Brazzaville, le réveil citoyen des femmes
Sous un soleil tamisé d’harmattan, le siège fédéral du Parti congolais du travail, à Mpila, ne désemplit pas. Ce mardi 19 septembre, des centaines de femmes ont traversé rues et ruelles pour répondre à l’appel de Charlotte Opimbat, présidente de l’Organisation des femmes du Congo.
Le visage serein, la parlementaire a résumé l’objectif : inscrire massivement la gent féminine sur les listes électorales révisées et rappeler l’importance d’une contribution financière responsable avant le sixième congrès ordinaire du parti, prévu dans quelques semaines, dans la capitale et au-delà, un rendez-vous surveillé par tous les observateurs.
Autour d’elle, un dispositif original a été imaginé : cent militantes par arrondissement deviennent ambassadrices de proximité. Ces directrices de campagne improvisées ont reçu la mission de convaincre voisines, commerçantes et étudiantes de franchir la porte du centre d’enrôlement avant l’expiration du calendrier officiel.
« Si nous voulons peser dans le débat national, notre première carte est celle de l’électrice », a justifié Charlotte Opimbat devant un parterre attentif. Son message renoue avec l’appel républicain de participation citoyenne que relaie régulièrement le secrétaire général du PCT, Pierre Moussa.
Révision des listes électorales
La révision des listes électorales, ouverte au début du mois, s’effectue dans les mairies et commissariats. Pour des femmes aux emplois du temps chargés, la distance ou l’attente deviennent des obstacles réels. D’où la stratégie de micro-mobilisation quartier par quartier pour mutualiser informations et déplacements.
À Ouenzé, arrondissement populeux de la capitale, Sylviana Okoua Oko confirme le mot d’ordre. Responsable de l’organisation au sein du comité local, elle a affrété un bus municipal afin de conduire, en une matinée, plusieurs dizaines d’adhérentes jusqu’aux guichets d’enrôlement.
« Certaines pensaient que leur ancien récépissé suffisait. Nous leur avons expliqué la nécessité de vérifier l’orthographe des noms ou les changements d’adresse », raconte-t-elle, soulignant que le parti souhaite garantir des scrutins sereins et transparents, dans l’esprit des orientations gouvernementales.
Cotisations pour le 6e congrès du PCT
Au-delà de l’acte civique, la séance de Mpila a introduit un autre dossier : la cotisation spéciale exigée pour soutenir logistique et animation du prochain congrès. L’expression imagée « l’argent appelle l’argent » a déclenché quelques rires complices, sans masquer l’enjeu budgétaire.
Les militantes de base verseront cinq cents francs CFA, tandis que les responsables de comité s’acquitteront de cinq mille francs. Ce principe d’effort proportionné vise, selon la présidente, à rappeler que l’autonomie financière renforce la crédibilité des structures féminines du PCT.
Date butoir : 15 octobre. À cette échéance, les différentes souscriptions doivent parvenir au secrétariat fédéral afin d’être consolidées. Un suivi hebdomadaire est prévu, chaque arrondissement transmettant rapports et justificatifs pour garantir traçabilité et discipline, valeurs défendues de longue date par l’Organisation des femmes du Congo.
Pour beaucoup, ce calendrier financier se révèle opportun. Il intervient après la rentrée scolaire, période durant laquelle les dépenses familiales atteignent leur pic. « Nous avons encore trois semaines pour économiser, vendre quelques maniocs, coudre deux pagnes », confie une commerçante de Moungali, confiante.
La dynamique de terrain à Ouenzé
Au fil des interventions, les enjeux dépassent la politique partisane. Les oratrices évoquent alphabétisation numérique, entrepreneuriat ou accès aux soins de reproduction. Chaque thème renforce l’idée que la citoyenneté se nourrit aussi de droits sociaux concrets, particulièrement pour les femmes de quartiers périphériques.
L’ambiance reste conviviale. Entre deux prises de parole, un groupe entonne une chanson traditionnelle en lingala, reprise en chœur par les plus jeunes. Les mains se lèvent pour filmer la scène, preuve que la mémoire collective se partage désormais autant sur les réseaux que dans la cour.
Cette mobilisation féminine s’inscrit dans la longue tradition d’implication politique des Congolaises, de la Conférence nationale souveraine à la récente parité législative. Les leaders soulignent que chaque génération ajoute sa pierre, parfois modeste, à la construction d’institutions inclusives et stables.
Pour le politologue Arsène Bakana, présent en observateur, l’opération illustre « un sens aigu de l’organisation communautaire ». Selon lui, les mouvements féminins du Congo-Brazzaville constituent « un relais indispensable entre la base et l’élite, surtout dans les périodes charnières comme les révisions électorales ».
Diaspora et nouvelles synergies
Le regard extérieur de la diaspora enrichit le tableau. Installée au Canada, la jeune Sephora Okoumou découvre pour la première fois une réunion de l’OFC. Séduite par l’énergie collective, elle envisage d’adhérer dès sa prochaine visite, convaincue que « la communauté fait avancer les choses ».
Sa prise de parole résonne comme un pont entre générations et continents. Plusieurs participantes lui proposent d’animer à distance des sessions virtuelles de mentorat pour étudiantes, preuve que les nouvelles technologies réduisent les frontières et démultiplient les possibilités de solidarité féminine.
Au terme de trois heures d’échanges, chacune regagne son quartier avec feuille de route et chanson en tête. Dans la moiteur de Brazzaville, la mobilisation féminine s’écrit au présent, déterminée à transformer chaque carte d’électrice, chaque franc cotisé, en avenir partagé et responsable.










