Voyage de presse au cœur des Habous
On 21 décembre 2025, une délégation d’une trentaine de journalistes francophones et anglophones a poussé les portes du quartier des Habous, surnommé « Nouvelle médina » de Casablanca, pour une immersion orchestrée par l’Association nationale des médias et des éditeurs.
Cette visite, pensée comme un préambule culturel à la Coupe d’Afrique des nations 2025, visait à faire dialoguer patrimoine marocain, regards panafricains et perspectives médiatiques, dans une capitale économique en ébullition à l’approche de l’événement continental.
Le groupe a été guidé par Mourad Djellaba, ancien professeur d’anglais et ex-conférencier de la mosquée Hassan II, dont les anecdotes précises ont tissé un fil narratif entre l’histoire, les pierres et la vie quotidienne qui anime encore les ruelles.
Une architecture hispano-mauresque préservée
Dès les premières arcades, les journalistes ont senti le souffle d’un style hispano-mauresque où se rencontrent zelliges étincelants, plâtres ciselés et bois sculptés, rappelant que le quartier a été imaginé dans les années 1930 pour marier tradition et urbanisme moderne.
L’alignement des boutiques sous les auvents d’argile, la répétition des patios fleuris et la palette ocre des façades composent un décor cinématographique qui, loin d’un musée figé, demeure un espace habité, marchand et profondément ancré dans la Casablanca contemporaine.
Entre deux échoppes, M. Djellaba a insisté sur le rôle des artisans, véritables gardiens de savoir-faire, dont les gestes se lisent dans les coupoles vernies et les portes cloutées qui ponctuent les axes structurants du quartier imaginé par le résident Lyautey.
Monuments phares et scènes de vie
Point d’orgue du parcours, la Mahkama du Pacha s’est offerte tel un palais administratif somptueux, labyrinthe de cent cinquante pièces où les stucs ondulent sous la lumière et où chaque dalle raconte les fastes d’un Maroc institutionnel soucieux de magnificence.
Les mosquées Mohammed V et Moulay Youssef, accessibles à certains moments de prière, ont rappelé le lien intime qui unit fonction spirituelle et esthétique, leurs minarets veillant paisiblement sur les vendeurs de livres, de pâtisseries et de tissus qui animent les abords.
Derrière une grille, la silhouette du Palais Royal se devine seulement, précaution patrimoniale qui alimente la curiosité sans rompre avec la discrétion attendue autour des lieux souverains du royaume.
Le marché des olives, poumon gustatif
À quelques pas, les journalistes ont été happés par les parfums du marché dit « des olives », inauguré peu après l’achèvement du quartier pour offrir un espace de gros et de détail dédié à ces fruits emblématiques de l’alimentation et de l’agronomie marocaines.
Belles vertes picholines, noires confites ou citrons immaculés s’alignent dans des cônes colorés, tandis que l’huile d’olive et l’huile d’argan, rangées en fioles ambrées, se disputent l’attention d’acheteurs locaux et d’esthètes sensibles à la cosmétique traditionnelle.
Dans une échoppe attenante, un four ancestral recrache un poulet doré, scène immortalisée par les objectifs comme symbole d’un art culinaire qui marie patience, braises et convivialité, rappelant la place centrale de la table dans la sociabilité marocaine.
Place Mohammed V, carrefour des rencontres
Le cortège a débouché sur la place Mohammed V, véritable agora du quartier, bordée de commerces, de cafés et d’ateliers où l’on négocie, goûte et refait le monde, sous le regard attentif des anciens assis à l’ombre des arcades.
L’espace relie les souks périphériques aux rues rectilignes, assurant une circulation fluide d’idées, de marchandises et d’accents qui font résonner la diversité linguistique du Maroc, du darija au français en passant par l’amazigh.
Sous un ciel hivernal clément, des stands de grillades exhalent leurs effluves, offrant aux visiteurs la promesse d’un déjeuner sur le pouce avant de reprendre la route vers la corniche ou les tours du centre-ville ultra-contemporain.
Un quartier tourné vers 2025
Pour l’Anme, organiser cette déambulation pendant la trêve médiatique des fêtes, c’est amplifier le récit d’un Maroc hôte de la CAN 2025, prêt à conjuguer performance sportive et rayonnement culturel, afin de séduire supporters, investisseurs et touristes africains.
« Les Habous offrent un condensé d’identité marocaine, explique Mourad Djellaba ; il paraissait essentiel de le partager avec des journalistes qui raconteront à leur tour cette hospitalité », ajoute-t-il, soulignant que les ruelles resteront animées bien après le coup d’envoi officiel.
La visite s’est achevée dans un salon de thé, moment propice aux échanges de cartes et aux promesses de futures collaborations éditoriales, preuve que la culture reste un trait d’union puissant pour l’Afrique en mouvement, et pour une jeunesse médiatique avide de nouveaux récits pluriels.
Regards croisés de la presse africaine
De Kinshasa à Dakar, des reporters confient que la balade rappelle l’importance de raconter l’Afrique par ses réussites architecturales plutôt que par ses urgences, soulignant la nécessité d’un narratif équilibré.
Dans chaque carnet, un leitmotiv domine : promouvoir les échanges Sud-Sud, valoriser la créativité partagée et retranscrire l’émotion ressentie devant une voûte sculptée ou un poulet sortant du four, preuves d’un patrimoine vivant.
Une reporter malienne estime que les Habous incarnent l’harmonie recherchée par tant de capitales africaines émergentes.










