Jeunesse africaine, moteur d’un renouveau économique
Sur l’esplanade lumineuse du quartier Diata, le vacarme habituel des motos a cédé la place à des conversations bourrées d’idées. Pendant trois jours, la Rencontre des jeunes entrepreneurs d’Afrique a transformé Brazzaville en laboratoire d’ambitions, prouvant que l’audace de la jeunesse est un capital précieux.
Organisée par l’Association pour la promotion de l’entrepreneuriat en milieu jeune, dirigée par Félix Régisse Mabiala, la première édition de l’événement portait un thème fédérateur : « L’entrepreneuriat au cœur de la jeunesse africaine ». Une trentaine de participants y ont mêlé énergie, questionnements et solutions créatives constructives.
Brazzaville anime la R.J.E.A 2025
La manifestation s’est ouverte le 18 décembre 2025 sous les applaudissements d’un public attentif. Entre conférences interactives, visites d’entreprises et soirée de réseautage, chaque plage horaire a été pensée pour fertiliser les rêves des jeunes pousses, qu’elles viennent de Pointe-Noire, Kinshasa ou Abidjan enthousiasmantes quotidiennement.
Durant les ateliers pratiques, mentors et experts financiers ont décortiqué les questions de business model, de fiscalité simplifiée et d’accès au crédit. Les débats, parfois vifs, ont mis en lumière la nécessité d’un accompagnement concret, loin de l’incantation, pour sécuriser les premiers pas entrepreneuriaux naissants.
La soirée divertissement, portée par des performances musicales locales, a prouvé qu’on peut apprendre en célébrant. Sur les notes d’un groupe rumba, les participants échangeaient des cartes de visite, tandis que les entrepreneuses présentaient des prototypes de cosmétiques bio, mélangeant beurre de karité et eucalyptus du plateau Batéké.
C’est dans cette effervescence que Félix Régisse Mabiala a pris la parole. « La jeunesse africaine n’a pas besoin uniquement de discours, mais d’actions concrètes et d’un accès réel au financement », a-t-il rappelé, plaidant pour des fonds dédiés capables d’embrayer rapidement sur l’impulsion créative encore durablement.
Alain Akouala-Atipault, parrain visionnaire
Parrain de l’édition, l’ancien ministre et président de la Commission nationale du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, Alain Akouala-Atipault, a proposé une lecture volontariste des enjeux : « La stabilité politique demeure un socle, mais notre avenir repose sur la transformation locale de nos richesses » dès maintenant.
Pour lui, le panafricanisme économique n’est plus une chimère intellectuelle, mais un chantier opérationnel. Il invite les jeunes à passer de fournisseurs de matières premières à propriétaires de chaînes de valeur, de la fève de cacao au chocolat premium exporté vers Johannesburg, Paris ou Shenzen.
Synergie Congo-Brazzaville – RDC
Le professeur Godefroy Kizaba Amkampse, à la tête de l’Agence nationale pour le développement de l’entrepreneuriat congolais en RDC, a salué l’esprit d’ouverture. Il a vanté les crédits accordés à Kinshasa sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi et l’établissement de partenariats public-privé facilitateurs pour la jeunesse congolaise innovante.
Ce dialogue transfrontalier rappelle que le fleuve Congo, loin d’être une frontière, peut devenir un corridor économique. Des projets d’incubateurs jumeaux à Brazzaville et Kinshasa ont été évoqués, afin de mutualiser expertises juridiques, mentors du numérique et débouchés commerciaux sur les deux rives très prometteurs.
Transformer localement pour croître
Sur les tables rondes dédiées à l’agro-industrie, une statistique revenait sans cesse : moins de 20 % du cacao africain est aujourd’hui transformé sur le continent. Pour les intervenants, chaque tonne traitée localement crée cinq emplois directs, dont deux occupés par des femmes diplômées hautement qualifiées localement.
À Brazzaville, quelques entrepreneuses ont déjà pris les devants. La start-up Nzapa, fondée par Mireille Ngoma, presse des huiles végétales à partir de graines locales et exporte vers le Ghana. « Diminuer notre dépendance aux importations cosmétiques nous offre une souveraineté économique et identitaire », affirme-t-elle avec fierté.
Les panels consacrés au numérique ont souligné la rapidité avec laquelle une application mobile peut connecter producteurs et clients. Une équipe de jeunes codeuses a présenté un prototype d’outil blockchain pour tracer le manioc, garantissant qualité et prix juste, tout en séduisant les investisseurs soucieux de transparence.
Entrepreneuses au cœur de la dynamique
Dans l’assistance, les regards et les questions fusent surtout du côté des participantes. Pour beaucoup, l’accès aux financements reste entravé par des stéréotypes. Les intervenantes ont vanté l’intérêt de fonds de garantie mixtes et de mentorat, afin de bâtir une chaîne de solidarité féminine durable.
Fidèle à l’esprit du magazine que vous tenez entre les mains, rappelons que chaque entreprise portée par une femme influe positivement sur l’éducation et la santé d’au moins trois familles. L’événement aura donc aussi balayé l’idée que l’entrepreneuriat est une aventure masculine par essence uniquement.
Des perspectives durables
À l’issue des discours de clôture, un comité de suivi a été annoncé. Il réunira organisateurs, parrains et bailleurs pour mesurer, d’ici un an, le nombre d’entreprises réellement lancées. Les participants sont repartis avec un carnet d’engagements et la promesse d’une plateforme collaborative déjà opérationnelle.
En attendant la seconde édition, l’écho de Diata résonne déjà hors du Congo. Qu’il s’agisse de transformer le cuivre zambien, de valoriser le karité togolais ou de numériser les services financiers sénégalais, la jeunesse africaine semble décidée à écrire, ensemble, son propre scénario de prospérité.










