Fatou Dieng électrise Station F avec Maket

Une financeuse devenue pionnière de la mode durable

Sur les quais de la Seine, la voix de Fatou Dieng résonne avec l’assurance des parcours non linéaires. Après dix ans dans la banque d’investissement, la Sénégalaise quitte Société Générale puis BNP Paribas pour répondre à un appel intérieur : rendre la mode plus équitable et plus verte.

« Je voulais prouver qu’une Africaine pouvait bâtir un modèle mondial sans renier ses racines », confie-t-elle. Cette intuition la pousse à plonger dans l’entrepreneuriat en 2017, là où l’innovation digitale rencontre un artisanat foisonnant, souvent invisibilisé sur les grands marchés.

Your PersonalShopper, premier pont digital

Son premier bébé, Your PersonalShopper, propose des sessions de shopping-live qui connectent consommateurs africains et enseignes internationales. Très vite, la plateforme devient l’adresse fétiche des fashionistas de Dakar, Lagos ou Abidjan en quête de pièces uniques dénichées à Paris, Milan ou New York.

Au-delà de l’achat, YPS orchestre des pop-ups éphémères et des collaborations transatlantiques. Résultat : des designers sénégalais foulent les podiums européens, tandis que les placards occidentaux se colorent de wax réinventé. La tech devient un trait d’union culturel, gommant les frontières logistiques.

Maket, l’audace circulaire made in Africa

Fidèle à cette passerelle, Fatou Dieng dévoile en 2024 Maket, une marketplace entièrement vouée à la seconde main premium. L’objectif est clair : démocratiser la mode circulaire tout en célébrant la créativité africaine, souvent éclipsée par la frénésie de la fast fashion.

Robes en bogolan, sacs en cuir de zébu ou tailleurs de coupes londoniennes y cohabitent. Chaque article est scruté, authentifié, puis expédié depuis des hubs partenaires à Dakar ou Paris. La plateforme s’appuie sur un algorithme maison qui optimise le prix juste et l’empreinte carbone de chaque expédition.

« Nous voulons que les garde-robes du monde nourrissent l’économie circulaire africaine plutôt que les décharges », explique l’entrepreneure, avant de rappeler que le marché mondial de la seconde main pourrait doubler d’ici 2030 selon ThredUp, offrant un boulevard aux marques responsables.

Station F, un tremplin stratégique

Cette vision lui ouvre les portes de l’incubateur HEC Paris à Station F, temple parisien des start-ups. Sélectionnée parmi 143 candidatures, elle devient l’une des deux femmes lauréates de la nouvelle promotion, et la première diplômée du programme Challenge+ Afrique à franchir ce seuil.

Pendant quatre mois renouvelables, Maket bénéficie de workshops experts, d’un mentorat rapproché et d’un réseau d’investisseurs friands d’impact. L’enjeu : industrialiser la logistique, fiabiliser les paiements transfrontaliers et préparer une levée de fonds destinée à mailler l’Afrique de points-relais durables.

Challenge+ Afrique, catalyseur de talents

L’aventure prend racine à Dakar fin 2023, quand Fatou intègre la première cohorte Challenge+ Afrique, portée par HEC Paris et la Délégation à l’Entrepreneuriat Rapide des Femmes et des Jeunes. Des bootcamps intensifs en management et finance aiguisent son modèle économique.

« Le parcours de Fatou illustre notre ambition d’accompagner des entrepreneurs à impact capables de transformer leur secteur », souligne Étienne Krieger, co-directeur académique du programme. Avec plus de trente ans d’existence en France, Challenge+ étend ainsi son empreinte en Côte d’Ivoire, au Sénégal et bientôt au Kenya.

Nouvelle ère pour la seconde main haut de gamme

À l’heure où les garde-robes se veulent plus responsables, Maket capture une aspiration générationnelle : acheter moins, mieux et local, sans sacrifier l’esthétique. Depuis Dakar, Fatou Dieng imagine déjà des centres de tri éco-certifiés et des partenariats avec les écoles de stylisme pour upcycler les invendus.

Son ambition, martelée à Station F, résonne comme un manifeste : faire de la seconde main africaine une référence internationale, au même titre que la haute couture parisienne. Si l’avenir appartient aux audacieux, la trajectoire de Fatou Dieng rappelle qu’il sourit aussi aux visionnaires qui pensent circulaire.