Agnès Ounounou: l’icône de la diaspora honorée

Une médaille parisienne qui raconte un parcours

Le 25 octobre, dans le cadre feutré de l’hôtel de l’Industrie à Paris, la troisième édition de la Semaine l’Afrique des solutions a décerné sa médaille de mérite à Agnès Ounounou, présidente du Conseil représentatif des Congolais de l’étranger.

Saluer son engagement pour la solidarité diasporique, le développement inclusif et le rayonnement du Congo, tel était l’objectif affiché par les organisateurs, convaincus que la dirigeante incarne une Afrique qui agit au-delà des frontières et fait dialoguer les générations.

Mama diaspora, un surnom forgé par l’action

Arrivée en France dans les années 1980, la jeune économiste a vite réalisé que les Congolais éparpillés manquaient d’un espace structuré pour se faire entendre.

Des premiers réseaux d’entraide à la création d’associations interculturelles, Agnès Ounounou fédère, conseille, oriente; son téléphone devient un standard pour celles et ceux qui cherchent un emploi, un mentor ou simplement une oreille attentive.

Cette disponibilité lui vaut le surnom affectueux de Mama diaspora, symbole d’une maternité sociale qui transcende l’âge et la géographie.

Le Haut conseil, une passerelle institutionnelle

En 2019, la militante franchit une étape clé en fondant le Haut Conseil représentatif des Congolais de l’étranger, officiellement reconnu par les autorités de Brazzaville.

La structure ambitionne de canaliser les compétences, de matérialiser les envois d’investissements et d’offrir un cadre de dialogue où ministères, collectivités et diaspora élaborent ensemble des actions à impact social mesurable.

Pour la présidente, « la distance n’a jamais été un frein ; elle peut devenir un accélérateur si on transforme les souvenirs en projets et l’attachement en capitaux humains ».

Des partenariats qui ouvrent les marchés

Consultante en économie sociale, Agnès Ounounou est sollicitée en 2020 par le Conseil présidentiel pour l’Afrique lancé par Emmanuel Macron, afin de partager son expérience sur le financement des startups issues de la diaspora.

L’année suivante, à Paris, elle éclaire une conférence-débat consacrée aux dispositifs innovants de Bpifrance et de l’Agence française de développement, soulignant l’importance des garanties adaptées aux PME créées entre deux rives.

En 2022, sa nomination comme haute représentante de l’Union des opérateurs économiques du Congo pour l’Europe consolide ce rôle de trait d’union entre investisseurs européens et entrepreneurs de Brazzaville, Pointe-Noire ou Ouesso.

Un leadership féminisé et assumé

Sur un continent où la représentation féminine reste un défi, Agnès Ounounou incarne une figure de proue moderne et convaincue que l’empowerment passe d’abord par l’exemplarité.

Elle revendique un leadership profondément humain : écoute active, respect du consensus et souci d’accompagner la nouvelle génération de dirigeantes venues des diasporas.

« La sœur aînée n’ouvre pas la voie pour s’y pavaner seule, mais pour que d’autres s’enhardissent », glisse-t-elle souvent aux étudiantes qu’elle parraine.

Un prix, et maintenant ?

La médaille accorde une visibilité nouvelle au Haut Conseil, qui prévoit de lancer en 2024 un observatoire des compétences congolaises à l’étranger, de créer un fonds d’investissement communautaire, afin de cartographier les profils et d’orienter la formation vers les besoins économiques et technologiques du marché national.

Un incubateur virtuel, développé avec l’appui technique d’ingénieurs de la diaspora aux États-Unis, devrait suivre, donnant accès à du mentorat et à des micro-financements en cryptomonnaie stable.

Dans sa feuille de route, la présidente évoque aussi la promotion des industries créatives, domaine stratégique pour une jeunesse portée par la mode, la musique et le numérique.

Brazzaville, Paris, et un horizon panafricain

Agnès Ounounou ne limite pas son action au Congo-Brazzaville; elle participe aux forums de l’Union africaine sur la migration et prépare une tournée de sensibilisation au Sénégal, au Ghana, au Rwanda et au Maroc.

Objectif : partager les bonnes pratiques de gouvernance diasporique et encourager les gouvernements à considérer leurs ressortissants de l’extérieur comme des partenaires stratégiques et civiques, non comme de simples bailleurs de fonds.

Si son agenda international s’étoffe, Agnès Ounounou garde la même boussole : bâtir des ponts solides, humains et durables, entre les cœurs qu’elle relie depuis plus de trente ans.

Impact mesuré, chiffres à l’appui

Selon un rapport interne du Haut Conseil, plus de 1 200 professionnels congolais de la santé, des TIC et de la finance ont été mobilisés en trois ans pour des missions de formation, générant l’équivalent de 3,5 millions d’euros de transferts de compétences.

« Nous ne voulons pas seulement quantifier les flux financiers, nous voulons mesurer la valeur immatérielle : mentorat, recherche conjointe, créativité partagée », insiste l’économiste congolais Didier Issoké, membre du comité scientifique de la Semaine l’Afrique des solutions.

Le jury a également salué la mise en ligne, durant la pandémie, d’une plateforme d’entraide psychologique, initiative qui a accompagné près de 5 000 Congolais isolés en Europe en leur fournissant écoute, orientation administrative et conseils de santé en partenariat avec des hôpitaux parisiens.

Un héritage en construction

Alors que le rideau tombait sur l’événement parisien, la lauréate a glissé une note d’espoir : « Notre responsabilité est collective ; ce prix ne doit pas être un aboutissement, mais un encouragement à amplifier l’action partout où bat un cœur congolais ».