Pointe-Noire dit stop aux violences de genre
Les avenues de l’arrondissement 1 Lumumba ont vibré le 23 novembre, lorsque des centaines de femmes, d’hommes et de jeunes ont formé un ruban orange pour dénoncer la violence qui touche toujours des Congolaises dans leurs foyers, leurs écoles et désormais leurs écrans.
Avec à sa tête la ministre de la Promotion de la Femme, Inès Nefer Bertille Voumbo Yalo Ingani, le cortège a relié la place de la République à la préfecture, ponctué de chants, de sifflets et de pancartes appelant à « zéro tolérance ».
En première ligne, la ministre de l’Économie forestière Rosalie Matondo et la maire Evelyne Tchitchelle rappelaient, micro en main, que la sécurité des femmes conditionne l’avenir économique de la capitale pétrolière, où le secteur informel reste porté majoritairement par elles.
Violence numérique ciblée lors des 16 Jours d’activisme
Le mot-d’ordre de l’édition 2025 des 16 Jours d’activisme, « Tous unis pour mettre fin à la violence numérique », élargit le curseur au cyberharcèlement, à la diffusion non consentie d’images intimes et aux discours haineux qui prolifèrent sur les réseaux, souvent en toute impunité.
« Une attaque virtuelle blesse autant qu’un coup réel », a martelé Mme Voumbo Yalo Ingani, invitant chaque internaute à signaler sans délai les contenus dégradants. Son ministère travaille avec la plateforme nationale de cybersécurité pour renforcer les plaintes et former les policiers aux preuves numériques.
Dans les lycées de Pointe-Noire, des clubs de sensibilisation distribuent déjà des guides pratiques sur la gestion des mots de passe ou le paramétrage privé des comptes. Ces outils, conçus par des étudiantes en informatique, seront traduits en kit audio pour les marchés populaires.
Masculinité positive soutenue par les autorités
La ministre a salué « l’écoute constante » du président Denis Sassou Nguesso, soulignant son appel réitéré à une masculinité positive. Cette notion encourage les hommes à devenir alliés, non spectateurs, du changement social, en valorisant respect, partage des tâches domestiques et protection mutuelle.
Depuis 2021, des ateliers de formation destinés aux leaders de quartiers ont permis d’impliquer plus de 800 pères et mentors. Ceux-ci animent désormais des causeries d’hommes où l’on déconstruit les stéréotypes virils, afin de prévenir la violence conjugale avant qu’elle n’apparaisse.
Le préfet Cebert Iboko Onanga, qui a reçu le cortège, a rappelé que la préfecture soutient ces cercles de dialogue via des micro-subventions, convaincue que « l’implication masculine réduit la récidive et favorise un climat propice au développement local ».
Un centre holistique pour accompagner les survivantes
Annonce forte de la journée, la construction d’un centre holistique de prise en charge des victimes devrait débuter début 2026 sur un terrain cédé par la municipalité. L’infrastructure regroupera soins médicaux, assistance juridique, appui psychologique et hébergement d’urgence sous un même toit.
Selon le comité technique, le projet bénéficiera d’un financement conjoint du budget national et de partenaires tels que l’Agence Française de Développement et ONU-Femmes, signe de la convergence des agendas pour l’égalité et la santé publique.
Une aile sera consacrée aux plaintes relatives aux violences numériques. Les victimes y trouveront des experts capables de figer la preuve électronique ou de lancer une procédure de retrait de contenu auprès des plateformes mondiales, un service encore rare en Afrique centrale.
Mobilisation citoyenne et objectif 2028
Au-delà de la marche annuelle, des actions ponctuent déjà le calendrier. Des permanences juridiques gratuites sillonnent les six arrondissements, tandis qu’une caravane culturelle diffuse des pièces de théâtre forum invitant le public à proposer des issues pacifiques aux scénarios joués.
Pour Natacha, vendeuse de poissons au marché Tié-Tié, ces initiatives offrent « une oreille attentive que nous n’avions pas auparavant ». Elle affirme avoir accompagné une collègue pour déposer plainte après des menaces reçues sur WhatsApp, « sans se sentir jugées ».
Le tissu associatif féminin de Pointe-Noire se renforce. L’ONG Lune Orange, créée par d’anciennes victimes, propose des cours d’alphabétisation numérique et un programme de microcrédit pour financer des projets portés par des survivantes, consolidant ainsi leur autonomie économique.
Dans les médias locaux, des chroniques hebdomadaires déconstruisent les mythes entourant le viol conjugal ou le harcèlement de rue. La radio communautaire Mucodec, écoutée dans les quartiers périphériques, diffuse désormais ces capsules en kituba et en lingala pour toucher plus largement.
Pour les organisateurs, la réussite se mesurera à la baisse des chiffres. Le service de médecine légale de l’hôpital Adolphe-Sicé signale encore une moyenne mensuelle de 28 cas de violence domestique. L’objectif est de réduire de moitié ce taux d’ici 2028.
Les acteurs restent néanmoins sereins. « Nous avons prouvé, avec la lutte contre les “bébés noirs”, que la mobilisation populaire peut inverser une tendance », rappelle le maire adjoint Jean-Claude Ngoma, persuadé que la même détermination vaincra, à terme, la violence sexiste.
Au crépuscule de la marche, les manifestants ont levé leurs téléphones, lampes allumées, pour symboliser la lumière numérique que le Congo veut projeter : une connectivité sûre, inclusive et respectueuse de celles qui font battre son économie autant que son cœur culturel.










