Cap sur la transparence financière
À Tunis, la rentrée économique de 2025 s’ouvre sur une annonce jugée déterminante par les opérateurs : le Conseil du marché financier scelle une alliance inédite avec l’Ordre des experts-comptables pour renforcer la supervision d’un courtage en pleine mutation.
L’objectif affiché, volontiers ambitieux, consiste à hisser la qualité de l’information financière au rang de levier stratégique, gage de confiance pour les investisseurs locaux et internationaux, mais aussi instrument de stabilité pour un marché des capitaux encore sensible aux volatilités externes.
Un partenariat public-professionnels
Dans une réunion conjointe tenue le 22 août, le président du CMF, Salah Essayel, a rappelé que la transparence ne saurait être une simple proclamation réglementaire : elle requiert une architecture d’audit exigeante, appuyée sur des commissaires aux comptes strictement alignés sur les normes internationales.
L’Ordre des experts-comptables partage ce diagnostic et entend encadrer davantage ses membres par une note d’orientation qui détaillera, dès le premier trimestre 2026, les attentes techniques relatives aux sociétés de courtage, désormais considérées comme institutions d’intérêt public.
Cette classification renforce l’obligation de surveillance, notamment sur la gestion fiduciaire des avoirs clients, la robustesse du contrôle interne et le respect permanent des ratios prudentiels qui, s’ils venaient à se dégrader, pourraient provoquer un choc systémique difficilement absorbable par l’écosystème financier tunisien.
Sociétés de courtage sous la loupe
Au-delà du risque, le partenariat vise aussi la comparabilité des données, enjeu souvent sous-estimé dans les économies émergentes : un référentiel comptable sectoriel, élaboré avec le Conseil national de la comptabilité, fournira une grille homogène pour l’ensemble des intermédiaires boursiers.
Les états financiers arrêtés au 31 décembre 2025 seront pour la première fois mis en ligne sur le portail officiel du CMF, rendant leur consultation possible en temps réel par les analystes et permettant aux agences de notation de réviser rapidement leurs modèles de risque souverain.
Calendrier et mesures phares 2025
Cette publication généralisée s’inscrit dans les standards de l’Organisation internationale des commissions de valeurs, à laquelle Tunis souhaite se rapprocher davantage afin de favoriser la reconnaissance mutuelle des régulateurs et réduire le coût de levée de capitaux pour les émetteurs nationaux.
Un programme d’inspection ciblé démarrera parallèlement. Les équipes mixtes du CMF et de l’Ordre sonderont les écritures relatives aux flux clients, examineront les tests de résistance informatique et vérifieront l’adéquation des fonds propres avec le profil de risque de chaque maison de courtage.
Pour Salah Essayel, cette approche proactive est destinée à « détecter précocement les fragilités plutôt qu’à sanctionner ex post », insistant sur l’importance d’une culture de la conformité partagée, où le dialogue prévaut sur la logique purement coercitive héritée des années 1990.
Voix d’experts et impact sociétal
Les experts-comptables, souvent perçus comme observateurs silencieux, voient leur rôle revalorisé. Leur compétence technique devient un facteur politique de premier plan car, en refinançant leurs obligations via le marché, les entreprises tunisiennes devront convaincre des investisseurs de plus en plus exigeants sur la traçabilité des chiffres.
Plusieurs directeurs financiers interrogés estiment que la réforme pourrait abaisser de cinquante points de base la prime de risque appliquée aux émissions obligataires nationales, « si la discipline d’information se confirme pendant deux exercices consécutifs », souligne une source bancaire préférant garder l’anonymat.
Dimension régionale et comparaisons
Au-delà des frontières, Rabat et Le Caire observent l’expérience tunisienne avec intérêt, chacune de ces places cherchant à moderniser sa surveillance sans alourdir la charge réglementaire. Des échanges techniques pourraient s’intensifier, préfigurant une convergence normative maghrébine inédite.
Pour les diplomates économiques européens, la démarche traduit « la volonté de Tunis de consolider son ancrage dans les standards internationaux tout en préservant sa souveraineté de régulation ». Cet équilibre séduit les bailleurs, qui conditionnent leurs lignes de crédit à la qualité du reporting.
Un chantier à suivre
La formation constitue l’autre pilier du dispositif. Un cursus commun CMF-Ordre sera lancé auprès des jeunes auditeurs afin de diffuser les bonnes pratiques IFRS, la maîtrise des stress tests et les rudiments de cybersécurité, maillon désormais incontournable de la chaîne de confiance.
Les universités tunisiennes, partenaires académiques du projet, adapteront leurs maquettes pédagogiques pour introduire des modules d’analyse de données boursières. Cette mise à jour devrait soutenir l’employabilité des diplômés et répondre à la demande grandissante de profils hybrides finance-technologie.
Le succès du programme dépendra toutefois de la capacité de chaque acteur à internaliser les nouvelles règles. Dans un environnement budgétaire contraint, la tentation de différer certains investissements technologiques existe, mais le régulateur cherche à amortir le choc par une mise en oeuvre graduelle.
En rapprochant le contrôle légal et la régulation boursière, Tunis tente d’esquisser un modèle conciliant protection de l’épargnant et attractivité des marchés. Les prochains bilans certifiés diront si cette ambition trouve sa traduction chiffrée, ouvrant peut-être une nouvelle ère de confiance régionale.










