Au Soudan, le conflit qui oppose les Forces de soutien rapide à l’armée nationale entre dans une phase de revendications spectaculaires. Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemetti, vient d’avancer un chiffre frappant sur l’ampleur de ses troupes.
Une croissance revendiquée des effectifs
S’adressant à des officiers des FSR dans un lieu tenu secret, mercredi, Hemetti a affirmé que ses forces étaient passées de 143 000 à environ 450 000 combattants depuis avril 2023. Une progression considérable.
Il attribue cette montée en puissance à ce qu’il décrit comme un soutien populaire grandissant. Selon lui, cet élan traduirait une adhésion croissante au sein de la population, sans que cette lecture puisse être vérifiée de façon indépendante.
Un engagement à poursuivre les opérations
Le commandant a réaffirmé sa volonté de continuer les opérations militaires contre l’armée soudanaise. Il assure néanmoins que ses forces demeurent ouvertes à une issue du conflit, entretenant une position à double lecture.
Hemetti a rejeté sur la direction militaire soudanaise la responsabilité de la prolongation de la guerre et de l’échec des efforts de paix. D’après lui, les FSR cherchent à mettre fin aux combats depuis avril 2023, sans rencontrer de réponse favorable.
Il s’est toutefois interrogé sur la faisabilité même d’un cessez-le-feu. Comment instaurer une trêve, a-t-il demandé, si une seule des parties accepte de déposer les armes pendant que l’autre poursuit son effort ?
Des accusations croisées entre les camps
Le chef des FSR a accusé l’armée soudanaise de s’appuyer sur des mercenaires et sur des factions qu’il associe aux Frères musulmans. Une mise en cause qui s’inscrit dans la rhétorique habituelle des belligérants.
Il a également reproché à l’armée de viser les civils et les infrastructures du pays. Dans le même mouvement, il a présenté ses propres troupes comme faisant preuve de retenue, une affirmation impossible à confirmer de manière neutre.
Ces accusations réciproques nourrissent un récit où chaque camp se pose en défenseur de la population. Elles illustrent la difficulté, pour les observateurs extérieurs, de démêler les responsabilités dans un affrontement aussi enraciné.
Une vision affichée pour l’après-conflit
Au-delà du champ de bataille, Hemetti a esquissé un horizon institutionnel. Son objectif déclaré : bâtir une armée nationale affranchie de tout contrôle politique ou idéologique. Une ambition lourde de sous-entendus dans le contexte soudanais.
Il a aussi promis d’améliorer les services administratifs dans les territoires placés sous le contrôle des FSR. La santé, l’éducation et le soutien aux populations vulnérables figurent parmi les priorités qu’il met en avant.
Sont notamment cités les combattants blessés et les enfants orphelins, présentés comme des bénéficiaires de cet engagement. Ce volet social vise à projeter l’image d’un mouvement soucieux de gouverner, et pas seulement de combattre.
Ce que ces déclarations laissent entrevoir
Derrière ces annonces se dessine une bataille qui ne se joue pas uniquement sur le terrain militaire. Les chiffres, les promesses et les accusations participent d’une guerre des récits, où la perception compte autant que la réalité.
Pour les femmes et les familles soudanaises, ces déclarations résonnent surtout par leurs conséquences concrètes. Derrière les effectifs revendiqués et les visions d’avenir, ce sont des vies civiles qui restent suspendues à l’issue du conflit.
L’évocation des enfants orphelins et des services à reconstruire rappelle l’ampleur des fractures sociales. Dans un pays meurtri, la question de la protection des plus vulnérables demeure centrale, quelles que soient les promesses formulées par les acteurs armés.
Les propos d’Hemetti illustrent la tension permanente entre la poursuite des combats et l’invocation de la paix. Tant que les deux camps maintiennent des conditions difficilement conciliables, la perspective d’une trêve reste incertaine.
Ces déclarations, livrées depuis un lieu non divulgué, ne suffisent pas à dessiner une sortie de crise. Elles confirment surtout que le rapport de force, militaire comme symbolique, demeure au cœur de la stratégie des FSR.
Pour l’heure, le Soudan reste pris dans une dynamique d’affrontement prolongé. Les chiffres avancés et les engagements pris devront, pour avoir un sens, se traduire un jour par des actes vérifiables sur le terrain et pour les populations.
Publié : https://lanouvelleafricaine.com/soudan-hemetti-450000-combattants/ · Catégorie : Afrique · Tags : Soudan, FSR, Hemetti, conflit armé, armée soudanaise, Mohamed Hamdan Dagalo · Auteur : Aissata Diop (#19) · Image #32847 · 2026-05-07










