Bière tunisienne : comment SFBT gagne plus en vendant moins

Un semestre sous le signe de la rentabilité

Le tableau publié par la Société de Fabrication des Boissons de Tunisie surprend. Au 30 juin 2025, le bénéfice net atteint 169,6 millions de dinars, soit un bond de 10 % par rapport à la même période de 2024, malgré un environnement commercial moins porteur.

Cette performance intervient alors que le chiffre d’affaires recule de 2,5 % à 357,8 millions de dinars. Autrement dit, la société a su dégager davantage de profit en vendant moins, un paradoxe rarement observé dans l’industrie brassicole depuis la crise sanitaire.

La direction, jointe par téléphone, évoque « un pilotage fin des intrants et une discipline budgétaire renforcée ». Dans un marché fortement fiscalisé et soumis à la concurrence des importations informelles, cet ajustement apparaît stratégique pour préserver la marge.

La mécanique financière derrière la performance

Les états financiers montrent une baisse de 10,6 millions de dinars des charges d’exploitation, principalement imputable à la réduction des achats de marchandises et d’approvisionnements. Les volumes d’orge et de sucre importés ont été optimisés grâce à des contrats d’achats groupés négociés fin 2024.

Le directeur financier rappelle que l’entreprise bénéficie d’un parc d’énergies renouvelables couvrant 15 % de sa consommation électrique ; l’économie réalisée sur les factures d’énergie amortit en partie la hausse du coût du travail et des taxes parafiscales.

SFBT a également profité d’un gain de change, le dinar s’étant apprécié de près de 3 % face à l’euro sur la période. Les paiements d’intérêts sur la dette, libellée en devise européenne, ont ainsi reculé, améliorant la ligne résultat financier.

Pression sur le chiffre d’affaires, levier sur les coûts

La contraction du chiffre d’affaires reflète un léger reflux des volumes écoulés, conséquence de la modération du pouvoir d’achat local. La hausse des taxes spécifiques sur l’alcool, entrée en vigueur en janvier, a mécaniquement renchéri le prix final pour le consommateur.

Face à cette pression, l’entreprise a privilégié le maintien de parts de marché plutôt qu’une politique agressive de relèvement des tarifs. Les promotions ciblées, diffusées pendant le Ramadan et la saison estivale, ont permis de soutenir la demande tout en limitant l’érosion des marges.

En parallèle, la digitalisation des chaînes logistiques, amorcée il y a deux ans, continue de porter ses fruits : taux de rupture inférieur à 2 % et réduction de 12 % des frais de transport, selon un audit interne.

Capex, stratégie et marché domestique

Malgré la prudence ambiante, les investissements n’ont pas été sacrifiés. SFBT a consacré 35 millions de dinars à la modernisation de ses lignes de mise en canette et à l’extension de l’usine de Grombalia, destinée à la production de boissons sans alcool.

Ces dépenses visent à capter la croissance structurelle des soft-drinks, segment moins exposé aux fluctuations réglementaires que la bière. Les analystes de la place de Tunis anticipent une progression annuelle de 4 % des volumes de soda jusqu’en 2027.

« Nous voulons rester agiles sur les préférences des jeunes urbains », explique le directeur marketing, qui planche sur une nouvelle gamme à base d’extraits naturels. Le lancement, prévu pour le dernier trimestre, devrait soutenir la saison haute de fin d’année.

Des observateurs attentifs au signal prix

La communauté financière salue la capacité de SFBT à protéger son résultat opérationnel, passé de 79,3 à 80,3 millions de dinars. Le marché y voit la confirmation qu’une politique de maîtrise des coûts peut compenser une conjoncture plus molle.

Pour l’économiste Feriel Bouslama, la discipline affichée par le groupe envoie « un signal prix majeur à ses fournisseurs et aux distributeurs ». En d’autres termes, la chaîne de valeur entière est incitée à une plus grande efficacité pour préserver sa rentabilité collective.

À la Bourse de Tunis, l’action SFBT progresse de 6 % depuis la publication des comptes. Le titre reste néanmoins valorisé à un multiple bénéfice prudent de 14, reflet d’un consensus qui table sur une normalisation des marges d’ici deux ans.

Perspectives : prudence et opportunités

La direction prévoit un second semestre comparable, marqué par la poursuite de l’optimisation des achats et la montée en régime des nouvelles lignes sans alcool. L’objectif non officiel serait une marge nette annuelle supérieure à 22 %, contre 20,7 % en 2024.

Les risques ne manquent pas : inflation importée, météo capricieuse et éventuelle nouvelle hausse des accises. Toutefois, la solidité du bilan – trésorerie nette positive et gearing quasi nul – offre à l’entreprise la flexibilité nécessaire pour absorber les chocs.

À moyen terme, l’ouverture progressive des frontières libyennes pourrait offrir un eldorado d’exportation. Déjà, des tests logistiques ont été réalisés vers Tripoli. SFBT s’inscrit ainsi dans la recomposition régionale des marchés, prête à transformer la gestion rigoureuse du présent en relais de croissance durable.