Tchad : 10 M$ pour propulser les femmes entrepreneures

À N’Djamena, une décision financière vient de poser un jalon discret mais significatif pour les femmes d’affaires tchadiennes. La Société financière internationale, branche dédiée au secteur privé du Groupe Banque mondiale, débloque dix millions de dollars en faveur de Coris Bank International Tchad.

L’objectif affiché dépasse le simple geste comptable. Il s’agit d’irriguer le tissu des micro, petites et moyennes entreprises, ces structures qui font vivre les marchés et les ateliers, et qui restent trop souvent à l’écart des circuits bancaires classiques du pays.

Une enveloppe pensée pour celles qui entreprennent

Au cœur de cet accord figure une clause qui retient l’attention. Au moins quinze pour cent des fonds devront soutenir des entreprises appartenant à des femmes ou dirigées par elles.

Cette exigence n’a rien d’anecdotique dans un environnement où l’accès au crédit demeure un parcours semé d’obstacles pour les entrepreneuses. En l’inscrivant noir sur blanc, la SFI transforme une intention en condition.

Pour beaucoup de créatrices d’entreprise, du commerce de proximité à la transformation agricole, ce seuil pourrait ouvrir des portes longtemps restées closes. Le financement devient alors un levier d’autonomie autant qu’un outil de croissance.

Comment l’argent va circuler

Le montage retenu privilégie la solidité. Le prêt prendra la forme d’une facilité senior étalée sur cinq ans, un horizon qui laisse aux entreprises le temps de respirer et de se déployer.

La SFI engagera directement cinq millions de dollars. Le solde sera mobilisé auprès d’autres partenaires financiers, à travers un prêt syndiqué. Cette architecture permet de démultiplier l’effet d’entraînement autour d’un acteur bancaire local bien implanté.

Des secteurs au plus près du réel

Les bénéficiaires ne relèvent pas de l’abstraction économique. Le commerce, la production industrielle et la construction figurent parmi les domaines visés par ce soutien.

L’agriculture, la sylviculture et la pêche complètent ce tableau, autant d’activités ancrées dans le quotidien et les territoires. Ce sont précisément les filières où l’on retrouve nombre de femmes engagées, parfois à la tête de structures modestes mais essentielles à l’économie locale.

Combler un vide qui chiffre en milliards

Le constat dressé par la SFI est sans détour. « Les besoins de financement des MPME tchadiennes restent considérables », souligne l’institution, qui évalue le déficit à environ 1,5 milliard de dollars.

Ce manque représente plus de quatorze pour cent du produit intérieur brut du pays. Une ampleur qui dit beaucoup des difficultés rencontrées par les petites structures pour trouver un appui.

L’institution rappelle que les banques commerciales de la région tendent à concentrer leurs efforts sur les grandes entreprises et les activités jugées moins risquées. Les plus petits acteurs, eux, restent souvent en marge, faute d’interlocuteurs disposés à les accompagner.

Au-delà du capital, un accompagnement

L’apport ne se limite pas à une ligne de crédit. La SFI prévoit une assistance technique destinée à aider Coris Bank à affiner sa gestion des risques.

Cet accompagnement vise aussi à consolider le financement des chaînes de valeur agricoles, maillon décisif pour des économies rurales en quête de stabilité. Une manière de cultiver, sur la durée, des pratiques bancaires plus inclusives.

Coris Bank dispose de treize agences sur le territoire tchadien et compte parmi les principales banques commerciales du pays. Cet ancrage lui confère la capacité de diffuser ce financement au plus près des entrepreneuses et entrepreneurs concernés.

L’approbation finale revient au conseil d’administration de la SFI, dont la décision est attendue le 22 juin 2026. Au-delà de la mécanique institutionnelle, c’est une promesse qui se dessine : celle d’un système financier qui, peu à peu, fait sa place aux femmes qui bâtissent l’Afrique de demain (Financial Afrik).

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