L’OM et l’Afrique, une histoire d’amour football-culture
Dans le Vieux-Port, les chants bleu et blanc résonnent souvent avec des accents wolof, bambara ou darija. L’Olympique de Marseille, conscient de cette pluralité, dévoile sa ligne « Marseille c’est nous », inspirée par la Coupe d’Afrique des nations et les diasporas qui vibrent au stade Vélodrome.
L’idée : fabriquer des maillots bicolores, moitié OM, moitié drapeau national, sans logo commercial. Une première que le club décrit comme « un pont entre l’Europe du football et les racines africaines de milliers de supporters », selon son service communication.
Cette célébration de la CAN depuis la Méditerranée illustre la relation historique entre Marseille et le continent, tissée par les flux migratoires, la musique raï, le hip-hop et des légendes du ballon rond comme Abedi Pelé ou Didier Drogba.
Les codes stylistiques d’une collection haute en symboles
La direction artistique a été confiée au designer Mbaye Diop, Marseillais d’origine sénégalaise. Il a mêlé l’iconique bande blanche marseillaise à des motifs bogolan, wax, ou zellige, afin que chaque pièce raconte « un récit textile, pas seulement un match ».
Pour le modèle congolais, un vert forêt dialogue avec le bleu ciel du club, évoquant la luxuriance des rives du Congo-Brazzaville et la fraîcheur marine. Sur la manche, un discret emblème de makoua symbolise l’artisanat du Pool.
Le jersey marocain arbore un rouge grenat bordé d’un vert étoilé, tandis que l’ivoirien joue le contraste orange et turquoise. Chaque microdétail – col brodé, numérotation dorée – est limité à 500 exemplaires, renforçant la dimension collector chère aux amatrices de pièces rares.
Marseille, creuset des diasporas africaines en fête
Marseille compte près de 200 000 habitants d’ascendance africaine, selon la mairie. Lorsque la CAN débute, les rues de Noailles ou de Belsunce se transforment en tribunes à ciel ouvert, mêlant grillades d’attiéké, danse coupé-décalé et klaxons de scooters.
Avec la collection, le club met ces ambiances de comptoir au centre de sa communication. Les shootings ont été réalisés au marché aux Puces, devant le Mucem ou sur les plages du Prado, impliquant rappeurs, restauratrices, médecins et influenceuses issus des communautés concernées.
« Je porte enfin un maillot où je vois mes deux patries fusionner », sourit Aïcha, infirmière franco-comorienne rencontrée lors du lancement. Son témoignage reflète l’émotion d’une double appartenance longtemps cantonnée aux gradins mais désormais fièrement cousue sur la poitrine.
Une scène mode qui parle d’identité et de fierté
Les clubs européens investissent depuis peu le registre streetwear, mais rarement avec une telle profondeur culturelle. Pour la sociologue de la mode Aminata Traoré, « l’OM réussit à transformer un produit dérivé en manifeste identitaire qui dépasse la seule logique du merchandising ».
Dans les boutiques marseillaises, les nouvelles tuniques côtoieront les vestes varsity, bijoux touareg et sneakers customisées, créant un dialogue inédit entre sport et haute couture urbaine. Les précommandes, ouvertes 48 heures après la révélation, affichaient déjà un taux de réservation de 80 %.
Pour les supportrices, l’esthétique compte autant que la performance. En intégrant des coupes cintrées et des textiles respirants, le club montre qu’il regarde enfin les femmes, nombreuses au virage Sud, comme des consommatrices légitimes, pas seulement comme des accompagnantes.
Entre marketing responsable et engagement communautaire
L’absence de sponsor sur la poitrine, remplacé par des messages en dialectes locaux, intrigue. Pour le directeur marketing Pedro Iriondo, « c’était capital de retirer toute dimension purement commerciale afin de laisser parler les symboles et le sentiment d’appartenance ».
Une partie des bénéfices sera reversée à des associations sport-études opérant à Dakar, Abidjan et Brazzaville. L’OM s’engage ainsi dans un cercle vertueux, soulignant que le football peut financer l’éducation, la santé menstruelle ou l’accès à la pratique féminine.
Les maillots seront produits dans des ateliers portugais certifiés pour leur faible empreinte carbone. Le coton bio provient d’Égypte et le packaging, en canne à sucre recyclée, réduit de 30 % le poids du transport maritime par rapport à la précédente collection.
Le regard des supportrices africaines de la cité phocéenne
Fatou, entrepreneuse sénégalaise installée à la Belle-de-Mai, voit dans cette capsule « une façon de raconter mon histoire sans parler ». Elle rappelle que les femmes de la diaspora habillent souvent la famille entière les soirs de CAN, « mais l’offre restait masculine ».
Chez les influenceuses mode, les vidéos d’unboxing cumulent déjà des dizaines de milliers de vues. L’enthousiasme dépasse Marseille : à Kinshasa, Casablanca ou Moroni, des groupes de supporters se photographient en affichant fièrement le logo OM à côté de leur drapeau national.
Cette résonance digitale témoigne d’un soft power méditerranéen où la féminisation du football devient un vecteur d’image pour la ville et pour le continent. La créatrice ivoirienne Loza Maléombho y voit « le signe que les frontières sportives s’effacent devant la couture ».
Et demain, vers un luxe sportif plus inclusif ?
En reliant haute technicité, esthétique panafricaine et responsabilité sociétale, l’OM signe peut-être le prototype d’un luxe sportif nouveau genre. Reste à savoir si d’autres clubs suivront cette voie où le tissu devient passeport, et où chaque victoire se célèbre aussi en héritage.










