF Cameroun. Acceptant d’en devenir ambassadrice, elle a transposé ses mots dans l’action, sillonnant villages et lycées pour mesurer l’impact des projets soutenus.

Elle confie qu’à chaque visite, un versant intime de son œuvre trouve chair. « Derrière chaque histoire, je garde le regard d’une élève privée de cahiers ou d’une mère cherchant un dispensaire. Tant que ces regards existent, mes chapitres restent inachevés. »

ASAF Cameroun, la stratégie du long terme

Créée en 2016, ASAF Cameroun se veut, selon son slogan, « une main tendue à ceux qui n’ont plus d’autres recours ». Santé, éducation, culture, environnement : l’ONG finance des infrastructures plutôt que d’empiler des distributions ponctuelles, convaincue que la dignité se construit sur la durée.

En 2024, cinquante bourses ont été octroyées à des enfants en situation de handicap pour un montant global de 25 millions de FCFA. La même année, un concours national d’écriture a réuni cent cinquante collégiens venus des dix régions, preuve qu’égalité et excellence peuvent aller de pair.

Le volet environnemental n’est pas en reste. À travers le programme Ape Action Africa, la fondation appuie la protection des primates et mène des sessions de sensibilisation sur la biodiversité dans les établissements ruraux. Un moyen, selon Eran Moas, de rappeler que développement et préservation ne sont pas antinomiques.

Le leadership féminin africain s’invente ensemble

À Paris, le dialogue entre Djaïli Amadou Amal, Aminata Kane et Marième Sav Sow a mis en lumière la multiplicité des leviers de pouvoir. De la plume à la carte bancaire, du pétrole aux salles de classe, elles prouvent que le leadership se décline mais sert une cause unique.

Aminata Kane a rappelé que l’inclusion financière passe par des produits conçus pour les petites marchandes, tandis que Marième Sav Sow défend l’idée d’une entreprise énergique et citoyenne. « Les chiffres rassurent, mais le progrès se juge surtout à la lumière de celles et ceux qu’il libère », a-t-elle estimé.

Face à elles, la romancière a plaidé pour la solidarité horizontale : « Nos succès isolés ne pèseront pas si nous ne transformons pas la société autour de nous. » Les applaudissements nourris prouvent qu’un public jeune et cosmopolite attend des modèles plus inclusifs, ancrés dans le tangible.

Semer, relier, durer : les nouveaux horizons

Qu’il s’agisse de bourses, de routes durables ou de concours de poésie, la même logique irrigue la fondation : semer aujourd’hui pour récolter demain. Eran Moas résume volontiers sa méthode à une phrase : « Investir dans l’humain est l’unique capital inépuisable. »

Sur le terrain, les chiffres se doublent d’histoires. À Bankim, un élève malvoyant a obtenu la meilleure note de son département grâce à la bourse ASAF. À Bafia, la création d’un club de lecture a réduit l’absentéisme des filles, phénomène encore massif dans certaines zones rurales.

Ces récits nourrissent la plume de Djaïli Amadou Amal mais également sa détermination à poursuivre. Elle évoque déjà un nouveau programme de mentorat destiné aux lycéennes scientifiques, affirmant que « l’avenir numérique du Cameroun ne se co-construira qu’avec leurs algorithmes ». Elle espère lancer l’initiative avant fin 2025.

La fondation prépare un partenariat avec un incubateur de Douala pour soutenir des start-up vertes, créatrices d’emplois locaux et de solutions allant du recyclage plastique à l’énergie solaire communautaire.

À court terme, Djaïli Amadou Amal retournera dans l’Extrême-Nord pour un atelier d’écriture auprès de filles déplacées par l’insécurité. Elle espère y démontrer, une page après l’autre, que l’imagination reste un espace de liberté que nul conflit ne peut confisquer.

À l’issue du panel, un étudiant congolais a résumé l’ambiance : « Je repars convaincu que la réussite individuelle n’a de sens que si elle inspire une réussite collective. » Cette phrase a trouvé écho chez l’ensemble des intervenantes, rappelant la portée transnationale de ces ponts solidaires.

En quittant Sciences Po, Djaïli Amadou Amal confiait voir se dessiner « une alliance réactive entre diasporas et territoires ». Un sentiment partagé par le public, persuadé que les semences plantées aujourd’hui gagneront en portée, à mesure que les femmes africaines multiplieront les cercles d’influence et de bienveillance.