Coup de projecteur sur les anges gardiens de la vaccination
Sous les voûtes ensoleillées d’un centre culturel de Poto-Poto, le 31 octobre 2025, les blouses blanches et les gilets colorés des relais communautaires ont reçu plus qu’un simple applaudissement : une véritable ovation pour leur combat quotidien contre les maladies évitables.
Cette cérémonie, pilotée par Catholic Relief Services avec le soutien de GAVI et du Programme élargi de vaccination, visait à saluer une chaîne humaine souvent restée dans l’ombre, mais sans laquelle les statistiques nationales de couverture vaccinale n’auraient jamais connu leur récente embellie.
L’élan communautaire derrière la couverture vaccinale
Au-delà des chiffres, la journée a mis en lumière l’émotion des femmes et des hommes qui, panier de fiches à la main, sillonnent les ruelles de Brazzaville pour convaincre parents, grands-mères et chefs de rue de faire vacciner les plus jeunes.
Madame Donalie Offeli Nianga, représentant la direction départementale des soins, a rappelé que leur proximité faisait d’eux des “vecteurs d’informations, des médiateurs de confiance, des oreilles attentives et des bras ouverts”, capables de transformer une rumeur en certitude scientifique.
Elle a souligné que grâce à cette approche de porte-à-porte, le taux de vaccination infantile dans certains quartiers a bondi de plus de dix points en deux ans, un résultat crucial à l’heure où la capitale concentre encore les défis sanitaires du pays.
Brazzaville, laboratoire d’engagement solidaire
À Brazzaville, cinq districts prioritaires servent de terrain pilote au projet d’assistance technique EPI, financé par GAVI et coordonné par le ministère de la Santé ; on y expérimente des dispositifs de remontée rapide des données, couplés à des séances d’écoute communautaire hebdomadaires.
Les dirigeants de quartiers rapportent que les réunions, souvent organisées sous les manguiers après la tombée du soleil, fédèrent mères, pasteurs, mamans chefs et jeunes influenceurs digitaux autour d’un même credo : “Aucun enfant ne doit rester sans protection vaccinale”.
La municipalité accompagne cet élan par la mise à disposition de salles, de mégaphones et d’affiches multilingues, démontrant qu’un dialogue constant entre pouvoirs publics et société civile reste la clé d’une santé préventive inclusive.
Des relais devenus héros du quotidien
Dans la salle, les délégués arboraient de modestes médailles, mais l’éclat venait surtout de leur fierté : “Nous n’attendions pas de reconnaissance, nous voulions seulement que les enfants grandissent en bonne santé”, confie Joséphine, relais depuis huit ans à Makélékélé.
Son carnet couvert de gommettes retrace des centaines de visites, où elle a souvent franchi des zones inondées pour atteindre une maison isolée, ou patienté des heures avant de convaincre un père encore dubitatif sur la nécessité d’une troisième dose.
Les récits se croisent, mélangeant humour et résilience : un relais évoque une moto tombée en panne sous la pluie, un autre se souvient d’un concert improvisé pour attirer les enfants vers un centre temporaire, preuve qu’information et créativité marchent de pair.
Un partenariat international au service de la prévention
Mme Albane Manounou, cheffe de projet au CRS, a remercié le ministère de la Santé d’avoir confié à son organisation le rôle de principal récipiendaire, soulignant qu’“ensemble, nous relevons le défi d’une République du Congo où la vaccination devient un réflexe, pas une option”.
GAVI, bras financier clé, assure la disponibilité des doses et l’appui logistique, tandis que l’Organisation mondiale de la santé fournit l’expertise technique pour maintenir la chaîne du froid, élément souvent complexe dans les districts ruraux bordant la capitale.
Cette synergie Sud-Sud et Nord-Sud illustre l’importance d’alliances multi-acteurs, où la compétence locale rencontre l’investissement extérieur, créant un cercle vertueux salué par les autorités sanitaires et les partenaires au développement.
Perspectives vers une couverture vaccinale durable
Pour 2026, le département projette d’introduire un système de prime à la performance destiné aux relais, financé partiellement par les recettes municipales, afin de consolider la motivation et de réduire la dépendance exclusive à l’aide internationale.
Les experts recommandent également d’intensifier la digitalisation, en dotant chaque agent d’une application de suivi hors ligne, capable de synchroniser les données dès l’accès à un réseau, gage d’une planification plus fine des campagnes futures.
Face aux visages rayonnants de la cérémonie, une certitude se dessine : la santé publique se bâtit d’abord sur des liens de confiance. En célébrant ses relais, Brazzaville rappelle qu’une communauté engagée est le meilleur vaccin contre l’indifférence et le doute.
Le docteur Jean Eudes Ngakala, consultant indépendant, souligne que « la célébration publique agit comme un multiplicateur d’énergie : chaque badge remis, chaque photo partagée sur les réseaux inspire un voisin ou une cousine à rejoindre l’effort, créant une chaîne d’engagement potentiellement sans fin ».










