Coumba Bâ, l’art subtile du pouvoir féminin

Voix discrète du palais de Nouakchott

Dans les couloirs feutrés du palais présidentiel mauritanien, une silhouette élégante incarne cette autorité tranquille qui pèse autant qu’un décret. Coumba Bâ, médecin devenue stratège politique, murmure les messages du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à ses interlocuteurs africains.

Loin des flashes, la ministre-conseillère cultive la sobriété des gens sûrs d’eux. Sa mission : connecter Nouakchott à Abidjan, Brazzaville ou Kinshasa en glissant des enveloppes scellées et des sourires complices, éléments essentiels d’une diplomatie qui affectionne la confiance privée.

À cinquante-deux ans, elle demeure une énigme tamisée de rires, observée avec respect par ses pairs qui louent « son sens rare de l’équilibre » selon un conseiller de la présidence. Cet équilibre se forge très tôt, dans la vallée du Gorgol.

Parcours académique de Coumba Bâ

Fille d’un instituteur peul respecté, la jeune Coumba apprend que la connaissance protège mieux qu’un rempart. De Monguel à Niamey, puis d’Abidjan à Dakar, ses cahiers voyagent avec elle, marquant chaque étape d’une ambition déterminée mais silencieuse.

En 1998, elle soutient à Abidjan un doctorat en chirurgie dentaire consacré à la santé bucco-dentaire de 432 collégiens nouakchottois. Derrière les statistiques se profile déjà son intérêt pour la santé publique et la logistique de terrain, deux atouts précieux en politique.

De retour à Nouakchott, la praticienne alterne cabinet et campagnes de prévention contre le VIH/SIDA. Les salles de classe remplacent les ministères, mais elle découvre le pouvoir de l’écoute communautaire et la négociation discrète avec les notables locaux.

Ascension politique à Nouakchott

Le tournant survient en 2005, lorsqu’elle franchit pour la première fois le seuil de la présidence comme conseillère. « Son profil technique rassurait, son sens diplomatique étonnait », se souvient un ancien collaborateur, encore admiratif de sa méticulosité.

Durant la campagne de 2007, elle sillonne Lomé, Cotonou et Libreville pour rallier des soutiens au candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Ce marathon aérien affine son réseau continental et révèle son agilité à naviguer entre États et partis parfois opposés.

Nommée chargée de mission, elle participe aux négociations de Dakar en 2008 avec un franc-parler rare. Face aux diplomates chevronnés, elle oppose des notes manuscrites et une mémoire sans faille, gagnant une réputation d’inflexible entremetteuse du consensus national.

Diplomatie mauritanienne au féminin

Entre 2009 et 2018, Coumba Bâ prend tour à tour les rênes de portefeuilles aussi variés que la Fonction publique, la Jeunesse ou les Affaires africaines. Chaque passation lui ouvre de nouveaux leviers qu’elle manie avec un souci constant de l’équilibre régional.

Sa confiance auprès des chefs d’État mauritaniens successifs devient légendaire. Des journalistes rappellent cet échange public, presque taquin, avec Mohamed Ould Abdel Aziz, preuve qu’elle sait conjuguer respect protocolaire et complicité, un mélange qui adoucit parfois les angles les plus vifs du pouvoir.

Fluente en français, arabe et anglais, elle se coule dans chaque ambiance diplomatique avec l’aisance d’une polyglotte avertie. Un ancien ministre la décrit comme « une passerelle », capable de traduire non seulement des langues, mais surtout des sensibilités politiques divergentes.

Mission spéciale à l’OIF en 2024

En 2024, la présidence lui confie un rôle sur-mesure : envoyée spéciale auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie. Elle porte des lettres personnelles destinées à Alassane Ouattara, Denis Sassou-Nguesso ou Félix Tshisekedi, incarnation vivante d’une diplomatie cousue main.

Son carnet d’adresses, nourri de quinze années de rencontres, facilite un accès direct aux chefs d’État. « Elle n’a pas besoin d’escorte pour être reçue en priorité », commente un diplomate ivoirien, admiratif de cette capacité à créer un lien presque familial.

À Brazzaville, sa visite s’achève souvent par une conversation informelle sous les manguiers du palais présidentiel, reflet d’une confiance partagée. Ces moments hors caméras participent à consolider les ponts entre la Mauritanie et le Congo, au bénéfice d’une coopération apaisée.

Modèle d’empowerment en Afrique

Coumba Bâ refuse pourtant l’étiquette de « femme forte ». Elle préfère évoquer « l’équipe » qui l’entoure, citant régulièrement les secrétaires et chauffeurs qui rendent possible chaque déplacement. Humilité stratégique, disent ses proches, car elle sait qu’aucune victoire n’est jamais solitaire.

Mère d’une famille que l’on dit complice, elle jongle entre la préparation d’un dîner et un appel crypté avec Addis-Abeba. Ce mélange de quotidien et de géopolitique fascine la jeune génération mauritanienne qui voit en elle une preuve lumineuse d’ascension méritocratique.

À l’heure où les diplomaties africaines se féminisent, son parcours démontre qu’expertise technique et intuition culturelle peuvent cohabiter. Ses pairs citent son mantra : « comprendre avant de convaincre ». À Nouakchott, cette formule est devenue le mot d’ordre d’une école informelle de leadership.

Perspectives régionales

À court terme, elle se prépare à accompagner la prochaine conférence de l’OIF, étape décisive pour positionner la Mauritanie comme trait d’union francophone. Observateurs et étudiantes attendent avec curiosité de voir jusqu’où cette conseillère au pas feutré redéfinira les contours d’une influence africaine concertée.