La marée plastique à Songolo
Dès l’aube, les vagues de Songolo ramènent leur lot de bouchons, filets et emballages jetables. Sur un kilomètre, le sable blond semble parsemer de confettis colorés, trahissant une pollution diffuse qui menace la faune marine autant que l’attrait touristique du littoral congolais.
Le 19 septembre, cette image a changé : près d’une tonne de déchets plastiques a été soustraite aux flots en seulement quelques heures. Le chiffre, annoncé par l’équipe logistique de Rénatura-Congo, illustre aussi bien l’ampleur du problème que la puissance d’une action concertée.
Une mobilisation citoyenne inédite
Plus de cent volontaires, dont des enfants de cinq ans, ont répondu à l’appel. Venus des associations Human Empress, Climate Éducation Congo ou encore des Scouts et Guides du Congo, ils ont travaillé main dans la main avec des salariés d’entreprises partenaires pour tamiser le sable sac après sac.
Armés de gants et de râteaux, les participants ont rempli des big-bags alignés comme des boucliers sur la dune. « Nous sommes satisfaites de cette participation et de ce résultat, même si une seule opération ne suffira pas à éradiquer la pollution plastique », a confié Destie Issanga, chargée de communication de Rénatura-Congo (source).
Pour Ephraïm Moussavou, chef de groupe des Scouts, l’enjeu dépasse la journée : « Cette plage est notre maison commune. Respecter l’océan, c’est nous respecter nous-mêmes » (source). Son message, relayé sur les réseaux sociaux, a stimulé de nouveaux bénévoles pour les prochaines campagnes.
Rénatura-Congo, gardienne du littoral
Implantée depuis deux décennies, l’Ong est d’abord connue pour la protection des tortues marines qui viennent pondre entre Cote Sauvage et Menga. Elle a peu à peu élargi son spectre, reliant biodiversité et condition humaine dans un seul récit : celui d’une Côte cohésive et résiliente.
Ses ateliers d’éducation environnementale sillonnent les écoles de Pointe-Noire. Les élèves découvrent le cycle d’une bouteille jetée derrière la cour : poussée par le vent, elle roule vers le caniveau, glisse dans le fleuve et finit dans l’Atlantique. Chaque ramassage devient alors une leçon vivante.
Le cycle vertueux du recyclage local
Les déchets ramassés à Songolo ne sont pas relégués en décharge. Ils sont remis à la Société de logistique environnementale (Sle), partenaire de Rénatura, qui les trie, broie puis réinjecte la matière dans une chaîne de recyclage nationale.
Bidons translucides, bouchons ou filets deviennent granulés, ensuite transformés en pavés, en mobilier urbain ou en articles ménagers. Cette boucle, encore embryonnaire, prouve qu’une économie circulaire peut germer à Pointe-Noire, réduire l’empreinte carbone des importations plastiques et créer des emplois locaux.
Sensibiliser pour transformer les habitudes
Sur le terrain, Destie Issanga insiste : « À chacun de faire attention aux plastiques à usage unique ». L’appel vise notamment les pique-niques dominicaux très prisés par les Ponténégrins, où sachets, gobelets et pailles abondent avant de s’éparpiller avec la marée montante.
Rénatura-Congo mise sur la pédagogie plutôt que la culpabilité. Ses tentes d’information, installées près des paillotes, exposent des alternatives : gourdes réutilisables, sacs tissés localement, tri sélectif à domicile. Les passants, curieux, comparent les coûts et découvrent que la durabilité peut aussi rimer avec économies.
La présence des plus jeunes lors du ramassage est volontaire. En manipulant des déchets plus grands qu’eux, les enfants mesurent la portée directe de leurs gestes. Le souvenir de sacs débordant nourrit un réflexe durable qu’aucune affiche ne pourrait ancrer aussi profondément.
Vers une économie bleue durable
Les plages propres renforcent l’attractivité touristique de Pointe-Noire, moteur économique stratégique pour la République du Congo. Les autorités locales, qui soutiennent la Journée mondiale du nettoyage, envisagent d’étendre ces opérations à l’ensemble du littoral, associant communes, entreprises et organisations de la société civile.
En attendant, Songolo reflète déjà un futur désirable : celui d’une ville portuaire où citoyens, Ong et partenaires privés se fédèrent pour donner une seconde vie au plastique. À chaque marée, la vigilance se poursuit, preuve qu’un océan protégé commence souvent par un simple geste sur le sable.










