Brazzaville: le slam fait vibrer droits humains

Le slam, nouvel écho citoyen à Brazzaville

Dans une ville réputée pour ses effervescences culturelles, l’annonce d’un Festival Slam pour les Droits Humains semblait presque inévitable, tant l’oralité porte déjà l’âme de Brazzaville.

Du 8 au 10 décembre 2025, l’Institut Bana Moyi deviendra la rampe de lancement d’un plaidoyer poétique où rimes incisives et espoir collectif partageront la même scène.

Initiée par le Centre d’Actions pour le Développement, l’aventure est pilotée par le slameur et militant Guerschom Gombouang, plus connu sous le nom de scène Guer2mo.

Sacré au Prix Nelson Mandela – Graça Machel pour l’innovation citoyenne, le projet veut inscrire la poésie urbaine au cœur des dynamiques de liberté, de justice sociale et de participation démocratique.

Un programme dense de trois jours

Le festival déroulera trois jours d’activités méticuleusement agencées pour alterner temps d’écoute, partage d’expérience et célébration artistique, à quelques pas seulement de la populaire rue Soweto.

Chaque matinée s’ouvrira par une visite libre du village associatif, où douze organisations présenteront leurs projets liés à la protection des libertés fondamentales ou à l’autonomisation des communautés.

L’après-midi, des ateliers participatifs aborderont l’engagement citoyen, les droits des femmes ou l’initiation à l’écriture slam, permettant aux élèves et jeunes artistes de dialoguer avec des mentors aguerris.

En début de soirée, la compétition Voix Libre enflammera la scène. À la clé, un passage en studio, un clip professionnel, un accompagnement médiatique et, surtout, une visibilité nationale.

Les deux dernières nuits offriront des spectacles réunissant les icônes locales Guer2mo et Black-Panther, rejoints par des talents émergeants de Pointe-Noire, afin de tisser un pont sonore entre générations.

Voix Libre: concours tremplin pour la jeunesse

Créé en 2023, Voix Libre est rapidement devenu un espace où la jeunesse congolaise teste sa plume, confronte ses idées et apprend le travail de scène sans se censurer.

Pour l’édition 2025, les organisateurs espèrent une participation féminine accrue, conscients que le slam peut aussi être une caisse de résonance pour l’égalité et l’autonomie économique des femmes.

« Le slam est une manière de dire nos rêves tout haut », confie Guer2mo, convaincu que le micro, prêté une soirée, peut déclencher chez un lycéen l’envie d’agir toute une vie.

Le lauréat, au-delà des récompenses matérielles, bénéficiera d’un mentorat artistique pensé pour durer, afin de transformer un coup d’éclat scénique en véritable parcours professionnel.

Un village associatif pour co-construire

Autour de la scène, le village associatif formera un archipel d’idées où ONG, start-ups sociales et mouvements de jeunesse croiseront leurs expériences, parfois complémentaires, souvent inspirantes.

Chaque stand proposera du contenu interactif : quiz sur la Déclaration universelle, mini-sessions de codage civique, présentations de produits écoresponsables ou démonstrations de self-défense pour jeunes filles.

Cette approche immersive répond à une demande croissante d’espaces où l’on apprend en faisant, et où les causes se lisent autant qu’elles se vivent, expliquent les bénévoles du CAD.

Pour Marie-Georges Banzouzi, coordinatrice d’un collectif féministe, la proximité avec les spectacles aide le public à passer du rôle de spectateur à celui d’acteur « presque sans s’en rendre compte ».

En fin de journée, les associations se réuniront pour dresser un tableau de bord partagé, recensant propositions et engagements pris, un document qui sera rendu public sur les réseaux sociaux.

Art et droits humains: regards croisés

La programmation artistique ne se limite pas au slam : des interludes de danse contemporaine, de projection photo ou de jazz fusion viendront élargir la palette émotionnelle proposée aux visiteurs.

Selon le sociologue Arsène Makaya, invité à un panel, « les arts hybrides créent un langage commun compris même par ceux qui ne maîtrisent pas le jargon juridique des droits fondamentaux ».

Cette transversalité culturelle rejoint l’esprit de la Journée internationale des droits de l’homme, célébrée le 10 décembre, date à laquelle le festival entend délivrer un message d’unité inclusive.

Les organisateurs accueillent favorablement le soutien logistique obtenu auprès de partenaires institutionnels, soulignant l’importance d’une coopération où sphère publique et initiatives citoyennes avancent en résonance constructive.

À travers ce dialogue esthétique, le festival suggère que la culture peut être un levier de cohésion, générant confiance mutuelle et créativité collective nécessaires à tout projet de développement durable.

L’appel de Guer2mo à la génération montante

Au-delà de l’effervescence scénique, Guer2mo rappelle souvent que « la démocratie commence dans la cour de récréation » : apprendre à écouter l’autre avant de prendre le micro.

Son expérience, mêlant plusieurs tournées africaines et formations en leadership, nourrit une vision où l’artiste n’est pas seulement performeur, mais passeur d’énergie citoyenne.

Il plaide pour que les établissements scolaires intègrent la pratique slam dans leurs clubs culturels, persuadé qu’un vers bien trouvé forge l’esprit critique autant qu’une leçon magistrale.

À quelques jours de l’ouverture, les réseaux du festival bruissent déjà d’extraits vidéo, teasers et messages d’adhésion, preuve qu’une communauté attentive se constitue avant même le lever de rideau.

La réussite de l’événement servira, espère-t-il, de boussole à d’autres cités africaines désireuses de conjuguer culture, engagement et inclusion dans un même souffle poétique.