Joyau méditerranéen sous projecteurs
Sous le soleil doux de la Méditerranée, l’île de Djerba prépare un rendez-vous culturel qui fait déjà bruisser les ruelles parfumées au jasmin. Du 5 au 7 septembre, les Djerba World Heritage Days reviennent pour magnifier un patrimoine désormais couronné par l’UNESCO.
Portée par le collectif Zomita et l’Association pour la Sauvegarde de l’Île de Djerba, la deuxième édition ambitionne de dépasser la simple célébration. Elle transforme l’archipel tunisien en laboratoire d’expériences, reliant habitants, voyageurs et chercheurs autour d’un même désir : préserver l’âme insulaire authentique et fragile.
Parcours guidés et savoir-faire vivants
Dès l’aube, des itinéraires guidés serpentent entre les coupoles blanches des mosquées ibadites, les mosaïques romaines du musée de Guellala et les souks chamarrés de Houmt Souk. Les visiteurs goûtent à la lenteur djerbienne tout en écoutant les anecdotes qu’artisans et anciens glissent à voix basse aux curieux.
Au cœur des médinas, des ateliers participatifs invitent les plus téméraires à modeler l’argile rouge, tracer des volutes de calligraphie ou sertir une céramique. Chaque geste, parfois maladroit, devient une déclaration d’amour à des techniques héritées de femmes potières ou de maîtres décorateurs.
Expositions à ciel ouvert
Les ruelles se métamorphosent ensuite en galeries éphémères. Photographies grand format, installations de fibres de palmier et fresques collectives racontent une île plurielle : caravanière, juive, amazighe et arabe. Sous chaque image affleure la question des défis contemporains, du climat au tourisme responsable qui s’impose.
Plusieurs artistes en résidence, dont la Tunisienne Aïcha Snoussi et la Franco-Sénégalaise Delphine Diallo, puisent dans les mythes locaux pour créer des œuvres in situ. Leurs recherches croisent les légendes des Lotophages et les naufrages modernes, offrant à Djerba un miroir poétique et irrévérencieux à souhait.
Laboratoire d’idées pour le patrimoine
Mais l’esprit des Heritage Days se nourrit aussi de réflexion. Sous les voûtes fraîches d’un caravansérail ou dans une école rénovée, chercheurs, architectes et acteurs associatifs débattent de la gestion de l’eau, de la transmission des savoirs et des financements innovants pour le patrimoine local.
Lors d’une table ronde, l’anthropologue Leïla Souissi rappelle que « conserver une mosquée ou un moulin, c’est surtout sauvegarder un mode de vie ». Son intervention résonne avec celle du jeune urbaniste Ilyes Ben Fredj, pour qui un tourisme maîtrisé peut devenir moteur d’inclusion sociale durable et équitable.
Des nuits musicales cosmopolites
À la tombée du jour, les premiers accords de malouf s’élèvent de la place du Lavoir. Les oud répondent aux saxophones, faisant danser résidents et visiteurs. La scène célèbre une Méditerranée tissée d’influences africaines, andalouses et levantines multiples et harmonieuses.
Plus tard, la cour d’une houch convertie en théâtre intimiste accueille la voix cristalline de la chanteuse Ghalia Benali. Sous les étoiles, son répertoire soufi se mêle aux boucles électro du producteur congolais Rey Sapienz, rappelant l’universalité des musiques de transe ancestrales.
Festival éco-responsable
Au-delà de la fête, le festival mise sur des actions concrètes. Des gobelets consignés remplacent le plastique, tandis que les déplacements entre sites s’effectuent en vélos électriques fournis par une start-up locale dirigée par trois jeunes ingénieures diplômées de l’université de Sfax depuis 2019.
Le maire de Houmt Souk, Meher Sadaoui, souligne que ces choix reflètent la feuille de route municipale pour une île « verte et inclusive ». Il espère que la dynamique mobilisera aussi la diaspora djerbienne, réputée pour ses investissements dans l’artisanat et l’hôtellerie durable locale croissante également.
Transmission aux nouvelles générations
Dans les écoles, des médiatrices culturelles animent des séances de réalité virtuelle. Les enfants visitent la synagogue de la Ghriba ou la forteresse Ghazi Mustapha sans quitter leur salle de classe, avant de reproduire un décor géométrique sur des tote-bags réutilisables ensuite.
Cette transversalité enthousiasme la sociologue Salma Arfaoui, qui voit naître « un tourisme éduqué, plus soucieux du tissu social que de la seule carte postale ». Selon elle, la clé réside dans la capacité à associer femmes, jeunes et artisans aux décisions majeures locales et collectives.
Un modèle pour la Méditerranée
À l’heure où plusieurs villes méditerranéennes peinent à concilier protection et développement, Djerba offre ainsi une esquisse d’équilibre. Le festival, modeste par sa durée, agit comme un concentré d’initiatives qui pourraient inspirer d’autres territoires insulaires de l’Afrique du Nord et au-delà également.
Informations pratiques et esprit d’ouverture
Pour le public, l’accès reste gratuit, un choix politique qui rappelle que le patrimoine doit d’abord nourrir ceux qui l’habitent. Le programme détaillé se consulte sur zomita.org, mais nombreux sont ceux qui préfèrent se laisser surprendre, guidés par les parfums d’huile d’olive et de harissa douce locale.
Écho durable
Qu’il s’agisse de tendre l’oreille à un conteur ou d’observer une potière, les Djerba World Heritage Days promettent trois jours d’émerveillement. La perle du Sud tunisien rappelle ainsi que la modernité peut rimer avec mémoire, pour peu qu’on prenne le temps d’écouter.
À l’issue de ces journées, les échos de Djerba résonneront bien au-delà des rivages, invitant chacun à réinventer son rapport au patrimoine.










