Julia-Bouya: un torrent de soins pour Brazzaville

Un don qui redonne souffle aux quartiers nord

Brazzaville s’est éveillée, le 19 septembre, sous le signe du partage. Dans les locaux immaculés du Centre de santé intégré Marien-Ngouabi, une délégation chamarrée déposait des cartons scellés. Les boîtes alignées sur les tables promettaient davantage qu’une simple générosité: elles parlaient de vie.

Le geste portait la signature discrète mais tenace de la Fondation Julia-Bouya, représentée par Dorel Eyobelé. Quatre ans après le décès de l’infatigable militante, sa mémoire irrigue encore les quartiers populaires où l’accès aux médicaments reste un défi quotidien.

Talangaï et Moungali, deux arrondissements densément peuplés, bénéficient de cette première livraison: antalgiques, antibiotiques, solutés, mais aussi kits de santé maternelle et infantile. Chaque contenu a été défini en concertation avec les praticiens afin de répondre aux pathologies les plus recensées dans les registres.

Prévenir plutôt que guérir

« Notre priorité reste la prévention », explique le docteur Aimée Obili, médecin-chef du CSI Marien-Ngouabi. « Un kit de fer injectable peut éviter une anémie fatale durant la grossesse. Une simple seringue d’ampicilline sauve un nouveau-né. » Dans les couloirs, des mères approuvent, silencieuses.

L’héritage vivant de Julia Bouya

La Fondation, lancée officiellement en 2022, se veut une réponse à l’appel d’une femme qui rêvait d’égalité sanitaire. Julia Bouya, diplômée en management social, sillonnait jadis les villages pour distribuer moustiquaires et brochures, convaincue que l’information vaut parfois plus qu’une ordonnance.

Son décès en 2019, des suites d’une courte maladie, a galvanisé ses proches. « Ne laissons pas s’éteindre la flamme », martelait alors son frère Guy. Deux ans plus tard, la structure philanthropique obtenait son immatriculation et définissait des axes clairs: santé, éducation, autonomisation rurale.

Des actions concrètes aux résultats mesurables

Depuis, les actions s’enchaînent. On se souvient des fauteuils roulants offerts à l’école des enfants sourds de Makélékélé, ou de la construction d’un poulailler coopératif dans la Cuvette afin de sécuriser les revenus des femmes maraîchères. Chaque programme vise l’impact direct et mesurable.

Le don pharmaceutique s’inscrit, quant à lui, dans une conjoncture mondiale où les chaînes d’approvisionnement restent fragiles. Au Congo-Brazzaville, certains principes actifs accusent encore des ruptures saisonnières. Les ONG suppléent une solvabilité hospitalière mise à rude épreuve par l’inflation et les coûts logistiques.

Soulager le budget des familles

En livrant plus de deux cents boîtes d’amoxicilline, la Fondation contribue à réduire le délai d’attente des familles. La plupart dépensent près de quatre mille francs CFA pour l’achat d’un antibiotique simple. Dans un foyer modeste, cette somme équivaut à plusieurs jours de repas.

La journée s’est poursuivie au CSI de Moukondo, inauguré en 1987 mais récemment rénové. Les néons bleutés éclairaient les cartons de compresses, de seringues stériles et de solutés glucosés. « Nous pourrons faire face aux paludismes graves jusqu’à la fin de la saison des pluies », se réjouit l’infirmier-major.

Synergie avec les autorités sanitaires

Cette synergie entre société civile et pouvoirs publics s’appuie sur une philosophie de partenariat. Les délégations sanitaires départementales ont assuré la dispense des frais de dédouanement, tandis que la Fondation fournit la logistique interne. Les deux parties espèrent ainsi renforcer la couverture sanitaire universelle prônée par l’État.

« Nous n’agissons pas en substitution, mais en complémentarité », précise Dorel Eyobelé. Des mots qui résonnent au-delà de la salle d’attente. En renforçant les stocks, l’organisation soutient aussi le personnel, souvent contraint de refuser des ordonnances. L’impact psychologique d’un simple « oui » reste inestimable.

Feuille de route 2024 : santé, éducation, agro-écologie

Si la santé demeure le socle, l’éducation figure déjà sur la feuille de route 2024. La Fondation finalise un programme de bourses destiné aux jeunes filles scientifiques. L’initiative sera lancée à Oyo, ville natale de Julia Bouya, afin de rappeler la force de l’exemple local.

Dans le même esprit, un centre de formation en agro-écologie est annoncé dans la Cuvette pour renforcer la résilience climatique des agricultrices. Les autorités départementales ont déjà attribué un terrain. La perspective d’une filière biologique congolaise séduit les marchés urbains en quête de produits responsables.

Traçabilité et rigueur pharmaceutique

Revenir aux dons pharmaceutiques, c’est rappeler l’importance cruciale de la planification. Chaque lot remis aux deux CSI comprend une fiche de traçabilité et un protocole d’utilisation. Les équipes pourront renseigner les codes barres dans la base de données nationale, gage de transparence et de suivi épidémiologique.

Femmes engagées, communautés renforcées

Pour les femmes rencontrées ce jour-là, le don a pris la forme d’un espoir concret. Thérèse, 27 ans, enceinte de sept mois, repart avec un carnet prénatal flambant neuf et une boîte d’acide folique. « Je me sens protégée », confie-t-elle, le regard lumineux malgré la fatigue.

Objectif production locale et seconde livraison

Au crépuscule, les cartons vides s’empilent. Reste la conviction collective que la solidarité féminine peut réparer bien des fractures. La Fondation Julia-Bouya annonce déjà un second acheminement avant décembre. Entre logistique médicale et chaleur humaine, une chaîne invisible continue de tresser la santé du Congo.

Les partenaires privés sont invités à rejoindre l’aventure. La Fondation entame un road-show auprès des laboratoires locaux pour garantir, à terme, une production générique made in Congo.