Un nouvel élan participatif
Sous les grands lustres du Palais des congrès de Brazzaville, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a inauguré, le 30 octobre, la seconde mandature du Conseil économique, social et environnemental, promettant une ère d’écoute active avec l’ensemble des forces vives nationales.
Devant des représentants issus des syndicats, des organisations patronales, des associations féminines et de la société civile, il a rappelé que « le dialogue n’est pas une option mais la colonne vertébrale de notre démocratie participative », soulignant la volonté gouvernementale de bâtir des politiques co-construites.
Le rôle stratégique du CESE
Créé par la Constitution, le CESE occupe une place singulière : il n’édicte pas les lois, mais éclaire les décisions publiques grâce à ses avis consultatifs, réputés pour leur approche transversale mêlant économie, social, culture et environnement.
Pour Anatole Collinet Makosso, son fonctionnement régulier traduit « la bonne foi des pouvoirs publics ». En multipliant ces espaces d’échanges, l’exécutif espère renforcer la cohésion nationale, essentielle dans un pays marqué par la diversité ethnique et la vivacité du débat citoyen.
La voix des femmes au centre
Première femme à présider l’institution, Émilienne Raoul a saisi la tribune pour rappeler qu’au moins la moitié des 147 conseillers doivent être des femmes, conformément à la loi organique. « C’est une exigence d’équité et de performance collective », a-t-elle martelé.
La dirigeante estime que l’inclusion féminine ne se résume plus aux quotas. Elle plaide pour que les expertes issues de la recherche, de l’entrepreneuriat et des secteurs créatifs soient associées dès la conception des projets, afin de mettre l’innovation sociale au service du développement durable.
Les jeunes, moteurs d’avenir
Autre priorité : la représentativité juvénile. Émilienne Raoul rappelle que la moitié de la population congolaise a moins de trente ans. Selon elle, « les jeunes ne doivent pas être mobilisés ponctuellement, mais consacrés créateurs de solutions et leaders de terrain ».
Le gouvernement ambitionne ainsi de créer des passerelles entre les délégations jeunes du CESE et les entreprises, afin de favoriser l’apprentissage des métiers d’avenir, du numérique à l’agroécologie, domaines identifiés comme porteurs dans le Plan national de développement 2022-2026.
Enjeux économiques et climatiques
Dans son allocution, le Premier ministre a insisté sur la dimension intégrée des travaux. Les conseillers devront analyser la conjoncture nationale, sous-régionale et internationale pour suggérer des réponses adaptées à la flambée des prix, aux fluctuations du pétrole et aux dérèglements climatiques.
Le Congo-Brazzaville possède la deuxième forêt tropicale du monde après l’Amazonie. Dans ce contexte, plusieurs experts appellent à concilier impératifs économiques et justice climatique, en encourageant les filières bois à haute valeur ajoutée et la certification responsable des exportations.
« Nos forêts sont un trésor pour la planète et une chance pour notre jeunesse », résume le climatologue Arsène Mabiala, parfois consulté par le CESE. Ses recommandations incluent l’éducation environnementale et la création de micro-industries vertes capables de générer des emplois locaux durables.
Vers une cohésion nationale renforcée
Au-delà des questions sectorielles, l’exécutif veut faire du CESE un « espace de consensus permanent ». Le Premier ministre évoque un lieu où le fil du dialogue demeure intact, même lors de tensions sociales sur les salaires ou la hausse du coût de la vie.
Cette approche s’inscrit dans la vision du président Denis Sassou Nguesso, qui encourage les institutions consultatives à accompagner la modernisation de l’État sans opposer les acteurs. La méthode, jugée inclusive, se veut un sismographe des attentes populaires et un laboratoire de solutions partagées.
Pour renforcer la transparence, le gouvernement annonce la publication en ligne des avis du CESE, ainsi qu’une plateforme interactive ouverte aux citoyens. Chaque recommandation sera suivie d’indicateurs mesurant son impact, une première visant à rapprocher davantage l’institution du quotidien des Congolais.
D’ores et déjà, plusieurs réseaux de femmes entrepreneures saluent l’initiative. « Nous pourrons suivre le devenir de nos propositions, corriger le tir et prouver que la voix des femmes produit des résultats mesurables », se réjouit Aïssatou Okemba, fondatrice d’une start-up spécialisée dans le recyclage plastique.
Sur le terrain, les organisations de jeunesse préparent déjà leurs premières contributions. Elles souhaitent aborder la montée des emplois informels, la transition numérique des administrations et la création d’incubateurs régionaux, afin d’éviter l’exode des talents vers les métropoles voisines.
Les prochains mois seront cruciaux. Chaque commission thématique se réunira une fois par trimestre pour formuler des propositions en synergie avec les ministères. Le calendrier prévoit un forum national avant l’été afin de présenter un rapport intermédiaire sur l’état de la participation citoyenne.
En misant sur la consultation continue, Brazzaville espère transformer le CESE en catalyseur de développement inclusif. L’enjeu, pour les femmes comme pour la jeunesse, est de faire entendre leurs expertises afin que chaque décision publique reflète la richesse et la pluralité de la nation.
La prochaine étape consistera à suivre la mise en œuvre des recommandations. Un comité de suivi, où siégeront à parité femmes, hommes et jeunes, présentera un tableau de bord semestriel. Ce reporting vise à inscrire durablement la culture de résultats au cœur de l’action publique.










