Semaine culturelle africaine : une scène sans frontières
De Biarritz à Bamako, de Paris à Montréal, du Maroc au Nigeria, la création africaine et afro-diasporique s’invite cette semaine sur plusieurs scènes. Documentaire, festivals, musiques, arts visuels et séries contemporaines racontent une vitalité transnationale, au croisement d’enjeux esthétiques et sociaux.
Entre le 23 et le 30 janvier 2026, le Maroc se met au diapason des musiques nord-africaines et des résonances afro-diasporiques. Tanger, Rabat, Oujda et Tétouan accueillent des rendez-vous variés, de la transe gnawa aux concerts participatifs, dessinant un paysage musical multiple.
Concerts au Maroc : gnawa, pop et chant participatif
Fin janvier 2026, la programmation marocaine confirme l’image d’un carrefour musical. Plusieurs salles, dans différentes villes, font dialoguer répertoires anciens et écritures populaires. Le choix de scènes réparties sur le territoire suggère une diffusion plus décentralisée, soutenue par une demande du public.
À Tanger, le 23 janvier, le projet Kolna Nghani investit le Théâtre Palais des Arts et de la Culture. Pensé comme un concert participatif, « Nous chantons tous » revisite des chansons marocaines connues et invite la salle à chanter, brouillant la frontière entre spectateurs et artistes.
Le même soir à Rabat, La Grande Soirée Gnawa se tient au Zénith. Hamid El Kasri y partage l’affiche avec Abdelkebir Merchane. Héritée de traditions subsahariennes intégrées à l’histoire marocaine, la gnawa, inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité, est présentée ici en format ample.
Le 24 janvier, à Oujda, Dunia Batma se produit au Théâtre Mohammed VI. La chanteuse incarne une pop marocaine contemporaine nourrie d’influences orientales, adressée à une jeunesse urbaine attentive aux nouvelles formes. Sa date souligne aussi le rôle des scènes régionales.
Toujours le 24 janvier à Rabat, le Rabat Celebration – Gospel Concert #3 se tient au Théâtre Al Mansour. Le gospel, né de l’histoire afro-américaine, se déploie dans un contexte nord-africain. Le concert met en évidence des circulations culturelles entre Afrique, diaspora et Méditerranée.
À Tétouan, Chantons Tous Ensemble est programmé au Cinéma Español. Dans une ville marquée par l’héritage andalou, l’accent est mis sur le chant collectif, comme pratique de transmission et de convivialité. Ici, la musique se vit comme une expérience partagée, autant que comme spectacle.
FIPADOC à Biarritz : le documentaire comme agora
À Biarritz, FIPADOC ouvre l’année documentaire européenne du 24 janvier au 1er février. Projections, avant-premières et débats composent un panorama du réel contemporain. Pendant neuf jours, la ville vit au rythme des rencontres, rappelant la place du documentaire dans la conversation culturelle.
Le festival revendique une sélection internationale aux formats variés : films courts ou longs, séries documentaires, œuvres d’impact et créations numériques. L’ambition reste la même : regarder le monde sans simplifier. Les thèmes cités vont des droits humains à l’environnement, de la mémoire à la géopolitique.
La circulation des idées fait partie de l’ADN de FIPADOC. Les séances sont accompagnées d’échanges avec les équipes, créant un dialogue direct. La présence régulière de cinéastes africains et de la diaspora, ainsi que de films liés au continent, inscrit l’événement dans une dynamique mondiale.
Le festival s’appuie aussi sur Biarritz Immersive, espace dédié à la réalité virtuelle et aux formes interactives. Le spectateur y traverse des récits de manière sensorielle. Accessible gratuitement sur réservation, cette section illustre l’évolution du documentaire vers des dispositifs qui renouvellent la perception.
Nuits d’Afrique à Montréal : l’intime comme luxe
À Montréal, les Cabarets acoustiques Nuits d’Afrique investissent le Club Balattou du 24 au 31 janvier 2026. Le projet défend une autre idée du concert : proximité, écoute et dialogue. Dans ce lieu emblématique, la musique se partage sans démesure, au plus près des artistes.
La série rappelle l’histoire du festival, d’abord lié à la scène du Balattou, puis devenu un rendez-vous majeur des musiques du monde en Amérique du Nord. Les cabarets prolongent la mission d’origine : offrir une visibilité constante aux artistes d’Afrique, des Caraïbes et des diasporas.
La programmation annoncée évoque des couleurs diverses. Le 23 janvier, Melting Point ouvre avec une proposition de fusion. Le 24, Bumaranga met en avant percussions, flûtes et pulsations afro-colombiennes, rappelant des filiations africaines qui traversent l’Atlantique.
Le 25 janvier, Modeline Raymond (Moray), artiste d’origine haïtienne installée au Canada, explore résilience, identité et émancipation. La série reprend le 29 janvier avec Numidz, puis se clôt le 30 janvier avec Lasso Sanou, dans une approche acoustique centrée sur la voix et la percussion.
Festival Ogobagna à Bamako : transmettre et rassembler
À Bamako, la Place du Cinquantenaire accueille la onzième édition du Festival culturel Ogobagna du 26 janvier au 1er février 2026. L’événement se veut espace de rencontre entre artistes, artisans, communautés et chercheurs, avec une ambition : faire de la culture un levier de cohésion sociale.
Le nom Ogobagna, issu de la tradition dogon, renvoie au « plat du Hogon », symbole de partage, d’égalité et d’unité. Cette philosophie irrigue une programmation mêlant musiques, danses rituelles, défilés, expositions artisanales et ateliers, avec l’idée d’une culture en mouvement.
L’édition 2026 se place sous le thème « Cultures du Mali : dialogue, créativité, résilience pour un développement durable ». Les organisateurs mettent en avant la capacité des traditions à nourrir des réponses contemporaines, qu’il s’agisse de vivre-ensemble, de patrimoine immatériel ou de développement local.
La musique et la danse occupent le cœur du festival, des rythmes mandingues aux chants bozo liés au fleuve Niger. La communauté Bozo, invitée d’honneur, incarne un lien entre culture, environnement et modes de vie. L’artisanat et la gastronomie participent aussi à cette mise en commun.
JMCA à l’UNESCO : l’Afrique au centre du récit culturel
Le 26 janvier 2026, l’UNESCO célèbre la Journée mondiale de la culture africaine et afrodescendante à Paris. Instituée officiellement en 2019, cette journée vise à reconnaître la contribution des cultures africaines et des diasporas à l’histoire, à la pensée et à la création universelles.
La date renvoie à l’adoption en 2006 de la Charte de la Renaissance culturelle africaine par l’Union africaine. En lui donnant une portée mondiale, l’UNESCO inscrit cette ambition dans une dynamique multilatérale : dialogue des cultures, reconnaissance mutuelle et diversité culturelle comme bien commun.
Pour l’édition 2026, le format annoncé est hybride, mêlant présence à Paris et participation en ligne. Les échanges rassemblent artistes, chercheurs et responsables culturels. Les discussions portent sur la transmission, mais aussi sur les industries culturelles, la cohésion sociale, le développement durable et l’innovation.
Netflix et Grand Palais : images, mythes, représentations
Le 30 janvier, Netflix met en ligne la saison 2 d’Aníkúlápó : Rise of the Spectre, prolongement d’un projet imaginé et réalisé par Kunle Afolayan. Le récit se déroule dans l’empire d’Oyo au XVIIe siècle et s’appuie sur la mythologie yoruba pour questionner pouvoir et responsabilité.
Le film, puis la série, revendiquent une langue principale, le yoruba, et une attention aux décors et aux costumes. Le surnaturel y sert de ressort symbolique : traverser la frontière entre vie et mort ne donne pas un pouvoir sans prix, mais ouvre une zone de tensions morales et politiques.
À Paris, le Grand Palais consacre une rétrospective à Mickalene Thomas, All About Love, du 17 décembre 2025 au 5 avril 2026. Peintures, collages, photographies et installations retracent plus de vingt ans d’œuvre centrée sur la représentation des femmes noires et l’autorité du regard.
Le parcours met en évidence le dialogue de l’artiste avec l’histoire de l’art occidental et l’importance du décor, jamais secondaire. Le titre renvoie à bell hooks : l’amour, ici, est présenté comme une position politique. Les strass, la mise en scène et la photographie interrogent aussi la fabrication des codes de beauté.
Culture africaine : une circulation à échelle humaine
Pris ensemble, ces rendez-vous composent un même mouvement : faire circuler des formes, des récits et des publics. Concerts participatifs, cabarets intimistes, festivals de transmission, plateformes mondiales et institutions culturelles se répondent, sans figer les identités. Une semaine, plusieurs scènes, une même énergie créative.










