Un forage moderne pour Kibina
À Kibina, 17 kilomètres au sud de Brazzaville, un jet d’eau claire jaillit depuis novembre, et tout le quartier respire soudain. La fondation congolaise Burotop Iris a livré un forage moderne qui met fin à des années de marches harassantes et de maladies récurrentes.
Derrière cette prouesse, une ONG née en 2008 et déjà connue pour ses actions dans l’éducation, la santé et la protection sociale. Avec Kibina, Burotop Iris affirme une vision simple : un progrès technologique doit d’abord se traduire par un mieux-être palpable pour les familles.
L’ouvrage est foré à 57,5 mètres, abrite une pompe immergée capable de relever 120 m³ par jour et alimente une citerne de 5 000 litres. Grâce à un système hybride, les panneaux solaires assurent la continuité, relayés par l’électricité publique lors des rares journées sans soleil.
Une inauguration porteuse d’espoir
« Quand nous voyons des mères puiser cette eau pendant les consultations, notre mission prend tout son sens », confie Romaine Gangoyi, responsable des opérations. Sur l’esplanade du Centre de santé intégré, son émotion contraste avec la rigueur logistique d’un chantier bouclé en six semaines.
Le 25 novembre, le maire de Madibou, Alain Milandou, accompagnait autorités civiles et militaires pour couper le ruban. Les habitants avaient placé des drapeaux improvisés sur les cases. Cette cérémonie sobre, mais chaleureuse, a gravé l’instant dans la mémoire collective : l’eau n’est plus un mirage.
Des analyses physico-chimiques et biologiques, réalisées par le laboratoire central de la Congolaise des eaux, confirment sa potabilité. Ce verdict scientifique dissipe les angoisses, particulièrement chez les parents traumatisés par les diarrhées infantiles que provoquaient les marigots ou les puits à moitié taris.
Le Centre de santé renaît
Le Centre de santé intégré de Kibina, unique structure médicale du secteur, compte quinze agents menés par la sage-femme Marie-Thérèse Kivouvou. Il ne reçoit qu’une poignée de patients quotidiens, mais leur vulnérabilité exige des gestes sûrs, des instruments propres et désormais, une ressource hydraulique fiable.
« Nous passions plus de temps à chercher de l’eau qu’à écouter nos malades », soupire Mme Kivouvou. Désormais, chaque accouchement se déroule avec un lavage de mains scrupuleux, chaque pansement avec du matériel stérilisé. Le gain sanitaire s’observe déjà dans la baisse des infections post-partum.
Tout n’est pourtant pas résolu. L’absence d’ambulance complique encore les urgences, et la piste qui relie Madibou à Kibina ralentit les motocyclettes appelées en dernier recours. Les accouchements à domicile restent nombreux, rappelle la sage-femme, mais au moins l’hygiène progresse là où elle peut.
Femmes et filles, premières gagnantes
Dans les ruelles sablonneuses, Madeleine Mbemba mesure le changement. Deux kilomètres de marche quotidienne disparaissent de son agenda. Le temps gagné se transforme en coups de main à l’école, en heures de couture rémunératrice. « L’eau propre, c’est aussi l’autonomie », sourit-elle en remplissant son bidon jaune.
Le forage libère également les jeunes filles, souvent chargées de la corvée matinale. Davantage de présence en classe signifie de meilleurs résultats, et, à terme, plus d’opportunités professionnelles. Pour la Fondation, cette chaîne d’effets révèle que l’accès à l’eau est un levier d’équité de genre.
Aux côtés de Burotop Iris, la Plateforme pour le développement de Madibou s’engage à surveiller l’ouvrage, sensibiliser à l’entretien et plaider pour d’autres services essentiels. Les acteurs locaux misent sur la mutualisation : route, ambulance, éclairage public. L’eau a ouvert la voie, les partenariats doivent suivre.
Vers un développement durable et inclusif
Le gouvernement congolais, qui encourage les initiatives privées alignées sur les objectifs nationaux d’accès universel à l’eau potable, voit dans Kibina un exemple reproductible. Les autorités sanitaires rappellent que plus de 60 % des pathologies courantes sont hydriques ; chaque forage fiable allège la dépense publique.
Sur le plan environnemental, le recours prioritaire à l’énergie solaire réduit l’empreinte carbone et les coûts d’exploitation. Le technicien Séraphin Okemba assure qu’un entretien trimestriel des panneaux suffit. Cela sécurise la durabilité du service et renforce l’acceptabilité communautaire d’une technologie encore récente.
Dans la cour du Centre de santé, les enfants jouent à éclabousser le béton neuf. Leurs cris se mêlent au vrombissement discret de la pompe, bande-son d’une promesse tenue. Si Kibina parle déjà d’« eau de la vie », c’est qu’un robinet a remplacé une inquiétude ancestrale.
Ce projet rappelle qu’une infrastructure, même modeste, peut changer la trajectoire d’un quartier. Burotop Iris pose ici une pierre, matérielle et symbolique, vers le développement inclusif. À Kibina, l’eau claire coule désormais comme une respiration collective, et ce simple flux raconte l’espoir retrouvé.
Les habitants espèrent déjà voir fleurir d’autres forages dans les quartiers périphériques de Brazzaville. Les élus locaux évoquent Goma Tsé-Tsé et Mayanga comme prochaines étapes. Kibina veut servir de laboratoire vivant : démontrer qu’une articulation réussie entre fondation, communautés et pouvoirs publics crée des miracles ordinaires.










