Brazzaville célèbre l’année de la jeunesse
Au soir du 26 juillet, l’esplanade du Palais des congrès de Brazzaville s’est métamorphosée en agora continentale. Deux cent cinquante artistes, principalement issus de la scène congolaise mais rejoints par le groupe malien Kora Jazz, y ont livré un spectacle de deux heures marquant la clôture de la douzième édition du Festival panafricain de musique. Sur le thème consacré par l’Union africaine à « l’année de la jeunesse », danseurs, slameurs et acrobates ont déployé un foisonnement esthétique dont la variété répondait à la pluralité linguistique et culturelle du continent.
La présence du chef de l’État, Denis Sassou Nguesso, accompagné de la première dame, conférait à la soirée une tonalité institutionnelle certaine. Le protocole républicain, loin de figer l’atmosphère, a plutôt souligné la fonction désormais stratégique de la culture dans les relations internationales du Congo. L’assistance réunissait plusieurs membres du gouvernement, les présidents des deux chambres du Parlement, ainsi qu’un corps diplomatique attentif, illustrant la capacité du Fespam à fédérer, le temps d’une scène, sphère politique, communauté artistique et opinion publique.
Un dispositif artistique au service de l’unité
Enchaînant pas de rumba, chorégraphies hip-hop, danses traditionnelles bantoues ou mandingues et séquences de slam, le spectacle a volontiers brouillé les frontières génériques pour mieux célébrer l’idée pan-africaine. « Nous avons voulu dire que la jeunesse n’est pas un mot, mais un souffle capable de faire tomber les murs », a plaidé la slameuse Mariusca Moukengue, ovationnée après son poème adressé « aux bâtisseurs silencieux des capitales africaines ». Le chorégraphe Gervais Tomadiatunga, pour sa part, a revendiqué le choix d’un langage hybride mêlant folklore et gestes urbains, « parce que le futur n’annule pas la tradition, il la prolonge ».
À travers ces filiations revendiquées, le Fespam confirme son rôle de laboratoire où les jeunes créateurs éprouvent des formes artistiques susceptibles de transcender les clivages internes et d’offrir une narration continentale partagée. Les messages d’unité, de paix et d’espérance, récurrents dans les refrains et les interludes poétiques, se présentent moins comme des injonctions que comme des propositions esthétiques. La mise en scène orchestrée par la direction artistique visait ainsi à installer une dramaturgie commune – celle de la coexistence harmonieuse – plutôt qu’un simple catalogue de prestations.
La rumba congolaise, trait d’union diplomatique
Inscrite en 2021 au patrimoine immatériel de l’UNESCO, la rumba congolaise occupe désormais une place cardinale dans la diplomatie culturelle du pays. Au Fespam, elle a servi de fil narratif, arrimant des séquences disparates à un socle sonore immédiatement reconnaissable. Ce choix n’est pas neutre : en agrégeant des artistes venus d’horizons divers autour d’une rythmique partagée, les organisateurs entendent rappeler que Brazzaville se veut, selon les mots du commissaire général du festival, « une capitale dont la pulsation se confond avec celle du continent ».
Sur le plan sociopolitique, l’enjeu dépasse la simple visibilité artistique. En offrant à la jeunesse un espace d’expression à haute fréquentation médiatique, le festival participe d’une stratégie de soft power dont le Congo tire un bénéfice symbolique palpable : celui de présenter au monde une nation capable de conjuguer stabilité institutionnelle et vitalité créative. Pour les partenaires internationaux, cette résonance culturelle constitue un atout supplémentaire dans l’évaluation de l’environnement congolais, y compris dans les domaines économique ou sécuritaire.
Gouvernance culturelle et perspectives générationnelles
Créé en 1995 et placé sous l’égide de l’Union africaine, le Fespam s’est professionnalisé sans renoncer à sa vocation scientifique. Des ateliers de réflexion réunissant musicologues, sociologues et représentants d’institutions régionales ont jalonné l’édition 2023, consacrant l’idée que la musique n’est plus un simple divertissement mais une matrice de cohésion sociale. Le ministère de la Culture y voit un levier pour accroître l’employabilité des jeunes et stimuler les industries créatives, secteurs identifiés comme relais de croissance non extractive dans le Plan national de développement.
Au terme du spectacle, plusieurs voix, dont celle du danseur-chorégraphe Gervais Tomadiatunga, ont exhorté les pouvoirs publics à pérenniser les mécanismes d’accompagnement destinés aux jeunes artistes. Cet appel, reçu avec bienveillance par les officiels, s’inscrit dans une dynamique où l’État congolais, tout en maintenant son rôle de garant de l’héritage national, encourage les initiatives privées et l’entrepreneuriat culturel. La satisfaction unanime exprimée par les représentants diplomatiques présents témoigne d’une perception partagée : le Fespam, en magnifiant la créativité de la jeunesse, participe à la construction d’une image positive et confiante du Congo sur la scène internationale.










