Congo : la croissance susurre, l’espoir persiste

Une dynamique macroéconomique en quête de consolidation

Réuni à Brazzaville le 14 juillet 2025, le Comité national économique et financier a dressé un premier bilan de l’année qui, sans euphémisme, traduit un frémissement macroéconomique salué par les participants. Les comptes nationaux provisoires font apparaître un excédent budgétaire au premier trimestre, signal d’un redressement graduel des équilibres. Le ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille public, Christian Yoka, qui présidait les travaux, a souligné « le retour d’une discipline budgétaire compatible avec les exigences communautaires », rappelant que l’objectif reste la consolidation, non l’autosatisfaction.

À l’échelle du produit intérieur brut, la Banque des États de l’Afrique centrale projette une expansion réelle de 1,8 % en 2025, contre 1,5 % l’année précédente. Les conjoncturistes se gardent cependant de tout triomphalisme : cette inflexion, encore modeste, doit s’inscrire dans la durée pour restaurer la confiance des ménages et des opérateurs privés.

La double matrice pétrole et hors pétrole

Le socle de cette embellie demeure l’industrie pétrolière, dont les investissements de maintenance et de développement connaissent un regain, confortés par un contexte international toujours favorable aux cours du brut. Mais le CNEF insiste sur la contribution inédite, bien que naissante, du secteur hors hydrocarbures. L’agriculture vivrière et les services logistiques, dopés par les chantiers d’infrastructures, amorcent une dynamique qui réduit la vulnérabilité cyclique de l’économie.

Pour l’économiste Sylvie Mavoungou, invitée comme experte indépendante, « ces signaux démontrent qu’une forme d’hybridation productive est possible ». Elle précise toutefois que la diversification ne saurait prospérer sans une énergie électrique fiable, point sensible évoqué à plusieurs reprises au cours de la séance.

Inflation : l’horizon des 3,5 % comme ligne de crête

La contrepartie de la reprise reste le glissement des prix. Les prévisions conjointes de la BEAC et de l’Institut national de la statistique tablent sur une inflation moyenne annuelle de 3,5 %, dépassant la norme régionale fixée à 3 %. La poussée provient de la facture des biens importés, impactée par les tensions logistiques mondiales, et des à-coups dans la distribution d’électricité.

L’autorité monétaire entend poursuivre une politique de vigilance prudente, tandis que le gouvernement examine des mesures ciblées de soutien au pouvoir d’achat. Le CNEF recommande d’éviter les subventions généralisées, préférant des filets sociaux bien calibrés afin de ne pas obérer les finances publiques.

Financement domestique : banques et bons du Trésor

Le système bancaire apparaît plus disposé à irriguer l’économie : au 31 mars 2025, l’encours des crédits bruts à la clientèle a progressé de 3,3 % pour atteindre 1 647 milliards de francs CFA, tandis que les créances en souffrance reculent de 1,3 %. La qualité des portefeuilles s’améliore, traduisant une gestion du risque plus exigeante et une conjoncture moins dégradée.

Sur le marché sous-régional des valeurs du Trésor, l’encours congolais s’établit à 2 528,14 milliards de francs CFA fin avril, soit une hausse annuelle de près de 7 %. Les adjudications répondent aux besoins de financement de l’État, même si l’on observe une baisse de 22 % des montants effectivement sollicités, signe d’une stratégie de gestion proactive de la dette.

Intégration régionale et réformes fiscales en accélération

La dimension communautaire s’est imposée lors de la réunion des Trésors publics de la CEMAC tenue à Libreville en juin. Le thème, « Réforme fiscale et pérennité du marché des valeurs du Trésor », traduit la volonté collective de moderniser la mobilisation des ressources. Christian Yoka rappelle que la digitalisation des procédures, l’élargissement de l’assiette et l’évaluation des dépenses fiscales figurent parmi les réformes déjà engagées à Brazzaville, conformément aux recommandations régionales.

La mise en place du compte unique du Trésor, chantier prioritaire, devrait renforcer la traçabilité des deniers publics et réduire les coûts de transaction. Pour les partenaires techniques, cette démarche constitue un préalable à la constitution d’une épargne domestique capable de soutenir une croissance inclusive.

Un dialogue public-privé à consolider

Le CNEF s’est félicité de l’instauration d’un cadre de concertation entre le Trésor public et le réseau des spécialistes en valeurs du Trésor. Cette plateforme, encore en phase pilote, nourrit l’objectif de rendre les adjudications plus prévisibles et d’améliorer la courbe des taux en monnaie locale. Les milieux d’affaires saluent « un pas significatif vers davantage de transparence et de liquidité ».

À moyen terme, la pérennité de l’élan dépendra de la capacité des autorités à maintenir un cap réformateur tout en amortissant les chocs exogènes. Les signaux envoyés à l’occasion de la réunion du 14 juillet confirment, pour l’heure, la priorité donnée à la stabilité macroéconomique. Entre vigilance et ambition, l’économie congolaise s’accorde un optimisme mesuré, jugeant que les murmures de la croissance d’aujourd’hui pourraient devenir la parole forte de demain.