À Douala, le cuir prend les traits de Marthe Nyobe

À Douala, dans le cinquième arrondissement, une jeune femme de vingt-neuf ans coud, coupe et assemble du cuir avec une obstination tranquille. Marthe Nyobe n’avait pourtant rien promis à la mode. Son histoire est celle d’un détour devenu vocation.

D’un master en biochimie à l’atelier de cuir

Diplômée d’un Master 2 en biochimie et nutrition, Marthe Nyobe se destinait à la médecine militaire. Le parcours semblait tracé, prestigieux, conforme aux attentes que l’on place souvent sur une étudiante brillante.

La réalité de l’emploi en a décidé autrement. « Après mon Master 2, j’ai cherché du travail sans succès. J’ai décidé d’agir et de faire quelque chose que j’aime vraiment », confie-t-elle. La pâtisserie d’abord, puis la chaussure.

KEMI, une marque pensée 100 % made in Cameroon

En 2022, elle ouvre son atelier et lance KEMI, une marque de chaussures en cuir entièrement fabriquées localement. Le choix n’est pas anodin : il inscrit son travail dans une dynamique de valorisation du savoir-faire camerounais.

Derrière l’étiquette, il y a une revendication discrète. Produire sur place, dans un secteur où l’importation domine souvent les rayons, relève autant du geste économique que de l’affirmation d’une identité créative assumée.

L’apprentissage par soi-même, méthode et patience

Marthe Nyobe n’a suivi aucune formation classique au métier. Elle s’est appuyée sur des vidéos en ligne et des contenus partagés sur les réseaux sociaux pour apprendre la conception, la découpe, l’assemblage et la couture.

« Je n’avais aucune base. J’ai commencé par regarder des vidéos, reproduire ce que je voyais et y ajouter mes touches personnelles », explique-t-elle. Cette autoformation, lente et tâtonnante, est devenue le socle de son atelier.

Une croissance freinée par le manque de mains expertes

Installé au PK 11, l’atelier emploie aujourd’hui trois personnes, dont sa petite sœur, chargée de la coordination. Une équipe restreinte, à l’image d’une entreprise encore jeune qui construit ses repères au quotidien.

Le principal obstacle demeure humain. « Il est difficile de trouver des personnes expérimentées. Nous formons beaucoup de jeunes débutants, ce qui ralentit la production », reconnaît l’entrepreneure, lucide sur les limites de sa cadence actuelle.

Investir pour durer

Pour gagner en rapidité et en régularité, Marthe Nyobe réinvestit ses économies dans des machines importées de Chine. Un pari financier qui traduit sa volonté de pérenniser une activité née d’une contrainte plus que d’un plan de carrière.

Son parcours dit quelque chose de l’entrepreneuriat féminin africain : la capacité à transformer un diplôme inattendu et un marché de l’emploi fermé en une aventure artisanale, patiemment façonnée à la main.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *