Niger : Bazoum, fin de mandat, prison sans fin

Un mandat qui s’achève derrière des murs

Le 2 avril 2021, Mohamed Bazoum prêtait serment comme président du Niger. Cinq ans plus tard, jour pour jour, son mandat s’est officiellement terminé. Mais l’homme n’a pas retrouvé la lumière des palais ni la liberté de ses concitoyens.

La seconde moitié de ce mandat se sera écoulée dans une aile de son ancienne résidence. Il y est enfermé depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, sans perspective de sortie, alors qu’aucune procédure judiciaire ne semble aujourd’hui activement engagée contre lui.

À ses côtés, son épouse Hadiza partage cet isolement forcé. Derrière les annonces officielles et les communiqués des autorités militaires, c’est aussi l’histoire intime d’un couple suspendu, privé d’horizon, qui se joue à huis clos.

Ces médiations diplomatiques qui ont buté sur la junte

Plusieurs pays ont tenté d’obtenir sa libération. Le Togo, qui avait arraché en janvier 2024 la libération de leur fils Salem, n’a pas convaincu le général Tiani de relâcher le père. Une victoire partielle, restée sans suite pour l’essentiel.

Le Maroc s’est lui aussi mobilisé. Malgré une diplomatie active et de bonnes relations avec les nouvelles autorités de Niamey, ses efforts ont échoué. Rabat proposait pourtant d’accueillir Mohamed Bazoum sur son sol, une porte de sortie restée fermée.

D’autres tentatives ont été menées dans la discrétion, sans davantage de résultats. En 2025, le Qatar a renoncé face au niveau des exigences financières formulées par la junte. La question de la rançon implicite a, semble-t-il, eu raison de sa médiation.

La Libye a soutenu une initiative communautaire portée par les tribus arabes du sud, parrainée par le camp du général Haftar. Présentée comme prometteuse, elle a souffert du refroidissement entre Niamey et Benghazi, sur fond d’incidents sécuritaires répétés à la frontière.

Quand la pression internationale se retourne contre le prisonnier

Les pressions extérieures ont produit plus d’effets négatifs que positifs. La dernière en date, le 12 mars, a pris la forme d’une résolution du Parlement européen, portée par l’eurodéputé Christophe Gomart, en faveur de sa libération.

Au Niger, cette résolution a été lue à l’envers. Elle a été interprétée comme la preuve de liens étroits entre le président renversé et la France d’Emmanuel Macron. Le soutien venu de Bruxelles a ainsi nourri le récit officiel plutôt que de l’ébranler.

Ce paradoxe en dit long sur la situation. Chaque geste de solidarité internationale envers Mohamed Bazoum tend à renforcer, aux yeux des autorités militaires, le soupçon d’allégeance étrangère. La diplomatie devient alors une arme à double tranchant.

Une société nigérienne aux soutiens fragilisés

Sur le terrain, la mobilisation reste mesurée. Le rassemblement de protestation organisé à Niamey le 28 mars n’a connu qu’un succès limité. Des militaires en civil et des étudiants y ont surtout assuré l’animation, davantage que la ferveur populaire.

Une partie des premiers soutiens de la junte se sont désengagés. Les difficultés économiques pèsent sur le quotidien et entament l’adhésion. La promesse d’un renouveau peine à se traduire dans la vie concrète des familles nigériennes.

À cela s’ajoute une fracture identitaire. La consécration du haussa comme unique langue nationale, au détriment du zarma, a heurté une partie de la population. Les questions de langue et de reconnaissance culturelle deviennent ici de véritables enjeux politiques.

Le tour de vis des autorités militaires

Le pouvoir, lui, durcit le ton. Le 1er avril, le général Tiani a signé un décret de déchéance provisoire de nationalité visant deux personnes proches du président déchu. Une mesure lourde de sens dans un climat déjà tendu.

Parmi elles figurent une ancienne ministre et un activiste en ligne. Les autorités leur reprochent des activités susceptibles de « troubler la paix et la sécurité publiques ». La formule, large, laisse une marge d’appréciation considérable au régime.

Ces décisions dessinent les contours d’un pouvoir qui se referme. Dans ce contexte, l’enfermement prolongé de Mohamed Bazoum apparaît moins comme une parenthèse que comme l’expression durable d’un nouvel ordre politique au Niger.

Une page d’histoire encore ouverte

Au bout de cinq ans, le mandat de Mohamed Bazoum s’est éteint sans cérémonie, sans passation, sans liberté retrouvée. L’homme demeure un symbole, à la fois objet de médiations internationales et otage des tensions régionales.

Pour le Niger comme pour toute une région, cette situation rappelle combien la stabilité institutionnelle reste fragile. Derrière les enjeux de gouvernance, ce sont des destins, des familles et une société tout entière qui attendent, encore, une issue.

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