Novembre bleu : sensibilisation en entreprise
Dans les locaux vitrés de Burotop iris à Brazzaville, la Fondation éponyme a convié, le 22 novembre, plus de cent collaborateurs à une causerie-débat dédiée au diabète, inscrite dans le mouvement mondial Novembre bleu.
Objectif affiché : rappeler que la maladie chronique ne concerne pas seulement les hôpitaux mais aussi les open spaces, et qu’une simple mesure de glycémie peut éviter des complications graves à des employés souvent absorbés par leurs dossiers.
Le diabète gagne du terrain au Congo
Selon les dernières estimations de l’Organisation mondiale de la santé, plus de 5 % des adultes congolais vivraient actuellement avec un diabète de type 2, une prévalence en hausse constante depuis dix ans en lien avec l’urbanisation rapide.
À Brazzaville, les médecins signalent une arrivée de plus en plus jeune de patients, parfois dès 25 ans, comme l’a constaté le projet Pen Plus Whopen mené en 2024 sur les maladies non transmissibles.
Facteurs alimentaires, sédentarité, stress professionnel et prédispositions génétiques s’imbriquent pour créer un cocktail à risque, d’où l’importance, souligne Karl Bivoukananou, « d’amener la prévention jusque sous le néon des bureaux ».
Les conseils pratiques des spécialistes
L’éducateur en santé a rappelé les signaux d’alerte : soif intense, mictions fréquentes, fatigue inhabituelle, cicatrisation lente ou infections récurrentes. « Dès qu’un de ces symptômes apparaît, il faut se faire dépister, même si l’on se croit en pleine forme », insiste-t-il.
Pour réduire le risque, la règle reste simple : une alimentation équilibrée riche en fibres, pauvre en sucres rapides, et trente minutes d’activité physique modérée cinq jours par semaine, recommandations que le ministère de la Santé relaie régulièrement.
Un dépistage annuel est conseillé dès 35 ans, plus tôt si des antécédents familiaux existent. L’usage des glucomètres portables, désormais plus abordables grâce aux partenariats public-privé, facilite le suivi et rassure les employés anxieux face aux prises de sang.
Des initiatives internes inspirantes
Ravilem Mokas Ndossa, analyste IT, propose de lancer une journée « zéro sucre » chaque vendredi : pas de sodas ni de pâtisseries à la cafétéria. L’idée a immédiatement trouvé écho auprès des équipes marketing, gourmandes de défis collectifs.
Le département ressources humaines envisage pour sa part un challenge de pas connectés via une application mobile interne ; les meilleurs marcheurs seraient récompensés par des bons d’achat sportifs au lieu des habituels gadgets technologiques.
Ces micro-actions, développées par les salariés eux-mêmes, nourrissent un sentiment d’appartenance et ancrent la prévention dans la culture maison, observe Irène Makosso, coach bien-être invitée pour animer quelques étirements entre deux présentations PowerPoint.
Productivité et coûts cachés
Derrière l’enjeu sanitaire se dessine un impact économique considérable. L’International Diabetes Federation estime que les complications coûtent jusqu’à 5 % de la masse salariale en arrêts de travail et en baisse de productivité dans les pays émergents.
Au sein de Burotop iris, les RH notent déjà que les absences liées à l’hyperglycémie pourraient atteindre vingt journées cumulées par an si rien n’est fait, un chiffre jugé « alarmant » par le directeur administratif, mais réversible avec la prévention.
Investir dans des ateliers de nutrition ou des séances de sport encadrées coûte moins qu’une hospitalisation pour coma diabétique, rappelle le docteur Louamba, endocrinologue à l’Hôpital central des Armées, partenaire régulier des entreprises citoyennes.
Cultiver une hygiène de vie durable
Au-delà des campagnes ponctuelles, la Fondation Burotop iris souhaite installer des distributeurs d’eaux aromatisées sans sucre à chaque étage et renégocier le contrat de cantine pour réduire la part de féculents raffinés au profit des légumes locaux.
Des séances hebdomadaires de danse traditionnelle, soutenues par la direction de la culture, devraient aussi voir le jour. « Bouger sur du maringa ou de la rumba, c’est reprendre confiance dans son corps », s’enthousiasme la chorégraphe Joëlle Ntoumba.
Les managers seront formés à reconnaître l’hypoglycémie pour réagir rapidement : offrir un jus de fruits, appeler l’infirmerie, ajuster la charge de travail. Ce pas supplémentaire ancre la solidarité et rassure les équipes.
Soutien institutionnel et perspectives
Le ministère de la Santé encourage ces programmes privés, considérant les entreprises comme « des relais stratégiques » de la stratégie nationale de lutte contre les maladies non transmissibles, présentée en avril.
La Fondation prévoit d’étendre la sensibilisation aux familles des salariés dès 2025, via des ateliers cuisiniers parents-enfants et des stands de dépistage gratuits lors des journées portes ouvertes, capitalisant sur l’élan créé ce novembre bleu.
Chez les jeunes recrues, la démarche sonne déjà comme une promesse. « Mes parents sont diabétiques ; savoir que mon lieu de travail m’épaule me motive à rester ici longtemps », confie Prisca Tchissambou, assistante commerciale de 24 ans.
Les partenaires d’assurance santé observent aussi la tendance. D’après la compagnie AssurPlus, les primes pourraient baisser de 8 % si les indicateurs glycémiques moyens du personnel s’améliorent sur deux exercices fiscaux, créant un cercle vertueux pour tous.
En misant sur la prévention, Burotop iris illustre une dynamique où les objectifs de développement durable s’accordent avec la performance économique, une voie que nombre d’entreprises de la région pourraient suivre dans les mois à venir.










